Heart glass. [Joel]
MessageSujet: (#) Heart glass. [Joel]     Dim 5 Aoû - 16:59
Heart glass.


Elle s'étire longuement allongée sur son lit avant de se frotter le visage. Elle n'a pas beaucoup dormi la nuit dernière. Très mal. Pourtant, elle est retournée jusqu'à sa cabine et a essayé d'avoir une véritable nuit de sommeil mais ça n'a pas été très brillant. A croire qu'en ce moment, les seuls endroits où elle peut vraiment dormir c'est dans son laboratoire ou dans la cabine de Crius. Avec Crius. Elle esquisse un petit sourire en songeant à son ami pour lequel elle éprouve une si grande tendresse... Il est clair dans l'esprit d'Isiry que son existence sur la Flotte serait bien moins agréable si Crius n'était pas là. Elle l'adore, tout simplement. Et elle regrette bien souvent de ne pas ressentir davantage de sentiments à son égard parce que ça aurait pu être le cas, et ça aurait pu avoir du sens et être unique à vivre. Certainement pas parfait car s'il est bien une chose dont Isiry a conscience c'est que la perfection en couple ou ailleurs n'existe pas. C'est sur cette pensée que la pneumologue se lève et se glisse rapidement sous la douche. Elle ne traîne pas car elle souhaite repasser au laboratoire avant d'aller regarder le programme de la journée. La douche est donc prise rapidement, elle enfile un pantalon et un haut noir et attache ses cheveux en un chignon somme toute assez mal fait mais qui aura le mérite de tenir toute la journée avant de récupérer son sac dans lequel se trouve son uniforme de soignante et sa blouse (le tout fraîchement lavé) et de quitter sa cabine en direction du Regina Mercy, en passant avant prendre un bref mais suffisant petit déjeuner. Elle se sent un peu vaseuse et n'aime pas ça : elle espère que ça ne va pas la suivre toute la journée. Et si la dite journée commence comme à l'accoutumée quand elle passe par le laboratoire après s'être changée, elle s'annonce bien plus désagréable qu'elle ne le pensait quand elle jette un coup d'oeil au planning de la journée. Si entre les Stellariens qui en ont besoin peuvent venir consulter sans rendez-vous, certains sont posés à l'avance, plus particulièrement pour les suivis qui doivent réguliers et celui-ci, de suivi, doit l'être régulier.

Celui de Joel.

Elle laisse échapper un profond soupir en voyant qu'il s'agit du dernier rendez-vous de la journée. Elle aurait préféré qu'il vienne dès le matin, qu'elle en termine au plus vite mais il va venir en dernier. Est-ce qu'il l'a fait exprès afin de pouvoir tenter de lui parler puisqu'elle aura en théorie terminé sa journée après s'être occupée de lui ? Allez savoir... Elle l'en imagine capable. Peut-être est-il fatigué de la distance d'Isiry, de sa froideur, de la manière on ne peut plus protocolaire dont elle s'occupe de lui, de sa distance... Mais a qui la faute ? A quoi s'attendait-il en laissant Ledward faire ? Même si l'interrogatoire remonte à plusieurs mois maintenant elle n'a pas oublié Isiry. Elle n'a pas oublié la gifle, la violence de cette dernière, la violence des mots de Ledward également, la façon dont elle a été malmenée alors qu'elle n'avait strictement rien fait. Certes le crime commis par sa mère était le plus grave, le pire, mais de là à la traiter, elle, de cette façon... Et si elle maudit Ledward pour ce geste violent, c'est à Joel qu'elle en veut le plus ce qui peut sembler totalement injuste mais dans l'esprit de la jeune femme il est davantage responsable parce qu'il connaissait la façon de procéder de Ledward et il a laissé faire. Quand il aurait pu, lui, demander à interroger Isiry, il a laissé faire et ça, ça reste en travers de la gorge d'Isiry. Alors non, elle n'a pas envie de le voir ce soir et si elle va s'occuper de lui comme elle a juré de s'occuper de chaque patient qui viendrait jusqu'à elle, elle ne tient pas à lui parler d'autre chose que de son état et elle espère, que lui, de son côté, ne va pas tenter de parler d'autre chose. Alors forcément, la journée est difficile et moins supportable pour la jeune femme qui voit le temps filer plus vite qu'à l'accoutumée, comme d'un fait exprès, des minutes qui filent et qui la rapprochent un peu plus de la venue de Joel. Quand l'heure du rendez-vous est presque arrivée, elle demande à faire une pause. Elle a besoin de sortir de là pendant quelques minutes, besoin d'essayer de calmer ce palpitant qui commence à cogner un peu trop fort dans sa cage thoracique, juste à cause de l'anxiété provoquée par la venue de Joel. Et finalement, on doit venir la chercher pour la prévenir qu'il est arrivé, tant elle prend le temps.

On vient la chercher pour lui dire qu'il l'attend.

Elle hoche la tête et prend une profonde inspiration avant de prendre la direction de la salle d'examen dans laquelle Joel l'attend et plus ses pas l'approchent, plus elle se sent oppressée Isiry si bien que lorsque la porte automatique s'ouvre sur elle, c'est un visage pâle et des yeux brillants que Joel voit. Elle marque un temps d'arrêt, les traits fermés, les lèvres pincées, et pénètre à l'intérieur, laissant ainsi la porte se referemer derrière elle. Et c'est terrible parce qu'elle l'adorait tellement Joel... Il était devenu au fil des années un ami sincère, un homme avec lequel elle aimait passer du temps et à présent, il n'est plus que celui qui a permis qu'on lui fasse « du mal ». Avant, il faisait naître un sourire chez elle si tôt qu'elle le voyait. Maintenant...

« Rien de nouveau ? Comme est ta respiration ? » qu'elle demande en s'approchant de lui et en récupérant son terminal professionnel au passage, gardant résolument son regard détourné de celui de l'inspecteur.

Même pas de bonjour.
Il devrait être habitué maintenant.




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MessageSujet: (#) Re: Heart glass. [Joel]     Mar 7 Aoû - 22:43
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« M’sieur Morales, vous pouvez pas fumer ici » lui rappelle, excédée, une infirmière dont il connaît le visage et le nom pour avoir fréquenté ce coin du Regina Mercy pendant de bien trop longues années; pourtant, sur le coup, elle le surprend, et il la fixe pendant un bref instant sans pouvoir se remémorer son prénom. Joel avait allumé la cigarette dans un automatisme absent, sans même s’en rendre compte, alors même qu’il était dans l’endroit qui aurait dû le convaincre d’arrêter au plus vite cette fâcheuse habitude. « Pardon », s’excuse-t-il finalement en cédant devant le regard insistant de l’assistante qui lui présente de quoi éteindre de façon sécuritaire l’objet de son vice. L’inspecteur frotte ses mains sur son pantalon d’uniforme, comme pour faire passer une vague d’angoisse, avant qu’une autre infirmière le mène vers la salle d’examen où le rejoindrait inévitablement Isiry. Chaque visite était plus souffrante que la précédente, et chaque fois il espaçait les rencontres, d’abord involontairement puis avec la simple envie d’éviter le problème, conscient malgré tout que ce n’était pas en laissant foisonner les mauvaises herbes que l’on permettait à un jardin de fleurir à nouveau. La figure de la médecin qui apparaît de l’autre côté de la porte alors qu’elle glisse sur ses rails lui fait comme un coup de marteau en plein thorax. « J’vais bien, mija. » Joel parlait à peine espagnol – encore moins que sa mère avant lui – mais il connaissait l’essentiel, copiant allègrement les petits surnoms que sa mère avait pu lui donner, à lui ou à Rina, à l’époque. Le mot doux lui avait échappé alors même qu’il s’était juré de ne pas le répéter tant qu’elle ne lui aurait pas pardonné l’erreur qu’elle lui reprochait, celle-là même qui le rendait honteux même s’il n’en était pas responsable. Il n’était pas du genre à faire des excuses, et depuis le temps que ça traînait, il doutait que des explications arrangent quoi que ce soit désormais.

Il fait mine de s’éclaircir la gorge, provoquant plutôt une toux rauque, persistante, qu’il étouffe au creux de son coude. Isiry n’avait cesse de l’inciter à arrêter la cigarette, et il y arrivait, parfois, l’espace de quelques semaines, quelques mois au plus, avant que le stress et le manque de sommeil ne le fasse aussitôt rechuter dans une habitude qui avait pour seul mérite de lui fournir une saine dose de routine. À vrai dire, s’il était venu aujourd’hui plutôt que de repousser encore le rendez-vous, c’était bien parce qu’il sentait son état s’aggraver sans raison apparente, malgré ce qu’il avait pu tenter de lui assurer. C’était à elle de lui dire qu’il allait mal, de le secouer un peu pour qu’il se prenne enfin en main, huit ans trop tard – même s’il valait, sans doute, mieux tard que jamais. Il inspire bruyamment par le nez, se préparant pour la déferlante que lui réservait sans doute son médecin, frottant tantôt sa barbe négligée, tantôt ses mains l’une contre l’autre. « Comment tu vas, toi, Isy? » lui demande-t-il finalement au détour d’un silence. Mine de rien, il y avait ce qui lui semblait des lustres qui séparaient cette rencontre de la précédente, et pourtant il n’arrivait pas à se motiver à faire en sorte de régler la situation. Les choses arrivaient pour une raison, les malentendus en faisaient partie, même s’ils faisaient plus de mal que de bien. L’ignorance de Joel avait causé du tort à Isiry et pourtant, il n’arrivait pas à piétiner son ego pour s’en excuser, toutefois conscient qu’il était partiellement responsable de la souffrance – physique autant que psychologique – de la jeune femme. Elle lui manquait. Peut-être qu’il considérait cela comme sa punition à lui pour ne pas avoir su prévenir l’inévitable.




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MessageSujet: (#) Re: Heart glass. [Joel]     Jeu 9 Aoû - 18:42
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« J'vais bien, mija. » qu'il ose. Il ose... Elle pince les lèvres Isiry, en gardant toujours son regard résolument détourné de celui de Joel. Comment peut-il oser l'appeler ainsi ? Par ce surnom qui a tant voulu dire pendant un long moment. Par ce surnom qui faisait gonfler le cœur de joie d'Isiry à chaque fois qu'elle l'entendait dans la bouche de Joel. Parce que l'affection qu'ils avaient l'un pour l'autre était une amitié sincère oui, mais elle avait parfois tellement l'apparence de l'affection qui peut exister entre un père et une fille... Et elle s'est accrochée à ça Isiry, derrière sa façade, derrière des non-dits, elle s'y est accrochée. C'est pour cela que la perte de Joel a été encore plus difficile à avaler. Si difficile à avaler... Si difficile de renoncer à l'appeler « Jo ». En fait, ça a été si difficile que de l'entendre prononcer ce surnom donne les larmes aux yeux de la pneumologue qui se détourne ainsi de Joel. Ne rien lui montrer. Surtout ne rien lui montrer. C'est ce à quoi elle s'essaye avec acharnement. Mais la toux rauque de Joel l'empêche de garder son regard détourné du milicien plus longtemps. Elle est médecin avant tout, et inquiète même si elle ne le lui avouera pas. Inquiète parce que sa taux lui semble plus rauque que la dernière fois, plus persistante aussi. Elle fronce les sourcils, dépose le terminal sur un meuble avant de récupérer le stéthoscope, le tensiomètre ainsi que l'oxymètre numérique tout en s'approchant de Joel. Elle sent l'odeur de la cigarette et bouillonne intérieurement mais ceci dit, elle ne s'attendait pas à ce qu'il ait arrêté. Il n'arrêtera sans doute jamais, sauf s'il tombe plus gravement malade mais là encore elle n'est pas certaine qu'il arrêterait. Plus les secondes passent, plus Isiry se retrouve face à ces saletés de sentiments contradictoires qui lui bouffent l'existence dès qu'il s'agit de Joel. Elle voudrait lui hurler des horreurs à la figure, lui en coller une même et en même temps, elle crève d'envie d'aller le prendre dans ses bras. Chier à la fin. « Comment tu vas, toi, Isy ? » Et c'est pour le moment la colère et l'envie de lui en coller une qui l'emportent. Elle plisse les yeux et lui lance un regard glacial.

« Parce que ça t'intéresse ? » qu'elle répond d'un ton tout aussi glacial que ses prunelles. « Et y'a plus d'Isy qui tienne ni... » Elle marque un silence, déglutit un peu trop péniblement à son goût. « Tu ne peux pas m'appeler comme ça. » Il comprendra bien car elle ne le dira pas. Ce surnom, elle ne le prononcera pas. « Tu ne peux pas. T'as perdu le droit. Je suis ton médecin, c'est tout, alors tu t'en tiens à Isiry ou même Docteur Lehane ou Docteur, ce sera très bien. » De la distance. Surtout de la distance. « Comment je vais... » qu'elle répète la voix sifflante. « Enlève ton haut. » Ordre donné sans préambule et il n'a pas d'autre choix que de s'exécuter et quand c'est fait, la pneumologue vient installer l'oxymètre au bout de l'index de la main droite de Joel. « Ne bouge pas et tais-toi, je dois écouter. » D'autres ordres donnés alors qu'elle vient poser le pavillon froid du stéthoscope sur le torse de Joel après voir installé les embouts dans ses oreilles. Puis silence, simplement ponctué par la respiration de Joel, bien plus audible que celle d'Isiry qui se fait sans mal aucun. « Souffle fort par la bouche. » qu'elle ajoute en le regardant brièvement dans les yeux. Très brièvement car son regard se détourne et ses paupières se ferment. Elle a besoin de se concentrer, d'être dans sa bulle pour écouter comme il faut et plus les secondes passent, plus les sourcils de la pneumologue se froncent : elle n'aime pas ce qu'elle entend. Elle rouvre les yeux et contourne Joel pour venir poser le pavillon du stéthoscope dans son dos, sa main libre se posant sur l'épaule du milicien. Un geste qu'elle a toujours eu envers lui, qui est instinctif en réalité mais elle se reprend vite et la retire. Elle tient à la fameuse distance qu'elle essaye de garder entre eux. Et ça lui coûte tellement plus qu'elle ne l'aurait pensé... Il lui manque, c'est un fait. Elle termine par soupirer, tant parce qu'elle n'aime pas l'aggravation des sibilants à l'auscultation que parce qu'elle voudrait ne plus ressentir tant de tendresse pour le milicien. Elle retire le stéthoscope et contourne de nouveau Joel pour venir regarder la saturation inscrite sur le petit cadran de l'oxymètre et là encore c'est mauvais. Nouveau soupir alors qu'elle retire l'oxymètre. Elle repose le tout sur le meuble à côté d'elle avant de se retourner vers Joel, en essayant de garder cet air dur même si ça lui devient de plus en plus dur au fil des secondes. « Ce n'est pas bon. » Au moins c'est dit. « Ta saturation a encore baissé. Tu es à quatre-vingt seize pour-cents. » Et il sait ce que ça signifie parce que cela fait des années qu'elle lui répète qu'en-dessous de ce seuil, il aura besoin d'oxygène au quotidien, même en petite quantité, pour respirer. « Il faut que tu arrêtes de fumer. Vraiment. Je peux te prescrire quelque chose pour t'y aider. » Elle essaye. « Et j'aimerais te prescrire aussi un traitement pour essayer de t'aider pour faire remonter ta saturation. Il faudrait le prendre tous les jours à heure fixe, tu penses pouvoir faire ça ? »

Elle essaye de s'en tenir à son rôle de médecin mais en vérité, elle est morte d'inquiétude et elle pourrait presque le supplier de l'écouter un peu plus.

Presque.



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MessageSujet: (#) Re: Heart glass. [Joel]     Mar 28 Aoû - 22:16
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Il accepte la critique la tête baissée, regardant piteusement ses doigts qu’il triture nerveusement. Ça l’intéressait, oui, de savoir comment Isiry se sentait, comment elle surmontait le choc du drame qui avait secoué sa famille. Joel n’avait jamais su et n’avait jamais osé demander à de trop rares connaissances communes, de peur que la rumeur de ses indiscrétions remontent jusqu’aux oreilles de la principale intéressée. La dernière chose qu’il souhaitait était d’enfoncer un ultime clou dans le cercueil déjà bien fermé de leur amitié. Docteur Lehane. Il ne s’y habituerait pas – il ferait en sorte de ne pas avoir à s’y habituer. Il ne rouspète pas, retirant sa chemise pour que la jeune femme puisse l’examiner, trouvant la même préoccupation sur les traits du visage de la pneumologue qu’à l’habitude. Si au moins elle continuait de s’inquiéter pour lui, alors il avait bon espoir d’arriver à rectifier la situation, se refusant à imaginer qu’elle avait le même réflexe pour tous les poumons niqués de la flotte qu’elle avait eu à examiner depuis l’obtention de son diplôme. Mauvaise nouvelle, encore – il s’y attendait, à vrai dire, et quelque amélioration aurait relevé du miracle. Il dormait mal, mangeait mal, fumait comme une cheminée, vivait d’angoisse et faisait peu d’exercice, ses jointures trop atteintes par les effets de la gravité artificielle pour lui permettre de perdre les quelques kilos de trop qu’il emmagasinait à l’abdomen.

Il passe une main nerveuse dans sa barbe négligée, attendant la sentence, les conséquences de son inhabilité à prendre soin de lui-même. Arrêter de fumer et prendre des médicaments tous les jours – un verdict sans équivoque de culpabilité et de négligence qu’il accepte sans broncher, les doigts entrelacés sur ses genoux, tout de même irrité de s’être retrouvé à ce stade à son âge. C’était partiellement hors de son contrôle, certes, mais il aurait pu s’aider, faire quelque chose pour au moins éviter d’envenimer sa situation. Or, comme dans tout, son oisiveté lui causait des soucis. D’abord avec Ledward, avec qui il ne tentait pas d’arranger les choses outre-mesure, trop fier pour faire le premier pas alors qu’il n’avait rien fait de mal; ensuite avec Isiry, qu’il avait heurtée par son ignorance et son manque d’emprise sur la situation qui les avait séparés bien malgré lui. Il n’était pas doué pour garder contact avec les autres, pas par manque d’intérêt, mais faute de savoir comment s’y prendre – et peut-être un peu par timidité, aussi, de se dire qu’on pourrait le croire trop attaché alors qu’il n’en est rien. À moins de mentir à Isiry et à lui-même, le plan d’attaque qu’elle lui proposait n’était pas vraiment envisageable. « J’pense pas, non. » Il souffle dans un soupir rêche, réprimant un toussotement. Elle lui parlait comme s’il avait cinq ans, mais il ne s’en offusquait pas – il avait la maturité d’un gamin dans ce genre de situation, après tout. « Je veux pas sonner défaitiste, mais… j’sais pas, à quoi ça sert de m’acharner. J’vais passer l’arme à gauche tôt ou tard. » Il était trop jeune pour mourir et il en était parfaitement conscient. Il testait les eaux, voir quel genre de réaction il tirerait à Isiry, néanmoins convaincu de la véracité de sa philosophie.

Il ferait un effort, peut-être, dans certaines conditions qui n’étaient pas encore réunies. « J’vais oublier les médocs. Garanti. » Il n’avait pas mentionné la cigarette. Il savait qu’il était temps d’écraser pour de bon, de tirer un trait sur ce vice bien plus nocif qu’escompté depuis qu’il était sur la flotte. Avec un peu d’aide, il savait qu’il pourrait y arriver; un bon coup de pied au cul, un peu de motivation sous la forme d’une ouverture perçue ou réelle vers quelque réconciliation. « Tu sais que j’ai b’soin de plus qu’un cachet ou un patch pour le reste. » Il avait besoin du soutien moral le plus précieux qu’il avait trouvé sur la flotte et qu’il avait laissé partir sans même tenter de le retenir. Il lui tendait enfin la main dans l’espoir qu’elle comprendrait, qu’elle saurait lire entre les lignes.




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MessageSujet: (#) Re: Heart glass. [Joel]     Jeu 30 Aoû - 17:13
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Elle voudrait ne rien ressentir ou plus exactement n’être qu’un médecin qui s’inquiète pour son patient mais il est si compliqué pour Isiry de ne s’en tenir qu’à cela… Si difficile. Pourtant elle essaye, elle s’accroche à sa rancœur, à sa colère, elle essaye de les faire masquer l’inquiétude qui l’anime et la tendresse qu’elle ressent toujours pour Jo. Elle le cache, y parvient, garde ce masque pour le moment impassible, ce regard froid et incisif mais intérieurement cela devient plus compliqué au fil des secondes. Les doigts se serrent sur le terminal auquel elle s’accroche, manière comme une autre de s’occuper les mains et de pouvoir conserver son espace et de la distance vis-à-vis de Joel qui ne tarde finalement pas à répondre le plus sincèrement du monde. Son « J’pense pas, non. » fait froncer les sourcils de la pneumologue. Il ne se sent pas capable de prendre les médicaments ? Il ne se sent pas capable d’arrêter de fumer ? Les deux ? Il va devoir être plus précis car Isiry n’est pas devin non. Et finalement il pousuit Joel et le cœur de la pneumologue se serre bien malgré elle, plus qu’elle ne le devrait, quand elle l’entend dire que ça ne sert à rien de s’acharner, qu’il va finir par y passer. Au-delà de la douleur que lui procurent de tels mots parce qu’elle est médecin et qu’elle n’abandonne jamais et que ça la fait enrager de l’entendre parler comme ça alors qu’il est jeune et qu’il pourrait être en bien meilleure santé s’il prenait soin de lui, c’est le fait qu’il représente autant qui lui fait mal à Isiry parce qu’en réalité, elle ne supporte pas l’idée qu’il puisse lui arriver malheur. Elle a beau être en colère, il compte toujours et elle a déjà perdu sa mère. Ses amis les plus proches sont ce qui s’apparentent le plus à une famille. A sa famille. Alors perdre l’un d’entre eux, le perdre lui alors qu’il pourrait aller mieux… Elle ne parvient pas à l’envisager. Sauf que Joel poursuit en assurant qu’il va oublier de prendre les médicaments et elle soupire en secouant la tête de droite à gauche, dépitée en réalité qu’il ne soit pas capable de ne serait-ce qu’essayer de faire des efforts pour se soigner. Ou même arrêter de fumer puisqu’au final il n’en parle même pas alors qu’il s’agit quand même de la clé pour aller mieux : les traitements pourraient le soulager, améliorer sa respiration mais seul l’arrêt de la cigarette de façon définitive pourrait véritablement le soulager.

« Tu sais que j’ai b’soin de plus qu’un cachet ou un patch pour le reste. »

Elle se fige Isiry et ses doigts se crispent un peu plus sur le terminal. Finalement il en parle de la cigarette mais certainement pas de la manière à laquelle Isiry aurait pensé. Elle est… Encore plus en colère. Tellement en colère que les larmes lui montent aux yeux alors qu’elle s’était pourtant jurée de ne rien montrer, pas la moindre émotion face à lui. Elle ne voulait pas lui montrer qu’il compte toujours mais c’est trop tard à présent.

Parce que les mots que vient de prononcer Joel ont terminé de faire gonfler les émotions d’Isiry déjà à la limite de l’implosion.

« Tu vois… Ce que tu viens de dire… C’est tellement égoïste et injuste aussi… » qu’elle souffle la voix tremblante. Le terminal, elle vient le poser sur une petite table en métal non loin d’elle avant de s’approcher de Joel, les poings serrés, les larmes au bord des yeux. « T’es assis là et tu me dis en me regardant droit dans les yeux que quoi ? Que sans soutien tu seras incapable d’arrêter de fumer et de te tuer à petit feu ? Tu te moques de moi ? » Et ça monte, ça monte, au point que les larmes coulent sur les joues alors que ses ongles s’enfoncent à l’intérieur de ses paumes tellement elle serre les poings. Ses lèvres se pincent. « Et le soutien quand j’en ai besoin, moi, il était où ? Hm ? Quand il a décidé de m’interroger et de me frapper pour obtenir des informations que je n’avais pas puisque j’étais innocente, t’étais où ? Tu sais que je me souviens encore de sa main sur ma joue tellement il a cogné fort ? Non tu ne le sais pas parce que t’as même pas eu la décence de… Après… » Elle secoue la tête de droite à gauche et détourne le regard en crispant la mâchoire puis relâche finalement ses poings simplement pour venir essuyer son visage dans un geste vif et rempli de colère. Elle reporte son regard sur Joel. Un regard qui n’est plus qu’un mélange de colère et de douleur. « Quand j’ai eu besoin que tu sois mon ami, tu n’as été que le milicien. Et tu voudrais que moi, je sois ton amie maintenant parce qu’être ton médecin ça ne te suffit pas ? Tu voudrais me mettre, à moi, ce que tu te fais sur les épaules ? M’incomber de cette responsabilité ? » Sa lèvre inférieure tremble sous la colère et les larmes reviennent. « T’es dégueulasse parce que tu sais très bien que j’arriverai pas à te dire non au final Jo… » Le surnom qui revient. « T’es dégueulasse... » qu’elle répète en lui donnant sans crier gare un coup de poing dans l’épaule.

Si seulement elle le détestait, les choses seraient tellement plus simples.




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MessageSujet: (#) Re: Heart glass. [Joel]     Jeu 6 Sep - 1:55
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Égoïste et injuste : ça résumait bien la vie de Joel, à vrai dire, dans certains de ses aspects. Dans une vie d’abnégation, il avait réussi à trouver un équilibre précaire qu’il n’était pas en mesure de conserver suffisamment pour se convaincre lui-même qu’il avait droit à une part de ce que la flotte lui avait promis. Il ne pouvait pas le prendre par la force, par la fourberie, et pourtant c’était exactement ce qu’il était en train de faire en tentant d’extraire à Isiry une sympathie, une compassion qu’elle n’entretenait plus à son égard depuis longtemps. Il ne se moquait pas d’elle, contrairement à ce qu’elle semblait croire. Il était sérieux, presque ridiculement borné, à exiger le soutien de la médecin sans être en mesure de laisser échapper les quelques mots d’excuses qui lui brûlaient les lèvres. « Isy… » qu’il tente de l’interrompre, se laissant finalement engloutir par le reste de ses remontrances, tout simplement parce qu’il méritait de se faire remettre les idées au clair, encore une fois, de se faire rappeler à quel point il avait mal géré la situation et à quel point Isiry en avait souffert. Alors il baisse les yeux, encore, pour observer ses doigts qui jouent nerveusement avec le tissu de son pantalon, ne le relevant que quelques instants avant que le poing s’abatte sur son épaule. Par réflexe, il tente d’intercepter, attrapant les doigts de la médecin, doux, mais ferme. Il décolle les phalanges de sa peau nue, posant le poing fermé d’Isiry sur son genou, sans lâcher sa main. Il pince les lèvres derrière sa barbe hirsute avant de tenter de croiser le regard de la femme; incapable de soutenir les larmes, il pose à nouveau les yeux sur la main qu’il tient. « Je sais que j’ai pas l’droit d’exiger la moindre chose, mais… si tu savais comme j’m’en veux, pour cette histoire. » À vrai dire, elle ne savait probablement pas, puisqu’il ne lui avait jamais dit. Il n’en avait parlé à personne, gardé ça pour lui jusqu’à ce que ça vienne lui pourrir sa santé, double l’intensité de ses cauchemars, même, sans qu’il parvienne à mettre le doigt sur la raison de ces encore plus violentes terreurs nocturnes.

Elle ne savait pas, alors il fallait le lui dire, une fois pour toute. « En vérité, j’ai mal réagi. Je parle pas à Holloway d’puis deux ans, sinon plus, j’étais pas au courant, je m’intéresse pas à ses dossiers. Puis quand j’ai vu ton nom… il était déjà trop tard, et même si j’ai repris le contrôle, le mal était déjà fait. » C’était la seule fois depuis leur froid qu’il avait arraché de force un dossier à Ledward. Il était le meilleur interrogateur des deux là où Ledward se laissait trop rapidement emporter par les émotions et la pression; il aurait dû être responsable d’un dossier de si haut profil, et en d’autres circonstances, Led lui-même aurait lancé le dossier sur son bureau sans un second regard. Pourtant, peut-être en voulant prouver quelque chose, il l’avait gardé. Peut-être qu’il avait fait exprès pour pourrir celui qui avait déjà été son ami, même s’il se doutait qu’il n’aurait pas fait le lien entre la médecin et la spécialiste qui suivait son ami depuis de si nombreuses années. Joel lâche un soupir rauque, secouant la tête pour finalement lever les yeux vers le visage humide de la brune. « Puis après… après, j’ai voulu te laisser un peu d’espace, et j’ai pas été l’ami dont t’aurais eu besoin, j’ai laissé les choses traîner en pensant que le temps ferait son oeuvre. » Une lourde méprise de la part de l’inspecteur, qui avait plutôt laissé la relation entre lui et Isiry s’envenimer inconsciemment. Finalement, il lève ses doigts jusqu’au visage de la médecin, passant ses pouces sur ses joues pour en essuyer les larmes. « Pleure pas, mija. »




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MessageSujet: (#) Re: Heart glass. [Joel]     Sam 15 Sep - 18:01
Heart glass.



Le poing est arrêté dans sa course. Rien d'étonnant avec les réflexes qu'il a. Rien d'étonnant non. C'est le contact qui la surprend un peu, parce qu'elle avait oublié Isiry. Elle avait oublié sa peau à lui. Ce contact. La douceur paradoxale de ses mains rugueuses. Elle pourrait ne pas se laisser faire, essayer de se soustraire à lui mais elle n'essaye même pas. En réalité, elle n'en a tout simplement pas l'envie. Elle est en colère, encore et toujours, mais elle a trop mal pour se soustraire à lui, pour s'éloigner. Il lui manque trop, c'est un fait. Alors elle le laisse faire oui. Elle le laisse abaisser son poing, enfermé dans sa main, elle le laisse le poser sur son genou. Et elle l'observe à travers ses larmes. En silence. Puis, quand il termine par oser prendre la parole pour affirmer qu'il n'a pas le droit d'exiger quoi que ce soit d'elle, cela devient encore plus difficile pour Isiry. Parce qu'il dit qu'il s'en veut. « Si tu savais... » qu'il souffle mais non, elle ne sait pas. Elle a toujours pensé qu'il s'en fichait, que ça n'avait pas d'importance, que ce qu'il s'était passé n'était pas grave pour lui, que ce n'était jamais qu'un interrogatoire parmi tant d'autres. Qu'elle, elle n'était jamais qu'une personne parmi tant d'autres pour lui. Alors elle secoue presque imperceptiblement la tête de droite à gauche. Non. Je ne sais pas Jo. Mais il ne peut pas la voir secouer la tête car ses yeux à lui sont fixés sur leurs mains emmêlées. Et les explications viennent. Des explications qui font mal à Isiry non pas parce qu'elle en veut davantage à Joel au fil des secondes mais parce qu'elle s'en veut. La colère, elle se dirige peu à peu contre son propre être. Il ne parlait plus à cet homme, celui qu'elle ne veut plus jamais voir si possible. Il ne lui parlait plus. Il ne savait pas. Il ne savait pas. Et ça la bouffe de l'intérieur de réaliser cela Isiry. De réaliser qu'elle lui en a voulu pour rien. Qu'elle l'a détesté pour rien. Pour rien. Alors bien sûr que les larmes redoublent parce que c'est un tel gâchis et si, aujourd'hui, ils n'avaient pas discuté, le gâchis aurait été plus grand, plus terrible encore. Sous les doigts de Joel, ceux d'Isiry se mettent un peu à trembler alors que Joel, lui, relève enfin son regard vers elle. Et croiser son regard lui arrache de nouvelles larmes. Elle secoue la tête cette fois-ci avec plus de vivacité quand Joel prend toute la responsabilité, quand il affirme qu'il n'a pas été l'ami dont elle avait besoin. C'est vrai qu'il n'a pas été là pour elle après mais à présent, elle connaît les raisons et non, il n'est pas responsable. Enfin, pas réellement. Il aurait pu venir la voir, cette conversation qu'ils ont maintenant, elle aurait pu avoir lieu il y a des mois mais... Non. C'est faux. Non, elle n'aurait pas accepté. Elle était fermée, hermétique, persuadée de n'être rien pour lui. Il aurait essayé et elle l'aurait envoyé se faire voir. C'est cela la vérité.

C'est elle qui a mis cette distance entre eux, pas lui.
Pas lui.
Pas toi Jo.

La lèvre inférieure de la pneumologue se met à trembler quand Joel vient poser ses mains sur les joues d'Isiry pour essuyer des larmes qui n'en peuvent plus de couler.

« Pleure pas, mija» qu'il souffle et elle de pleurer davantage cette idiote, ses mains venant s'accrocher à celles de Joel pour les faire rester sur ses joues. Pour ne pas se défaire de son contact.

« Je suis tellement désolée Jo... » qu'elle finit par murmurer la voix tremblante. « Je ne savais pas... Si j'avais su... » Elle ferme les yeux, inspire puis expire profondément avant de les rouvrir pour les planter dans ceux de Joel. Les doigts d'Isiry appuient un peu plus sur les mains du milicien. « J'ai été tellement stupide. J'ai pas songé un seul instant que tu avais pu ne pas savoir. J'ai cru... » Elle pince les lèvres, son corps se tendant au fil des secondes. « J'ai cru que tu t'en fichais mais tu ne savais pas. Et après... » Elle secoue de nouveau la tête de droite à gauche et cette fois-ci, ce sont les mains de la brune qui viennent se poser sur les joues du milicien, glissant ses doigts dans sa barbe, sa bouche se déformant en une grimace de tristesse et de douleur. « Je ne veux pas que tu t'en veuilles. Je ne t'aurais pas laissé approcher. Tu sais, je ne t'aurais pas laissé approcher... Je ne t'en veux pas. Je ne t'en veux pas. » qu'elle assure en répétant une seconde fois. « Il faut que tu te soignes, d'accord ? » Et la voix de la brune se casse. « Je ne supporterai pas de te perdre toi aussi Jo... »

Comme elle a perdu sa mère. Son père. Et elle qui allait mieux, ou qui pensait en tout cas aller mieux, être passée à autre chose, s'effondre. Elle se brise de l'intérieur rien qu'en repensant à sa mère et en repensant à Joel, s'il venait à périr de sa maladie.

S'il la quittait comme tous l'ont quittée.



(c) sweet.lips


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