treachery and gall / iw
MessageSujet: (#) treachery and gall / iw     Mer 17 Jan - 14:50
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[mi-année 2226]

Dire que le Regina Mercy n’était pas similaire au reste de la flotte – calme, aseptisé, serein même – était un euphémisme. C’était la grande soeur sage du turbulent Columbiad, la mère protectrice de l’Helios, l’épouse fidèle de l’Argus One. Rosa s’y rendait à l’occasion, rendre visite au peu de famille qu’elle pouvait avoir, les Woodrow de sa mère, ceux qui ne lui avaient pas encore tourné le dos. Or, c’est loin d’être apaisée, dans l’optique de rendre visite à sa cousine qu’elle dévale les couloirs. Le pas lourd, la démarche furieuse, ce n’est pas vers la cabine de Lyra qu’elle se dirige, mais vers le bureau de son oncle, capitaine de sa Majesté, dont la porte est gardée par un milicien qui semble vouloir bien faire en bloquant le passage à la douanière. « Halte, le capitaine n’attend personne. Il vous faut passer par les canaux officiels. » Les sourcils de Rosalija se froncent. De toute évidence, le cadet n’a pas compris qu’elle ne laisserait pas le protocole l’empêcher d’atteindre sa destination – croire autrement était de la pure folie. « J’en ai rien à battre de ta hiérarchie, couillon, tu m’ouvres cette porte que je parle à mon oncle et si tu m’fais attendre j’te jure que tu vas te r’trouver à récurer des chiottes, tu piges c’que j’te dis? » Elle n’avait pas besoin de crier si fort, de déranger l’ordre du vaisseau – heureusement qu’ils se trouvaient loin des zones de soins. Elle ignorait si elle aurait pu se retenir le cas échéant. Sa fureur était telle qu’elle ne voyait même pas clair alors que le cadet lui ouvrait la porte, visiblement intimidé, que ce soit par le ton hargneux de la douanière ou par le lien familial qu’elle venait de déclamer.

La porte s’ouvre et elle trouve son oncle à son bureau, à capitainer ou peu importe ce que les gens faisaient à son niveau. Elle n’attend même pas que le milicien ait la présence d’esprit de les isoler dans la pièce pour exploser. « Tu sais ce qu’elle m’a fait cette… cette… » Elle ne sait même pas comment la désigner, Rosa, cette mère qui lui a pourtant donné la vie, mais qui s’acharne à en faire un enfer stellaire. Toutes les injures qui lui passent par la tête sont trop sympathiques pour qualifier la harpie qui lui sert de génitrice. « Tu sais à quel point j’ai travaillé fort pour monter les échelons! J’la méritais cette promotion – j’la mérite toujours! Pis elle me l’a enlevée, juste parce qu’elle peut, pis parce que personne va contester! » Ses dernières syllabes peinent à se faire entendre à travers les sanglots de rage qui la secouent. Un instant furieuse, elle passe aux larmes en quelques instants. Tous les regrets qu’elle avait pu avoir remontent à la surface : le divorce de ses parents, le fait de ne pas être restée sagement avec papa plutôt que de se laisser trimballer par maman comme une vulgaire poupée, de n’avoir pour seul souvenir de son père quelques pistes audio de la musique qu’il composait et une photo soigneusement copiée à plusieurs emplacements pour éviter de la perdre définitivement. Jamais il ne lui aurait fait ça, lui. Son oncle non plus. « Elle t’avait dit? Tu l’aurais empêchée, hein? » Sa voix se brise un peu plus. Debout en plein milieu du bureau, droite comme un piquet, elle observe son oncle à travers des yeux saturés d’eau. Si tu mérites cette promotion tant que ça, tu auras une autre chance de l’obtenir, qu’elle lui avait dit en agitant, moqueuse, son terminal devant le visage de sa propre fille – RECALÉE, disait la mention, juste à côté d’un CANDIDAT CHOISI raturé à même l’écran. D’un geste tremblotant, elle tire son terminal de sa poche et envoie une copie de la décision à Isaac portant la signature trop aisément reconnaissable de Cindra Woodrow.

Jamais elle n’aurait cru, même l’espace d’une seconde, songer sérieusement à la défection, direction la Terre sans un seul regard par-dessus son épaule. Honte, colère, mépris et incompréhension s’amalgamaient dans ses tripes dans une concoction explosive qu’elle ne savait pas comment exprimer – même devant la seule famille qui trouvait grâce à ses yeux.


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said it'd ruin me one day
MessageSujet: (#) Re: treachery and gall / iw     Lun 5 Fév - 0:16
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IROSA | treachery and gall
Everytime that we run , we don't know what it's from. Now we finally slow down . We feel close to it. There's a change gonna come. I don't know where or when but whenever it does
We'll be here for it.

D'un mouvement agile du stylet, la déclaration est signée, envoyée sur le terminal de ton second, un homme aux épaisses lunettes. L'air pincé, il t'observe parcourir un autre document du regard, à la recherche de la prochaine chose à lui faire corriger, à pointer comme inexact, comme un peu trop approximatif. Un soupire, un mot est surligné, une expression barré, une phrase remaniée. « Mh. Les yeux se relèvent alors, croisent, amusés, le regard bleu du second. Visiblement, vous vous améliorez, lâches-tu alors que son texte est bariolé de corrections diverses et variées. Merci Capitaine. », grince-t-il des dents, sûrement peu habitué à ta sévérité, à ton extrême rigueur dans tous les domaines. Tu n'es après tout que désireux d'excellence, de travail impeccable, irréprochable. « Bien, vous avez du trav – Capitaine Woodrow, la voix mécanique de Charlie s'agite, t'interrompant, attirant ton regard. Rosalija est devant votre bureau – l'image de la caméra postée à l'extérieur de ton bureau s'affiche, montrant un visage aux airs furibond cracher sa bile, son venin contre le pauvre milicien, remplissant simplement sa tâche. Charlie, le son, claques-tu, laissant l'ordre donné immédiatement suite à un très distingué, très apprécié :   ... m’ouvres cette porte que je parle à mon oncle et si tu m’fais attendre j’te jure que tu vas te r’trouver à récurer des chiottes, tu piges c’que j’te dis? Un sourire se dessine alors que tu imagines tout à fait la jeune recrue blêmir, bafouiller et s'excuser platement. Aucun problème, Charlie. N'avertis pas la milice. Bien, capitaine. Maxwell, un regard à ton second, vous êtes encore là ? » Sous l'humour un peu froid dort l'ordre qu'il peut déguerpir, aller gentiment te servir. Un mouvement de main le balaye déjà, l'invitant à sortir.

Et alors qu'il s'efface, Rosa pointe le bout de son nez. Son visage rouge de colère ne laisse aucun doute sur la teneur de ses (res)sentiments, de la fureur qui lui bouffe le coeur. Les yeux sont agrandis de haine alors qu'elle la crache devant toi : « Tu sais ce qu’elle m’a fait cette… cette… »  Les sourcils se haussent, interrogateurs : « Assieds-toi, je t'en prie. », l'invites-tu, toujours prêt à l'écouter, à la soulager du poids qui pèse sur elle. Tu t'es toujours efforcé d'être le plus présent possible, le plus tendre avec ta nièce. Les liens de sang sont bien peu de choses et pourtant, il te ramène éternellement vers ceux qui sont restés, t'ont accompagnés. Il paraît que la famille ça ne trahit pas, ça ne salit pas. « Tu sais à quel point j’ai travaillé fort pour monter les échelons! J’la méritais cette promotion – j’la mérite toujours! Pis elle me l’a enlevée, juste parce qu’elle peut, pis parce que personne va contester! »  Tu l'as même appuyé cette promotion, y ajoutant une lettre de recommandation, tentant de faire jouer tes relations. Tu as toujours eu un œil attentif, tendrement incisif sur la brune. Si Lyra n'a pas vraiment embrassé une carrière militaire, préférant l'amélioration continue de la flotte, c'est tout le contraire de Rosa. Et peut-être que c'est un peu stupide, insipide de se retrouver un peu en elle, de croire tellement en son ascension. Lorsque tes yeux se posent sur elle, tu vois des possibilités démultipliés, des ambitions mesurées qui, pourtant, l’emmèneront loin. Qui l'auraient emmenés loin. Tu n'es pas dupe, tu n'as pas réellement de poser la question ; tu sais le nom de la seule personne qui peut sacrifier, blesser son enfant parce qu'elle le peut, parce qu'elle le veut. Et les larmes coulent, sillonnent des rivières d'horreur, de malaises qui te font contourner ton bureau, venir doucement prendre la jeune femme dans tes bras : « Je suis là, Rosa. Glisses-tu en douceur, toute en lenteur d'une voix posée, prêt à crevasser, à tuer tout ce qui la fait souffrir, tout ce qui pourrait la détruire. Tout va bien, tout ira bien. Les doigts s'emmêlent à la chevelure épaisse, aux boucles, la laissant tremper de ses pleurs ton uniforme, même se moucher dedans, si cela peut calmer, apaiser son chagrin. Explique-moi. » Demandes-tu, tout bas, dans le creux de son oreille comme lorsqu'elle était enfant, comme lorsqu'il fallait un peu combler l'absence d'un père. Ce que tu n'as jamais pu vraiment faire. Puisque même si la tendresse est évidente, l'amour de l'oncle envers sa nièce réelle, Lyra a toujours été ton unique fille. Et c'est con mais cruel de voir qu'il y a toujours eu une différence, une distance. Lyra est une moitié de toi, un absolu, une vérité pour lequel tu es prêt à n'importe quoi. Même à tuer. Même à te tuer.

« Elle t’avait dit? Tu l’aurais empêchée, hein? » , sa voix se tord, brisé par le désamour maternel, par la pire des trahisons. Doucement, les doigts s'attachent à sa nuque, massent doucement pour tenter d'un peu la calmer, l'apaiser. Et tu l'observes pianoter sur son terminal, faisant vibrer le tien. Aussitôt, l'objet est saisi à bout de bras, la décision te saute aux yeux ainsi que la signature de Cindra. La colère s'agite au fond des tripes, dessinant des montagnes de malaise, de haine. Tu n'as jamais compris les parents qui s'évertuent à foutre leur gosse plus bas que terre, que l'enfer. Tu n'as jamais compris pourquoi Cindra ne supportait pas sa fille, ce qu'elle lui avait fait pour attirer ses foudres. Rosa avait, pourtant, de quoi rendre fier n'importe quel parent, n'importe qui. Mais non, elle n'était jamais assez bien pour sa mère, jamais assez forte, jamais assez méritante. « Elle ne m'a rien dit, lâches-tu d'une voix âpre, où danse l'amertume d'une injustice, d'une colère sans nom et sans fond. Si elle t'en avait parlé, tu aurais brisé son terminal sur son visage pour lui apprendre à aimer correctement, sainement son enfant. Tu imagines bien que je suis aussi … Tu cherches les mots, quelque chose de poli mais injurieux, qui laisse peser le fond de ta pensée. Disposé à la haïr que toi. » Le calme ne peut tromper la fureur glaciale, infernale qui s'agite dans le creux du ventre, qui laisse s'embrasser des vengeances mal placés, déclinés en mille coups que sa mère mériterait. « J'aurai su, j'aurai tout fait pour qu'elle n'ait pas accès à ton dossier. » Tu as pensé, naïvement, que cette fois, Cindra ne s'en prendrait pas à sa fille. Pas sur ce terrain là. Que cette fois, elle aurait laissé quelqu'un d'autre traiter la demande de Rosa. « Quitte à lui bousiller son terminal. », murmures-tu à son oreille, plus bas, pour essayer de la faire sourire, de lui rendre un peu de bonheur, de baume au cœur. Au fond, tu t'en veux de ne pas avoir été assez prudent, de ne pas avoir pensé à cette possibilité.

Lentement, tu la pousses à s'asseoir dans l'un des deux sièges face à ton bureau, essuyant ses larmes au passage : « J'aurai dû demander à ce qu'elle n'y ait pas accès. Pardonne-moi, je ne pensais pas qu'elle irait jusque . » Quel mère oserait, au fond ? Tu pianotes sur ton terminal, annulant tes rendez-vous de l'après-midi, sortant d'une cache du bureau une bouteille de brandy terrien. « Je le réservai pour – et peut-être qu'il ne vaut pas mieux le dire, qu'il vaut mieux s'abstenir d'avouer que tu n'attendais que sa promotion pour l'ouvrir avec elle. Ça n'a pas d'importance, tu en as besoin maintenant, conclues-tu, en ouvrant la bouteille dénichée sur le marché noir, tirant deux tasses pour verser l'alcool dans les objets pour venir t'asseoir à ses côtés. Rosa, ta mère n'est pas une mère. » Tu lui tends le verre, accompagné d'un mouchoir, pesant doucement tes mots. « Je sais que c'est peut-être facile à dire mais elle ne te mérite pas. Tu es belle, intelligente, débrouillarde, ambitieuse, talentueuse, travailleuse et oui, cette promotion devait être à toi. Un silence, une gorgée de l'alcool. Mais elle serait bien trop heureuse de te voir dans cet état, bien trop contente de voir comme elle t'atteint. » Et tu imagines la gueule satisfaite de Cindra, son visage clairement apaisé de voir qu'elle lui a fait du mal, qu'elle peut encore lui en faire. « Je te propose de lui prouver que peu importe ce qu'elle te fait, peu importe ce qu'elle pense de toi, qu'elle te soutienne ou pas, tu réussiras. Et ce même si, je dois mettre ma carrière sur la ligne. » Et dans le bureau, il y a la promesse silencieuse de toujours être là pour elle, de toujours soutenir ses moindres pas. « Et après, ma chère, nous allons faire ce que nous savons faire de mieux, un sourire doux scindant, détruisant le masque froid : s'assurer que Cindra te le paie d'une manière ou d'une autre. » Puisque dans la famille Woodrow, la vengeance est un plat qui se mange froid, voire glacial.
MessageSujet: (#) Re: treachery and gall / iw     Lun 12 Fév - 22:01
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Les événements se déroulent dans une succession d’instants saccadés et de ralentis furieux, jusqu’à ce qu’elle reprenne conscience du temps et de l’espace, la tête confortablement enfouie dans l’uniforme impeccable de son oncle. Elle pleure, Rosalija, comme une gamine, comme elle aurait pleuré si elle avait eu l’âge de comprendre que de s’embarquer sur la flotte signifiait ne plus jamais revoir son père. Les sanglots l’agitent incontrôlablement, pendant un temps, puis s’estompent naturellement, comme réconfortée par l’antagonisme de son oncle vis-à-vis de sa mère. Elle se doutait bien qu’Isaac n’était guère au courant des machinations sadiques de sa génitrice, et que si ça avait été le cas, il l’aurait défendue bec et ongles, comme il le lui assurait. Il faut que le capitaine mentionne quelque destruction de propriété pour qu’elle affiche enfin l’ombre d’un sourire, utilisant la manche de son propre uniforme à col rouge pour éponger ses yeux humides. Un reniflement, puis un autre, et elle se cale profondément dans le siège qui fait face au bureau de son oncle, s’octroyant quelques instants pour retrouver son calme. « T’excuse pas, t’as rien à voir avec ça », fait-elle finalement, secouant la tête. « Elle aurait trouvé une façon de me recaler, avec ou sans accès à ma candidature. » Rosalija n’en appréciait pas moins le sentiment, l’intention. Elle savait qu’il l’aurait fait, si l’occasion s’était présentée, et elle lui en était reconnaissante. Son oncle avait toujours su naviguer les eaux troubles de gérer deux filles, l’une légitime, l’autre simplement affiliée. Rosalija s’était largement rabattue sur son oncle lorsqu’elle avait compris qu’elle ne reverrait plus jamais son père, tout en s’assurant de laisser une distance acceptable entre elle et la famille Woodrow, se contentant de jalouser de loin la chance qu’avait Lyra. Elle n’avait que de bons sentiments pour sa cousine, mais ne pouvait s’empêcher de ressentir la proximité – physique et émotionnelle – qu’elle entretenait avec son père.

Isaac s’interrompt brusquement et Rosalija reprend ses esprits, dardant ses prunelles d’obsidienne sur la bouteille que l’homme extirpait du bureau. Un petit sourire étire ses lèvres, puis elle fronce les sourcils, prise d’une curiosité amusée malgré les yeux humides, bouffis qui trahissaient sa peine. La douanière accepte le verre avec gratitude, y trempant aussitôt ses lèvres, concentrée sur les paroles encourageantes de son oncle. « C’est pour ça que je lui montrerai pas », se convainc-t-elle, faisant tournoyer le liquide ambré dans la tasse. « Je sais que tu lui diras pas, non plus. » L’inverse était impensable. Rosalija savait que quelque soit le secret qu’elle pourrait annoncer à Isaac, il le couverait jalousement, le garderait pour lui quoi qu’il en coûte. Les promesses du capitaine lui font chaud au cœur, mais aussi serrer la mâchoire. Il n’avait pas à sacrifier le travail d’une vie pour la vengeance d’une nièce dont il ne partageait même pas le sang; seulement les liens du mariage. Pourtant, elle n’arrivait pas à refuser directement l’offre implicite de l’homme, égoïstement, s’imaginant qu’elle irait bien plus loin avec un allié comme lui à ses côtés. « Autant attendre qu’elle crève. Ça sera plus simple. » Elle lâche le constat sur le ton de la banalité, comme si ça ne lui faisait ni chaud ni froid de s’imaginer à la morgue, à identifier le cadavre encore tiède de sa génitrice. C’était le cas, après tout. Rosa aurait ensuite le champ libre pour renouer avec son demi-frère sans les interruptions empoisonnées de Cindra, sans l’ombre de la grande dame que le reste de la flotte pensait qu’elle était qui planait au-dessus d’elle. Elle imite toutefois le sourire de son oncle, dans lequel elle décèle à la fois le meilleur et le pire de lui. La dévotion poussée à l’extrême, l’inaptitude à encaisser les injustices. Elle avait un peu de ça, elle aussi, sans nul doute inspirée par le parcours exceptionnel de son oncle. « Je passerais pas une opportunité de la faire rager, par contre », admet la douanière dans un sourire en coin, brièvement carnassier avant de retomber aussitôt à plat. Elle soupire. « Je trouverai bien quelque chose. » De quoi lui faire regretter de lui avoir mis des bâtons dans les roues. De quoi lui faire mordre la poussière.

Soucieuse de se changer, même brièvement, les idées, elle attrape la bouteille de brandy posée sur la table pour l’observer sous toutes ses coutures. De l’alcool d’une qualité qui n’était pas facilement accessible sur la flotte. Rosa décoche un sourire malicieux, entendu, à son oncle. « C’est clairement du marché noir, ça », souligne-t-elle avec une certaine espièglerie. Des similaires, elle en voyait souvent. Elle pince les lèvres en reposant la bouteille sur la table, reniflant discrètement le contenu de son verre avant d’en reprendre une gorgée. Rosalija semble songer un instant, les yeux en l’air, les coudes posés sur ses genoux. « Elle serait furieuse de voir ça. » Cindra avait toujours eu, comme Leona, un problème avec le laxisme évident de l’amiral vis-à-vis du marché noir. Sachant que son oncle était un ami proche de la vice-amirale et qu’il la suivrait les yeux fermés dans un trou noir, la bouteille se révélait être une surprise pour la douanière. Pourtant, lui faire la morale, à titre d’agent de la paix, ne lui traverse même pas l’esprit. Pas l’ombre d’un instant. « On devrait lui laisser la bouteille vide sur le pas de sa porte avec une note. Juste assez passif-agressif pour qu’elle soit de mauvaise humeur pendant quelques jours. » Ça n’était que l’amuse-gueule de ce qu’elle préparait pour sa mère, avec ou sans l’aide d’Isaac. Le tour était bien trop sympathique pour la démone qu’elle était au fond.


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