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  c'est le coeur qui lâche en dernier (os)
MessageSujet: (#) c'est le coeur qui lâche en dernier (os)     Sam 25 Aoû - 14:34
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C’est comme de porter la peau d’une autre, de vivre une autre existence à travers les yeux d’une inconnue. Chaque geste, pourtant auparavant anodin, doit être pensé avant d’être exécuté. Et elle dépense une énergie folle dans les gestes du quotidien. La fatigue, écrasante, lui pèse sur les paupières et les épaules, à chaque instant. Elle promène son être et son âme délabrés, puise loin en elle pour se composer un masque qui ne trompe vraiment personne. Il suffit d’un regard pour remarquer l’absence de vie dans les mires d’ordinaire pétillantes de joie d’Elie. En disparaissant, Tiaan l’a emportée avec lui. Ne reste que ce corps habité par une âme morte. C’est comme de porter la peau d’une autre et d’être totalement impuissante, subir chaque seconde qui passe. Et les jours défilent, identiques aux précédents et présageant des suivants. Après le déni, brutal et violent, Elie glisse doucement vers une douleur plus diffuse, mais constante ; un abattement prodigieux de l’être.

L’esprit englué dans une torpeur dont elle ne sort que rarement, Elie entre sans sa cabine. D’instinct, les yeux se posent sur le lit, à la recherche de la masse assoupie de Tiaan. A de rares occasions, il préférait dormir dans la cabine d’Elie plutôt que de rejoindre la sienne après être allée la voir au travail. Bien sûr, elle n'y trouve que l'ombre de son corps projeté par la lumière. La gorge pressée par un énième sanglot, elle s’oblige à détourner la tête et s’enferme plutôt dans la douche. Les gestes sont mécaniques, et son regard s’attache plutôt aux gouttes sillonnant la paroi, puis se trouble complètement. L'eau ne coule plus depuis longtemps alors qu'elle est encore recroquevillée, à chialer, submergée par la douleur, cette douleur profonde contre laquelle on ne peut rien. Et quand enfin, elle n'a plus de larmes à expulser hors de son corps, maladroitement, Elie se relève. Vaincue, foutue, se couche la carcasse lasse. Et bien qu’épuisée, il semble que le sommeil la fuit. Son esprit divague mais revient sans cesse au vide qui creuse sa poitrine.

Lorsqu’elle sent le souffle régulier dans son cou, elle frémit d’abord, et se persuade que c’est un courant d’air. Le poids du bras qui entoure son ventre juste sous la poitrine affole ses sens. Elie reste un temps immobile, incapable du moindre mouvement mais le myocarde qui pulse à un rythme effréné. Soudain, il lui semble qu’elle respire mieux. Longtemps, elle reste immobile, incapable de discerner ce qui tient du miracle ou ce qui confine à la folie : elle s'en fout. C'est Tiaan, contre elle, sa chaleur qui recoupe la sienne, et enfin, son esprit qui trouve un semblant de paix. Et tandis qu'il la berce, elle s'endort.

Forcément, le lendemain, il n'est plus là. Il est parti travailler, pense-t-elle, se persuade-t-elle. Le cœur plus léger et l'âme apaisée, elle prend son quart. Fébrile, elle attend la silhouette familière qui viendra prendre sa place habituelle. Et elle est prête, Elie. Prête à tout lui dire, à le supplier de la pardonner, de rester… Déjà, son monde reprend toutes les couleurs qu'il a perdu ces derniers jours.
Il n'arrive jamais. La déception, proportionnelle aux espoirs démesurés, lui rappelle cruellement que Tiaan est mort. Les bras glissent lentement le long de son corps, enserrent le ventre et les dents entaillent profondément les lippes pour ne pas laisser passer la plainte de détresse, ni un énième pleur. Avec peine, Elie s'oblige à terminer son quart, fermer le bar, et se traîner chez elle. Elle a dans la main une bouteille qu'elle hésite à vider sur le chemin.

Alors quand elle voit Tiaan, appuyé sur le mur à côté de la porte, les bras croisés sur la poitrine et une clope entre les mains, elle ne retient pas le sursaut ni le petit cri de joie. A quelques pas de lui, la rousse se fige, comme de refuser de croire à ce prodige. A son tour, il lève la tête, et leurs yeux se croisent, s'attirent et s'ancrent les uns dans les autres. Elle comble les quelques pas qui les séparent et ils tombent dans les bras l'un de l'autre. Impatiente et avide, Elie l'embrasse tandis que l'autre main active l'ouverture de la cabine. Elle dresse alors un bras entre eux, détaille celui qui lui fait face.

Pleine de joie rentrée et contenue, sans trop oser y croire, elle se retourne et se loge dans le giron que forme l’homme avec ses bras et tout contre sa poitrine. « Tu es revenu… elle murmure le timbre cassé. » Il ne répond rien, mais hoche la tête. Hébétée, Elie ferme les yeux. Les rouvre. Et il est toujours là, contre elle et elle contre lui. Alors le sanglot s’échappe doucement de sa poitrine et la libère des angoisses qui la tenaillent sans cesse. « Tu es revenu ! elle répète, la voix entrecoupée tandis qu’elle le serre fort contre lui. Et chaque seconde le rend plus tangible sous ses doigts et contre sa peau. D’abord timides, les lèvres cherchent les lèvres avant d’y mordre pleinement. Le contact rugueux des doigts de Tiaan la fait frémir tandis qu’il sèche les larmes et la berce. Sous la cage d’os, le palpitant s’emballe. Si le baiser s’est d’abord fait chaste, les mains qui se sont manquée, cherchées, se séparent et retracent les courbes des corps qui se connaissent dans le moindre détail. Et déjà, la frénésie dans les mouvements se fait sentir. Pourtant, Elie profite de cet instant comme d’une première fois et elle promène ses mains partout où elle le peut. Depuis le visage, la nuque et les épaules, par le torse, la hanche, puis le dos, les fesses et les cuisses. Les paumes de Tiaan ne sont pas en reste et bientôt, ils s’échauffent les corps autant que les esprits. Elle débusque dans son regard une flamme avide qu’elle nourrit de chaque de ses baisers audacieux et de ses mains aventureuses. L'empressement les faits quitter leurs vêtements et un nouveau désir bouillonnant les jette sur le lit, l'un sur l'autre, avec une fièvre presque adolescente. Elle rit un peu, Elie, elle pleure un peu aussi. Puis son souffle se perd se transforme en plaintes que Tiaan étouffe de baisers impérieux. Et quand enfin il la prend et la libère de ses tensions, Elie se laisse aller totalement.

Le cœur lui bat encore furieusement dans la poitrine et les restes de l'orgasme s'étiolent, son esprit avec. Il y a d'une part la raison qui se bat férocement contre tout le reste – et perd peu à peu du terrain jusqu'à rendre les armes. Si ça lui convient à Elie, de se persuader que c'est vrai, de décider d'y croire, alors elle rend les armes. Cette partie, qui travaille à la sauvegarde de son être, se résigne et se prépare au brutal retour à la réalité, d'ici quelques jours, quelques semaines. L'impact sera d'une brutalité inimaginable. D'autre part, l'esprit fracturé d'Elie qui lui imagine Tiaan vivant et la persuade de la véracité de cette douce illusion rassurante et trompeuse. Peu importe si ce n'est que pour elle et que dans les quatre coins de son esprit. Tant pis. Ca ira.




je t'oublierai. je t'oublie déjà.
regarde comme je t'oublie. regarde-moi.

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