nobody else will be there / ae
MessageSujet: (#) nobody else will be there / ae     Jeu 26 Avr - 22:05
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« À ton succès! »

Tout dépendait de la façon dont on voyait les choses; les circonstances pouvaient être dramatiques et sinistres autant qu’elles pouvaient donner envie de festoyer. Objectivement, Rosalija aurait préféré fêter – l’un de ses plus vieux amis venait d’accéder au poste le plus prestigieux de toute la flotte après celui de membre du conseil, après tout, et l’occasion méritait d’être soulignée. D’un autre côté, pour lui céder la place, quelqu’un avait dû être condamné à mort. Elle saisissait aisément très bien l’ironie qui l’avait poussée à inviter Khan à prendre un verre désormais qu’il se hissait officiellement au sommet de la hiérarchie du Colossus 5. Depuis la soirée des élections, elle ruminait à la fois la conversation qu’elle avait eue avec Ethan et les réalisations qu’elle n’avait guère eu le choix d’assimiler et le plan de confrontation avec l’objet de ladite discussion. Croire qu’elle s’en voulait d’aller à l’encontre des volontés d’Ethan constituait une grave méprise. Elle estimait avoir droit à des réponses, là où Ethan ne lui avait offert que des questions. Patiente, elle ne l’était pas, mais elle avait tout de même su attendre le timing parfait pour passer à l’attaque – techniquement, ils étaient réconciliés, alors pourquoi Khan se méfierait-il d’une simple invitation, innocemment lancée? Rosa le connaissait suffisamment pour savoir que ça flatterait son ego. La vindicte lui nouait les entrailles sous le masque de son habituel pétillant alors qu’elle poursuit ses félicitations, son verre levé.  « T’es officiellement mon deuxième ami le plus riche sur la flotte alors je te remercie d’avance de si généreusement régler la note en entier », fait-elle dans un rire, à moitié sérieuse. Le petit verre tinte contre celui de son interlocuteur et elle avale le tout d’un trait, faisant claquer le récipient sur la table déjà rendue collante par leurs consommations déjà ingurgitées. « Comment le prend ta douce alors? Elle se présente comme la première dame du Colossus déjà? » Elle était sincèrement amusée par son propre commentaire – après tout, si elle avait été à la place de la blondinette qu’elle savait en couple avec le capitaine, c’est exactement ce qu’elle ferait, sans la moindre gêne.

Son hilarité s’apaise dans un bref silence alors qu’elle baisse les yeux, se mord brièvement la lèvre inférieure, puis relève le regard vers Khan, un petit sourire malicieux étirant ses commissures. Ça l’embêtait de devoir s’abaisser à de telles techniques, mais son capital de sympathie pour Khan était assurément au plus bas – elle n’aurait aucun remords dans l’utilisation de quelque signal trompeur que ce soit. C’était à Khan de décider s’il tombait ou non dans le panneau. « T’sais quoi? J’ai toujours rêvé de voir le pont du Colossus. Tu m’y emmènerais? » L’air espiègle s’accentue alors qu’elle attrape un autre shot, observant momentanément Khan par-dessus le verre avant d’en avaler le contenu. Il y avait bien une raison pour laquelle on appelait l’alcool du courage liquide; elle n’en avait pas besoin, mais les quelques verres suffisaient à lui donner le surplus de confiance dont elle avait besoin pour ne pas réaliser qu’elle jouait potentiellement avec le feu. Elle aimait croire qu’elle connaissait suffisamment son vis-à-vis pour pouvoir anticiper sa réaction, pour ne pas avoir à le craindre comme Ethan semblait le redouter. Cela dit, elle s’était déjà trompée par le passé, et si elle se trompait encore, sans doute Khan était-il disposé à ne pas s’arrêter à une simple gifle. « Allez », insiste-t-elle, « c’est toi l’patron, tu peux bien faire ce que tu veux, non? » Comme pour appuyer ses propos, elle se laisse glisser du banc, atterrissant gracieusement au sol. Elle avait momentanément pensé emprunter une robe à Anastasia pour s’assurer que si ses arguments ne suffisaient pas à convaincre Khan de les mener jusqu’au pont du Colossus, la vue se chargerait du reste. Ça pouvait être n’importe où, en vrai, pas nécessairement là où elle insistait pour aller, tant qu’ils se retrouvaient seuls. Or, l’inviter à sa cabine lui rappelait des mauvais souvenirs, et la flotte ne regorgeait pas de recoins privés, quand on y pensait. Rosalija avait quand même pensé à laisser ses cheveux lâchés, sachant que Khan préférait voir ses boucles soigneusement cascader sur ses épaules plutôt que coincées dans un chignon échevelé.


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MessageSujet: (#) Re: nobody else will be there / ae     Ven 27 Avr - 1:33
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Il y avait quelque chose de rassurant dans l'idée de pouvoir trinquer à sa promotion avec la bonne personne. La tension néfaste qui régnait entre eux depuis leur malheureuse dispute semblait avoir disparue depuis qu'ils s'étaient rencontrés devant un distributeur, au sein même du Colossus. Il se rappelait de chacun des mots qu'ils avaient échangé alors, mais bien qu'il ai totalement saisi la menace sous-jacente qu'avait représenté les dernières paroles de la douanière, il était serein quant à la suite de leurs échanges. Tout était encore une fois étroitement encadré par ce destin en lequel il croyait, malgré les dires de Rosalija. Sa relation avec elle n'était cependant pas la seule chose pour laquelle il se sentait serein ce soir. En effet, le procès d'Andrei Sharapov venait enfin de se conclure par la condamnation à mort de se dernier, garantissant ainsi que les enquêtes menées sur cette affaire s'étaient déroulées sans heurts et sans qu'aucun indice incriminant Khan ne soit découvert. Alors ce soir, là où d'autres auraient sans doute préféré rendre hommage aux victimes de l'explosion tragique qui avait permis sa prise de poste, Khan était simplement heureux de célébrer la vie (la sienne) et la promotion qu'il recevait, malgré les circonstances.

-Le deuxième seulement ? Tu t'entoures bien ! Mais va pour cette fois, ma promotion, ma tournée, pas vrai ? Lâcha-t-il avec un léger rire amusé.

Son verre rencontra doucement celui de Rosa, puis il en avala le contenu d'un trait avant de retourner le contenant sur la table qui leur servait de support. La question suivante en revanche, ne manqua pas de provoquer un léger malaise du côté du capitaine fraîchement promu alors que son interlocutrice riait. Beatrix était la femme pour laquelle il avait giflé Rosa, mais les choses avaient évolué depuis et il ne la fréquentait plus, rendant absolument vains à la fois cette dispute qu'ils avaient eu, le geste malheureux qui en avait découlé et la tentative d'être raisonnable qui avait mené à toute cette situation. Si Khan avait su alors comment finirait cette relation, la soirée aurait sans doute pris un tout autre tournant.

-Elle ne risque pas, on a décidé de ne pas continuer à se voir, déclara-t-il d'un ton qui se voulait décontracté.

Trop de différence entre eux, ils ne vivaient pas dans le même monde. C'était ce qui l'avait séduit au départ, pensant qu'elle pourrait apporter un peu de fraîcheur à son existence, mais c'était également ce qui avait fini par les séparer. Elle n'aurait jamais eu les épaules nécessaire pour supporter un homme tel que lui et quant à Khan, il manquait trop de patience pour supporter ses éternelles rêveries. Il se garda pourtant de donner de tels détails à Rosa, estimant que si elle souhaitait se montrer curieuse, elle ne se gênerait pas pour lui poser ses questions, comme à son habitude. Or, celle-ci semblait avoir un autre sujet d'intérêt pour le moment, se mordant la lèvre en évitant momentanément son regard dans un geste qui lui rappela tellement leurs premiers moments ensemble qu'il ne pu s'empêcher de sourire, se sentant soudainement plus important encore que quelques instants plus tôt. Un sourire malicieux remplaça alors sa mimique lorsqu'elle lui demanda enfin ce qu'elle désirait, à savoir qu'il l'emmène sur le pont du vaisseau. Son vaisseau, désormais.

Malgré la stratégie qu'il commençait à voir se dessiner dans la tête de Rosa, du moins le pensait-il, Khan hésita. Le pont n'était pas exactement un endroit où tout le monde pouvait entrer et sortir à sa guise. Ça n'était pas un lieu touristique, il n'y avait pas de visite, sauf cas exceptionnels et il n'était pas sûr qu'essayer d'impressionner une ex petite amie en fasse partie. Cependant, la volonté pourtant forte du capitaine s'effaça devant la puissance conjuguée d'un shot de plus et d'un mouvement de tête qui fit voler les boucles de la jeune femme. Il se dit qu'en prime, elle n'avait pas tort : c'était effectivement lui le patron.

-Même les patrons ne sont pas au dessus des lois, rappela-t-il cependant.

Douce ironie que ces paroles, lorsqu'il repensait à la façon dont il en était arrivé là. Encore une fois, les paroles de Rosa lui revinrent en tête. Elle lui avait conseillé de se laisser le mérite de ses succès, de ne pas laisser toute la gloire a une force mystique là où seuls ses propres bras avaient travaillé pour le hisser vers la lumière. Il ne pouvait lui dire qu'elle n'avait absolument pas à s'inquiéter sur ce point là. Sa victoire, il savait à qui il la devait. Le destin avait simplement fait en sorte que rien ne l'en dévie. Encore un dernier shot, puis Khan se leva malgré ses réticences. Il prit une minute de son temps pour transférer les crédits depuis son compte vers celui du bar, réglant comme promis leurs additions, puis il invita Rosa à sortir d'un geste.

-Si je me fais virer, c'est de ta faute, il faudra que tu te débrouilles pour me trouver un job chez les douaniers pour pas que je sois à la rue, plaisanta-t-il une fois à l'extérieur.

Une fois encore, Khan se laissa surprendre par la tranquillité qui régnait en dehors du bar. Il appréciait ce moment dénué de transition où il passait d'un univers rempli de bruits et de chaleur à un milieu très calme, plus feutré à cette heure de la nuit. Il aimait l'ambiance des bars, mais il aimait encore plus cette impression de respirer à nouveau pour la première fois, lorsqu'il les quittait. Il lâcha un soupir de bien être, puis présenta son bras à Rosa, accompagné d'un sourire, attendant qu'elle le prenne pour se mettre en route.

Sur le trajet, ils échangèrent quelques propos dénués de conséquences, Khan entretenant la conversation jusqu'à ce qu'ils arrivent devant les premières portes interdites au public. Son accréditation ainsi que l'assurance de surveiller Rosa qu'il donna aux quelques gardiens qu'il rencontra leur permirent de progresser jusqu'aux portes du pont devant lesquelles il s'arrêta, braquant un regard plus que sérieux sur Rosa.

-Profite bien, je ne ferais pas ça tous les jours. Il n'y a qu'une seule règle : on ne touche à rien, toutes les commandes ont des conséquences importantes, là-dedans.

Il n'avait pas vraiment peur que Rosa ne détraque le vaisseau, mais il préférait se montrer prudent, ses idées n'étaient pas exactement nettes non plus à cause des différents shots ingurgités ce soir et il préférait être sûr que tout était bien clair pour eux deux avant que son vaisseau ne finisse encastré dans un astéroïde. Une fois sa confirmation d'être sage obtenue, Khan présenta une nouvelle fois on accréditation à la porte qui s'ouvrit devant eux, laissant apparaître le pont, vide en dehors de quelques opérateurs qui s'occupaient plus de faire de la surveillance que de véritablement manœuvrer. Il les salua et son salut lui fut rendu, il connaissait bien l'équipe travaillant sur le pont, y étant lui-même depuis quelques années.

-Je crois que vous pouvez vous accorder une pause, leur glissa-t-il alors. Je sais quoi faire en cas de soucis.

Le regard qui accompagna ses paroles fut suffisamment lourd de sens pour que les deux opérateurs n'aient pas trop à hésiter, jetant un dernier coup d’œil curieux à Rosa avant de sortir. Si dès demain tout les officiers de pont n'étaient pas au courant de ça, Khan voulait bien se dénoncer lui-même à la légion. Ils n'en auraient de toute façon pas pour très longtemps, juste le temps de visiter un peu. Khan se trouvait pour le moment entre elle et la porte, la regardant s'avancer sur le lieu de travail qui était le sien depuis ces dernières années alors qu'un détail le dérangea subitement, comme un morceau de chips oublié qui crisserait sous ses chaussures neuves.

-Tu ne m'avais jamais dit que tu voulais à ce point voir le pont, déclara-t-il alors prudemment.

Bien entendu, il s'imaginait simplement qu'elle avait cherché à se trouver seule avec lui, mais se disait qu'il y avait sans doute plus simple et moins contraignant que le pont. Avait-elle ressenti le besoin qu'il lui prouve quelque chose ? Khan s'avança alors vers elle, tranquillement, mais d'une façon qu'elle ne pouvait ignorer. Ils étaient seuls, elle lui avait fait intentionnellement du charme pendant une partie de la soirée. Khan en avait tiré les conclusions qui s'en imposaient.
MessageSujet: (#) Re: nobody else will be there / ae     Dim 29 Avr - 17:24
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« Oh. » Elle ne feint pas la surprise qui la fait hausser ses sourcils en entendant la nouvelle. Voilà qui était amusant : la femme qui avait causé le schisme le plus grave de l’histoire de leur relation, pire même que les semaines qui avaient suivi leur rupture, n’était plus dans le décor. Douce ironie qui donne envie à Rosalija de rire jaune, même si elle garde un air neutre, haussant les épaules. « Je me suis dit qu’y avait un truc. » Elle pointe son doigt sur le visage de Khan, faisant quelques cercles autour de la repousse de moustache qui commençait à apparaître sur le visage de son interlocuteur. Elle savait qu’il s’était débarrassé de sa moustache pour plaire à sa nouvelle bien-aimée; forcément, si elle reprenait ses droits, c’était que ladite dame n’avait plus son mot à dire sur la question. La nouvelle était un élément nouveau dans l’équation, mais il ne changeait rien, au contraire; il lui faciliterait même la tâche, sans doute, même si elle sentait les réserves de Khan s’effriter à chaque seconde. Rosa savait comment flatter son ego, comment lui faire oublier quelques règles de raison et de bon sens, comment l’attirer dans la bonne direction – la sienne. Rien que quinze ans de menus détails retenus au fil du temps, qu’il ne pouvait guère cacher sous une nouvelle identité, ne sauraient faciliter. Peut-être que ça avait l’air d’être la même chose à ses yeux, aux yeux de ceux qui avaient eu l’occasion de les voir partager quelques verres, à l’occasion, mais Rosa savait bien qu’elle n’avait plus affaire à la même personne.

Le commentaire lui arrache un sourire. « Tu t’y sentirais comme à la maison », fait-elle, sachant que c’était infiniment faux. Pourquoi faire comme si alors qu’elle aurait simplement pu rire? Bonne question. Peut-être pour que Khan reste de bonne humeur – elle savait qu’il l’était parce que le silence qui s’installe après est agréable, parce qu’il lui tend son bras – qu’elle accepte sans la moindre réserve –, parce que la conversation est plaisante, sinon un brin insipide. Elle sait que c’est dans la poche. Les seuls barrières qui demeurent et qui sont hors du contrôle de la douanière, ce sont les gardes, qui n’opposent toutefois pas beaucoup de résistance. Après tout, sans doute avaient-ils le même raisonnement qu’elle. C’est lui qui décide. Lorsqu’il lui fait une poignée de mises en garde, elle lève les yeux au plafond, sourire aux lèvres, attendant toutefois patiemment qu’il ait fini son monologue. « Ça va, je tiens à mon job. Et à ma vie. Je toucherai à rien », l’assure-t-elle, impatiente d’enfin pouvoir mettre le pied sur le pont du vaisseau. Mine de rien, c’était impressionnant – elle en aurait presque oublié les raisons qui l’avaient poussée à vouloir faire ça ici, maintenant tant c’était fantastique de voir la complexité qui y régnait. C’était un peu intimidant, mais essentiellement fascinant. Khan chasse les opérateurs et elle n’y prête pas la moindre attention, concentrée sur un panneau lumineux qu’elle doit se faire violence pour ne pas effleurer du bout des doigts. Elle passe d’un bouton à l’autre, d’une lumière à la suivante, attendant patiemment de rebâtir sa confiance. C’était à la fois le meilleur et le pire endroit où faire une scène. Elle espérait simplement ne pas se tromper.

Rosalija fait quelques pas en direction du siège du capitaine, sur lequel elle ose finalement poser la main, alors qu’il reprend la parole. Prise de court, elle sursaute, tournant la tête vers Khan. Les quelques pas qu’il entame vers elle ne lui laissent pas l’ombre d’un doute. Il s’était complètement mépris sur les intentions de son interlocutrice et ça la faisait rire, intérieurement, de penser qu’elle était assez sotte pour vouloir se frotter une nouvelle fois à sa colère. Bien sûr, maintenant, il était célibataire – mais elle l’ignorait jusqu’à maintenant. Comment avait-il pu en arriver à cette conclusion, sauf s’il la considérait complètement idiote… ou masochiste? « Khan… » Son expression se désole. En d’autres circonstances, elle aurait pu se laisser convaincre. « Je sais pas si j’aimerais Aldor autant que j’ai pu apprécier Khan », réfléchit-elle tout haut. Le chat était sorti du sac – elle savait. Elle l’avait trimballé jusqu’ici pour lui remettre en pleine face que ce qu’il avait n’était qu’illusoire. Certes, il avait travaillé fort pour gagner sa place, elle n’en doutait pas; elle ne doutait pas non plus que le poste tant convoité était une finalité qui en valait la peine, à son avis. « Même brièvement. J’ai pas envie de perdre mon temps à connaître une autre personne. » Rosalija insistait sur la dualité. Peut-être qu’elle se refusait à imaginer Khan et Aldor comme étant la même personne. Le déni ne lui allait pas au teint. La douanière tourne le dos à son interlocuteur, s’appuyant sur le dossier du siège du capitaine pour observer les étoiles à travers la baie vitrée. C’était si rare qu’elle avait l’occasion de les voir en grand panorama, autrement qu’à travers un hublot microscopique. Ça lui semblait un bon moment, quoi qu’il en soit. « À quel moment tu t’es dit que t’allais continuer à me mentir? Que ça valait la peine qu’on en arrive à un moment comme celui-ci où je sais même pas pourquoi je m’embête à tenter de comprendre? » Et elle ne touchait même pas encore au sujet qui fâche – Ethan.


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MessageSujet: (#) Re: nobody else will be there / ae     Dim 29 Avr - 18:50
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Devant les portes du pont, Rosalija n'hésita pas un instant à lui promettre de ne rien toucher, lui déclarant qu'elle tenait à la fois à son travail et à sa vie. Une information intéressant sur laquelle il ne s'attarda pourtant pas de prime abord, se contentant de la faire entrer, puis d'inviter les opérateurs à sortir pour avoir un peu d'intimité avec elle. En réalité, la voyant évoluer près des consoles et des commandes, sur un fond étoilé proposé par la vue panoramique de la pièce, Khan ne pouvait penser à autre chose qu'au fait que le cadre était absolument parfait pour essayer de rattraper les dix ans qu'ils avaient passé sans se voir autrement que comme des amis. L'alcool ingurgité pendant cette soirée ne manquait pas de l'aider à se laisser piéger par cette idée, une idée qu'elle avait suffisamment encouragé pour que, au moment où il s'avançait vers elle, il s'imagine déjà l'affaire dans la poche.

Cependant, lorsqu'elle prononça son prénom, toute proche du siège qui était désormais le sien, Khan ralenti le pas, voyant dans son expression, sentant dans le ton employé qu'un détail clochait. Il s'arrêta à une certaine distance d'elle, toujours entre elle et la porte principale, soudainement plus tendu qu'il ne l'était quelques instants plus tôt. Pourtant, rien n'aurait pu le préparer à entendre de sa bouche la phrase qu'elle prononça. Rien n'aurait su lui faire deviner que ce serait entre ses lèvres que ce prénom, son prénom, serait prononcé. Aldor. Il lui sembla alors que finalement non, elle ne tenait pas tant que ça à sa vie.

L'atmosphère entre eux changea alors du tout au tout. Des sirènes poussiéreuses se mirent à hurler dans le crâne d'Aldor, celles-là même qu'il avait tout fait pour ne jamais entendre sonner et s'il se força à ne faire aucun mouvement qui pourrait trahir ses intentions, son regard passa de l'homme souhaitant reconquérir sa belle à celui de l'homme traqué qu'il était, soudainement découvert. Rosalija continua de parler, puis fit l'erreur de lui tourner le dos alors que plusieurs idées s'affrontaient dans son esprit. Il ne l'écoutait même plus, se forçant à évaluer ses options plutôt que de faire la première chose qui lui venait à l'esprit : se débarrasser purement et simplement du problème.

L'option la plus raisonnable aurait consisté à mentir encore une fois, prétendre qu'il ne savait pas qui pouvait bien être cet Aldor, lui demander ses sources et les dédaigner, argumenter contre elles, puis aller leur rendre une petite visite de courtoisie. Comme s'il avait besoin de les savoir. Une seule personne connaissait sa véritable identité ici, une seule personne avait connu Aldor lorsqu'il était encore mercenaire et une seule personne aurait pu donner ce nom à Rosallija. Comment en était-il venu à la connaître ? Avait-il chercher à se venger, dans un dernier sursaut de fourberie, en découvrant qu'il tenait à elle ? En vérité il s'en fichait, seul le sinistre regret de ne pas l'avoir tué quand l'occasion lui avait été présentée subsistait. Il aurait dû le lâcher dans ce putain de broyeur. Il aurait dû rayer à tout jamais ce petit fil de pute de la surface de l'univers, lorsqu'il en était encore temps. Il n'aurait pas dû perdre de vu l'un des enseignements pourtant simple de son oncle, lorsqu'il était encore en vie. « on peut garder un secret à deux, mais seulement si l'un des deux est mort. » Aujourd'hui ils étaient trois. Trois, c'était définitivement deux de trop.

La problème avec l'idée de mentir provenait directement de sa supérieur directe, à savoir l'Amiral en personne, qui avait pour programme d'ouvrir les vannes du commerce avec Keller et donc de faciliter les déplacements entre les deux structures. Si l'on cherchait aux bons endroits sur Keller, on pouvait facilement trouver tout ce qu'on voulait, y compris le recensement d'une compagnie de mercenaires morte depuis quinze ans, dans lequel trônerait sans aucun doute son nom au côté de celui du pire trou du cul de la flotte. Quel imbécile Aldor avait été de lui faire confiance lorsqu'il était revenu à bord de leur vaisseau, seul survivant. Quel imbécile Aldor avait été de lui accorder la même confiance lorsqu'il l'avait revu, s'estimant pourtant acquitté de la dette de vie qu'il lui devait. Ethan avait failli le tuer. Aldor lui avait renvoyé le compliment, puis était passé à autre chose. Il était redevenu Khan, un rôle qu'il n'avait pas prévu de quitter dans ces circonstances.

Non, les deux options qui lui restaient étaient celle qu'il se retenait de faire depuis quelques minutes déjà, sachant parfaitement que tuer Rosa, outre la douleur que lui causerait cette acte, ne ferait que rajouter un problème à une équation qui n'en possédait déjà que trop, ou bien tout avouer et simplement plaider sa cause. Ses poings se serrèrent un instant, ses mâchoires se crispèrent alors que la colère remplaçait déjà la panique des premiers instants. Tant d'efforts investis dans sa nouvelle vie, tant de sacrifices, tout ça pour en arriver là ? Abattu alors qu'il célébrait son arrivée au sommet ? Son regard alla rencontrer le plafond, comme s'il espérait y trouver une réponse, puis dériva vers les étoiles, de l'autre côté des vitres à l'épreuve du vide. Va te faire foutre, destin à la con. Il hocha la tête, mâcha sa langue encore un moment avant de finalement essayer de redevenir l'homme qu'il avait été pour Rosa pendant toutes ces années, comme s'il n'était pas encore en train de se demander si la tuer ne restait pas la meilleure des solutions. Il avait déjà fait confiance à la mauvaise personne, imbécile qu'il était. Il ne voulait pas faire l'erreur une deuxième fois, mais il désirait encore moins tuer Rosalija Saroyan. Une sentimentalité qui donnait presque envie de vomir à Aldor. Il finit par soupirer, puis se passa une main sur le bas du visage, où sa repousse de barbe crissa doucement sous sa paume tremblante.

-À quel moment est-ce qu'un homme se sent tenté à l'idée de rappeler un passé qu'il a tout fait pour oublier ? Répondit-il alors d'une voix qui resta ferme, posant une question plutôt que de répondre à la sienne. La question de connaître une autre personne, d'apprécier quelqu'un autant que moi ne se pose pas. Aldor est mort il y a quinze ans. Assassiné. Il n'avait pas sa place entre nous et n'a toujours pas sa place entre nous. Il n'y a rien à comprendre. Je m'appelle Khan Andak. Je suis Khan Andak. Rien d'autre n'a d'importance.

Mort et pourtant toujours présent. Mort, mais qui continuait de tirer les ficelles derrière lui malgré tous les efforts que Khan avait pu faire pour devenir un homme neuf en arrivant sur cette flotte. Elle avait représenté un nouveau départ pour lui. Une renaissance. Une nouvelle vie où il n'aurait pas besoin de tuer ou se battre pour survivre. Et pourtant, force lui était d'admettre qu'en se retournant vers les quinze années passées sur la flotte, il n'y avait aucune de ses victoires personnelles qu'il ne pourrait dédier à un autre homme qu'Aldor. En particulier la dernière en date. Seul un homme habitué à tuer aurait pu sacrifier sans hésiter la vie de plusieurs personnes simplement pour accomplir un de ses objectifs. Une conspiration contre un homme innocent signée Aldor Entum.
MessageSujet: (#) Re: nobody else will be there / ae     Mar 15 Mai - 22:25
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La rhétorique de leurs questions respectives était à prévoir. Rosalija n’attendait pas de réponse définitive à son interrogation tendancieuse, lourde de sous-entendus. Lui assurer qu’il ne lui avait jamais menti était, ironiquement, un odieux mensonge – et lui dire qu’il avait l’intention de lui admettre, un jour, la noirceur de son secret était lui avouer qu’il l’avait menée en bateau depuis les premiers instants. De même, Khan ne pouvait pas s’imaginer de façon réaliste qu’elle prendrait la peine de formuler une réponse satisfaisante à sa contre-interrogation, les laissant dans une sorte d’impasse mexicaine morale où personne n’avait vraiment l’avantage sur le plan moral. Elle ne s’était pas retournée, se contentant de lui présenter son dos, refusant de lui admettre même involontairement ses états d’âme – avec le temps, il avait appris à lire ses traits comme un musicien une partition, sachant exactement que faire pour envenimer ou désamorcer une situation. En lui niant un certain avantage, la douanière en gagnait également un : celui de ne pas se voir tomber une nouvelle fois dans le piège. Peut-être était-ce aussi un gage de confiance muet, une preuve de bonne volonté. Bien malgré elle, la brune était désormais bien au fait de ce dont il était capable, et en dépit de tout, elle se montrait volontairement vulnérable, en quelque sorte. Certes, elle savait que Khan ne prendrait jamais le risque de lui faire le moindre mal sur le pont même du Colossus 5, à quelques pas de gardes et de miliciens. Elle se plaisait à considérer cette fausse bravoure de risque calculé, tout de même, alors qu’elle ne démontre d’aucune façon qu’elle porte une attention particulière aux mots qui suivent. Pourtant, ils résonnent longtemps dans ses oreilles avant qu’elle ne daigne répondre. « Vraiment? » C’était comme si elle lui demandait de se rétracter, de modifier son discours, sachant toutefois pertinemment que Khan avait soigneusement choisi chacun de ses mots. « Je sais pas. J’ai pas l’impression que Khan m’aurait laissé le soin de replacer le nez de mon meilleur ami. J’aurais pensé… j’aurais voulu qu’il soit plus noble que ça. » C’était peut-être trop demander que de laisser derrière une rancune vieille de quinze ans, et pourtant, s’il avait vraiment voulu abandonner qui il était avant, c’est ce qu’il aurait fait. Il ne pouvait pas à la fois s’accrocher au passé et prétendre être une nouvelle personne – c’était inconcevable pour Rosalija.

Elle se retourne, croisant les bras sur sa poitrine, comme pour créer un rempart entre elle et l’homme qu’elle croyait connaître. Replonger dans une crise ne l’intéressait pas, et ça se voyait à ses yeux, désormais fixés sur la silhouette du capitaine; neutre au possible, dénuée de toute expression négative comme positive. Une vacuité qui ne lui était pas caractéristique, elle qui était autrement un véritable livre ouvert, l’éclat de ses yeux révélant à quiconque savait le lire les moindres secrets de son âme. Khan – Aldor – avait réussi à l’éteindre. « Je t’ai tout donné, et j’ai l’impression que ce que j’ai reçu en retour s’est transformé en… poussière. Disparu. Alors je me retrouve comme une idiote, avec mes états d’âme, tous mes secrets – tu sais à quel point c’est dur de savoir qu’en plus, je suis qu’un dommage collatéral? » fait-elle, la voix brisée malgré les billes inertes qu’elle darde dans celles de son interlocuteur. Il savait tout d’elle. Plus qu’Anastasia, dans un sens, ne serait-ce qu’en raison de la proximité physique autant qu’émotionnelle qu’ils avaient partagée. Personne n’avait eu l’occasion d’en savoir plus sur son père que Khan – qu’elle était persuadée qu’elle présenterait un jour au dit paternel, lorsqu’il débarquerait finalement sur la flotte, inévitablement, incessamment. Elle lui avait livré ses moindres états d’âme et maintenant, elle n’était plus sûre de ce qu’elle devait croire, déchirée entre le bénéfice du doute et la condamnation sommaire. En dépit de la déception et de la douleur lancinante qui lui vrillait le cœur, elle ne pouvait s’empêcher de faire preuve de tolérance, d’une certaine mansuétude, d’une indulgence que d’autres n’auraient pas été disposés à offrir. « Je suppose que c’que j’veux dire c’est… » Elle hésite, dodeline de la tête comme quelqu’un qui salue un collègue dans un couloir; elle fixe momentanément le sol, puis remonte ses yeux pour les ancrer à nouveau dans ceux du capitaine. « J’aurais préféré jamais savoir. Maintenant, je suis coincée entre deux feux et l’un des deux aura ma peau. » Elle avait promis à Ethan, en l’air, qu’elle ne laisserait rien lui arriver, sans savoir à qui le serment l’opposait. Désormais, elle était prise en tenaille entre sa parole et les révélations, malgré tout liée aux deux adversaires par la loyauté et l’affection qu’elle éprouvait à leur égard. Peut-être égoïstement, elle se considérait la seule victime de leur antagonisme. Ni l’un ni l’autre ne le verrait, ou du moins, elle s’imaginait aisément que leurs différends suffisaient à les aveugler quant à la position dans laquelle elle se retrouvait. Abandonner l’un ou l’autre était hors de question – ça ne lui avait même pas traversé l’esprit. Se dissocier des deux n’était pas non plus envisageable. « Tu sais que je t’aime malgré tout ça… » S’il n’était ni passionnel, ni platonique, l’amour qu’elle entretenait pour Khan ne pouvait pas non plus se qualifier d’amitié. Ils avaient trop partagé pour qu’elle se résolve à rétrograder leur relation ainsi. « … mais j’peux pas vous laisser vous faire du mal. » Rosalija n’avait pas la force de regarder alors qu’ils se déchiraient mutuellement, volontairement ou non. Khan avait laissé ressortir le pire de lui-même et rien que ce qu’Ethan pourrait lui faire à titre de vengeance ne supplanterait ce châtiment. Ethan se morfondait dans la paranoïa de voir le fantôme de son passé venir à bout de lui – l’autre n’avait besoin de rien faire.

L’un n’était pas le pire ennemi de l’autre, lorsqu’on y pensait bien – chacun était l’artisan de sa propre perte.


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MessageSujet: (#) Re: nobody else will be there / ae     Ven 1 Juin - 21:24
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Si Khan s'agaçait de ne s'adresser qu'à un dos quelques secondes auparavant, il fut soudainement reconnaissant qu'elle ne puisse pas relever son choc lorsqu'elle lui adressa sa réponse. Son meilleur ami ? Son putain de meilleur ami ? Lui ? Hagenauer ? Ce putain de vers de terre de criminel ? Comme agité d'un tic nerveux, Khan repassa une main tremblante sur son visage avant de s'agripper au dossier d'un fauteuil de toutes ses forces alors qu'une fureur dangereuse prenait possession de lui. Cette affaire commençait à prendre une tournure bien trop délicate pour qu'il puisse s'en sortir sans qu'il n'y ai de casse. Cependant, ce qui le mettait vraiment en rogne était l'idée que ce fils de pute ai encore réussi à se poser en victime alors que c'était lui, Khan, qui avait le plus souffert dans cette affaire, qu'il n'avait fait que donner bien moins que ce qu'avait mérité Ethan.

-Plus noble ? Il n'y avait que dégoût dans son ton lorsqu'il prononça ce dernier mot. Est-ce que tu as déjà été abandonnée sur un putain d'astéroïde, Rosa ? Est-ce que tu as déjà vu tous tes amis, tes proches mourir sous tes yeux ? Est-ce que tu as déjà dû fuir pour survivre, pensé être en sécurité tout ça pour te prendre un coup de couteau dans le dos par un fils de pute lâche et égoïste pile quand tu pensais être tiré d'affaire ? Que tu pensais pouvoir pleurer le dernier membre de la famille qu'il te restait ?

Tout son bras droit tremblait à présent, serrant le dossier si fort qu'il en avait mal à force de se retenir de le balancer à travers la pièce. Il n'était pas question de faire une crise ici, sur son lieu de travail, se disait-il, sachant pertinemment que la crise était déjà là, que ses dents serrées ne suffiraient pas à contenir cette envie puérile de tout casser autour de lui pour se défouler. Il laissa passer quelques secondes avant de lâcher la chaise plus violemment qu'il ne l'aurait voulu et de rejoindre Rosa en de grandes enjambées furieuses, ne s'arrêtant qu'une fois avoir pénétré son espace vital au point qu'un seul pas ne les sépare.

-Maintenant dis-moi, imaginons qu'un soir, après le travail, tu te retrouves soudainement sur le chemin de ce même fils de pute qui a cru t'achever et que la seule chose qu'il trouvait à te dire soit que tout le monde avait fêté ta mort, qu'il n'ait visiblement qu'un seul regret : que tu ne sois pas morte sur le putain d'astéroïde où il t'avait laissé... est-ce que tu aurais fait preuve de noblesse ? Khan parlait entre ses dents serrées, la voix basse et menaçante alors qu'il se retenait de cracher par terre. Il ne mérite aucune noblesse de ma part. J'ai commis la folie de l'épargner et vois où j'en suis maintenant. Il méritait bien pire qu'un nez cassé.

Il resta encore un instant là à la regarder, trop proche pour être confortable, la respiration trop rapide pour qu'il tente de donner l'illusion qu'il était calme. Cependant, il ne s'était pas autant rapprocher pour frapper la femme en face de lui, mais au contraire pour s'empêcher de laisser la colère déborder par tous les pores. Rosa revêtait pour lui une importance toute particulière et si elle n'avait pas toujours été à même de le calmer, il savait qu'il n'oserait pas lever à nouveau la main sur elle. Une assurance qu'elle semblait loin de posséder d'après la peur sous-jacente qu'il pouvait lire dans son regard.

C'est d'ailleurs cette peur qui finit par le calmer, le poussant à inspirer longuement avant de détourner le regard et de reculer. Il avait quelque chose de vital à prouver ici. Pas seulement qu'il n'allait pas lui faire de mal à elle, mais aussi qu'il était réellement l'homme qu'il prétendait être. C'était une question de vie ou de mort, son destin reposait au creux de mains de Rosa. Il finit par soupirer avant de se détourner et de rejoindre le fauteuil des opérateurs qu'il avait failli jeter à travers la salle, se laissant tomber dessus. Il appuya son menton sur sa main et désigna leur environnement de son autre main.

-Demain, je vais recevoir ma nouvelle Vice-Capitaine ici et tout va me rappeler cette conversation. Il laissa retomber sa main sur sa cuisse, laissant entendre un petit claquement au passage. Il eut un sourire désabusé. Tu sais où j'habite, tu sais que j'aurais répondu à tes questions si tu étais venue me les poser directement. Est-ce que toute cette comédie au bar était vraiment indispensable ?

Flirter éhontément avec lui, minauder, presque, appuyer sur les faiblesses qu'elle lui connaissait simplement pour l'emmener exactement où elle le voulait. Ils auraient pu s'épargner tout ça. Il rit jaune. Tu sais que je t'aime. Lui avait-elle dit avant même qu'il ne bouge, précédemment. Ces mots revenaient le frapper maintenant, ne lui laissant que l'amère pensée qu'elle n'avait pas besoin d'être confortée sur ce point. Elle en avait suffisamment joué pour savoir qu'il l'aimait aussi, même après tout ce temps.

-Ou bien il y a autre chose ? Proposa-t-il. Tu n'étais pas à l'aise à l'idée de venir me voir seule, peut-être ? Rajouta-t-il avec un petit mouvement de main, qu'il recoinça rapidement sous son menton. Il ne la lâcha pas des yeux. Mais laisse moi te poser une question de plus, Rosa, puisqu'on en est là. Si ce connard est véritablement ton « meilleur ami », et tout son dégoût pouvait s'entendre à la façon dont il avait craché ces mots, tu dois, j'imagine, savoir qu'il passe son temps que le Lady Grace, pas vrai ? Pour contrebande en plus et agression sur Donovan, ta meilleure amie également si je ne m'abuse. Deux choses qui, vu ta position, devraient te mettre plus en rogne contre lui qu'autre chose, en toute logique, mais ça n'est pas la vraie question. Il résista à l'envie de se relever et commencer à faire les cent pas, résistant aussi à l'envie de pousser plus loin sa réflexion sur quelque chose qui menaçait de se dessiner dans son esprit. J'affirme avoir changé. Tu as vu mes efforts, tu étais la première à être là, à me voir travailler plus dur que n'importe qui pour atteindre mes objectifs. Tu m'as vu rester propre dans mon ascension et tu m'as vu en arriver ici, au statut de capitaine du Colossus, pour faire en sorte de rendre ce vaisseau meilleur qu'il ne l'est, autant pour ses habitants que pour tout le reste de sa flotte. Ce que j'ai fait, je l'ai fait pour moi, mais je l'ai aussi fait pour les autres. J'ai changé. Je ne suis plus l'homme que j'étais avant tout ça. Lui, il a fait quoi ? À peine libéré d'une vie de violence et de mort, il a plongé tout droit dans le vol et le crime. Un reniflement faussement amusé lui échappa. Et c'est à moi qui tu reproches de ne pas être honorable ?

Beaucoup de mensonges enrobés dans assez de vérité pour êtres crédibles. Son parcours n'avait rien d'honorable et Ethan vivait sans doute une vie plus respectable que la sienne, malgré les apparences. Pourtant, à supposer que tout ce qu'il disait était vrai, il était effectivement celui qui ne méritait que louanges et lauriers. Son expression était interrogatrice et il la tint quelques secondes avant de soupirer et de regarder vers la baie vitrée.

-J'avais vraiment une autre idée de la façon dont allait finir cette soirée, lâcha-t-il.
MessageSujet: (#) Re: nobody else will be there / ae     Mer 13 Juin - 22:15
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Elle a peur et ça se voit dans la façon qu’elle a de soudainement crisper les dents, d’écarquiller les yeux, d’agripper avec angoisse le faux cuir du fauteuil du bout des doigts comme si ça la sauverait en cas de drame. Pourtant, Rosa ne dévie pas son regard de celui de Khan – d’Aldor. Oserait-il encore lever la main sur elle? L’avait-elle cherché? Est-ce qu’elle était allée trop loin, est-ce qu’il irait trop loin, répéterait-il l’erreur de lui faire du mal et réitérerait-elle l’étourderie de ne pas le dénoncer, de se laisser être la victime? Le constat auquel elle aboutit après un quart de seconde de réflexion interne, alors qu’elle anticipe le coup, fait bien plus mal que n’importe quel impact physique – la réalisation qu’elle laisserait passer bon nombre d’écarts, quelle que soit leur portée, à condition qu’elle était la seule à en faire les frais. Autant qu’elle aurait échangé mille fois de place avec Ethan aux mains de son rival, elle aurait préféré se voir abandonnée dans l’espace à la place de Khan; un sentiment, une impression avec laquelle elle avait du mal à vivre. Son instinct de survie et d’autopréservation s’effritait-il avec l’âge, laissant place à un altruisme suicidaire pour ceux qu’elle aimait – Ethan, Khan, Anastasia, Aileas?

Le capitaine s’éloigne de quelques pas et Rosa sent ses poumons se remplir d’un air salutaire, inconsciente jusqu’à maintenant qu’elle avait retenu sa respiration bien trop longtemps. Patiente, elle détaille chacun de ses mouvements, prête à réagir en cas de feinte; mais il ne fait que s’asseoir, calmé aussi rapidement qu’il s’était emporté. Le commentaire sur sa seconde ne lui arrache pas la moindre réaction, pas le moindre sourcil arqué – la suite, toutefois, avait une explication logique. J’avais besoin que tu saches ce que tu perds si tu ne réfléchis pas bien à la suite. Elle n’oserait pas le dire néanmoins. Il la perdrait elle, les petits moments, les bons souvenirs – et les mauvais. Il perdrait son rang, perdrait le commandement de la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Elle ignorait ce qui ferait le plus mal, mais elle penchait pour la seconde option, même si c’était à elle que ça fendait le cœur. Si elle l’avait mené jusqu’ici, c’était sans doute pour avoir une assurance additionnelle. « Oui. » La monosyllabe est sans équivoque. Malgré tout, il met le doigt sur une partie de ses inquiétudes – elle avait craint de se retrouver face à face avec lui en sachant que la situation pourrait tourner au vinaigre.

La question sur les habitudes d’Ethan remue la poussière qui semblait avoir retombé; Rosa croise ses bras sur sa poitrine avant de les laisser aussitôt tomber, fourrant ses mains dans ses poches, comme si elle ne savait pas comment gérer la situation. Quelque part, elle mourait d’envie de changer de sujet, et de l’autre, elle avait l’impression que Khan la prenait pour une idiote. « Bien sûr que je sais. Je sais même la raison précise pour laquelle il s’en est pris à Ana. » Même si tout son langage corporel crie au malaise, elle darde un regard assuré vers le capitaine. « Si c’était pas lui, c’était moi qui avais un rencard avec la Dame. S’il avait pas réfléchi si vite, je me serais fait prendre à superviser le déchargement un cargo illégal. Me dis pas que tu t’en doutais pas, j’te croirais pas. T’as été assez longtemps sur le Colossus. » Elle marque une brève pause. « J’ai pas besoin de te dire que j’aurais pas écopé de seulement quatre mois. J’en serais peut-être même jamais revenue. Tu sais ce qu’ils font aux militaires sur le Lady Grace? » Elle n’avait certainement pas besoin d’en rajouter. Khan avait suffisamment d’imagination pour réfléchir de lui-même à ce qu’elle aurait vécu sur l’extracteur avant d’y passer. Même s’ils le passaient trop souvent sous silence, s’ils diminuaient son importance réelle et sa portée, Rosalija avait envers Ethan une dette énorme qu’elle n’était pas près d’oublier. Elle n’osait guère imaginer où elle en serait s’il n’était pas intervenu et si elle avait survécu à des années à purger une peine démesurée sur le Lady Grace – hormis sa formation de douanière, elle n’avait rien.

Ça lui fait mal de se remémorer cet épisode, la peine purgée par Ethan, le moment où elle l’avait rafistolé et celui où il lui avait admis les horreurs commises, les regrets, la confession à laquelle elle repensait bien trop souvent depuis que toutes les pièces du puzzle s’étaient mises en place. Ça fait naître en elle une sorte de rage indue, de triste violence tempérée par la peur qui pèse toujours sur ses épaules. « Tu dis que t’as changé, mais à quel point? Tu serais pas plutôt devenu graduellement meilleur à réprimer qui t’es vraiment? » Après tout, Aldor semblait avoir rapidement repris sa place au sommet lorsqu’il avait été confronté à celui qui s’était voulu son bourreau. Sa voix rauque trahit l’émotion qui la submerge. À quel moment avaient-ils été condamnés à ne rien faire d’autre que crier, hurler pour savoir qui avait raison, qui aurait raison de la patience de l’autre? « Pourquoi alors t’as laissé ton passé prendre le dessus, si t’as voulu créer une nouvelle vie? T’as tout de plus qu’Ethan. Le statut social, la reconnaissance. Qu’est-ce que ça change qu’il soit mort ou vif, pour toi, maintenant que tu lui as prouvé qu’il a intérêt à se tenir à carreau? » Son œillade s’intensifie, même si son ton est calme, exténué. L’injustice la frappe de plein fouet, venue de nulle part, et elle prend un instant pour calmer sa respiration avant de laisser ses émotions prendre le dessus, se posant doucement dans une chaise à une distance respectueuse du capitaine, les coudes sur les genoux.

« Alors laisse-moi te proposer un truc. »

La négociation. La seule arme qui lui restait contre Khan.

« Toute cette histoire peut rester entre nous trois. Rien n’a besoin de dégénérer, et on peut tous retrouver une certaine normalité… sous certaines conditions. » Rosa savait que de se savoir soumis à des exigences ne plairait pas à Khan, mais elle l’estimait suffisamment intelligent pour comprendre qu’il était peut-être une bonne idée d’au moins considérer ses propos. « Je m’occupe de convaincre Ethan d’oublier cette affaire. En échange, tu me promets que tu ne vas pas encore une fois tenter une vengeance à la con. Ni toi-même, ni de la main de quelqu’un d’autre. » La précision lui semblait pertinente. Les étoiles seules savaient jusqu’où pouvait aller Khan dans sa quête. Accusant un bref silence, la douanière pince les lèvres. De toute évidence, le fait de marchander ainsi ne lui plaisait pas, mais c’était la seule façon pour elle de ne pas avoir à pleurer l’un ou l’autre des deux hommes et de retrouver un semblant de normalité. « Je sais que ça ne vaut peut-être rien, que ça pèse pas dans la balance nécessairement, mais… j’y tiens. » Plus qu’elle pouvait l’exprimer par les mots. Prise d’un étourdissement, elle se frotte le visage doucement, luttant contre des larmes qui ne semblent finalement pas vouloir venir, comme si tout son être était trop épuisé. Il aurait voulu que la soirée se termine autrement, mais sans doute n’avait-il pas réalisé que Rosa aurait préféré ne jamais la vivre. « J’en peux plus. Je vais craquer. Je déteste ce que cette histoire me fait dire, la façon que ça nous a éloignés, et vivre en ayant peur de me lever un matin et que le pire soit arrivé. » La vacuité de son expression ne fait qu’amplifier sa détresse. Vomir ses métaphoriques entrailles n’était pas dans ses plans, mais c’était plus fort qu’elle. Et quand elle serait à bout, peut-être bien qu’elle n’aurait plus la force ni les moyens de les empêcher de s’entretuer.


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MessageSujet: (#) Re: nobody else will be there / ae     Jeu 14 Juin - 0:32
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Quand Rosa lui annonça qu'elle savait la raison précise pour laquelle Donovan s'était prise une beigne, quand elle énonça le simple fait que c'était Ethan qui l'avait empêchée elle de passer bien plus de temps que prévu sur le Lady Grace, Khan cessa de la regarder. À la place, ses yeux se vrillèrent sur le plafond immaculé du pont de son précieux vaisseau et sa main vint recouvrir sa bouche dans un mouvement qui exprimait tout le déni qu'il s'imposait face à cette situation. Elle continua de parler, lui posa des questions qui n'attendaient pas de réponse, mais Khan resta dans la même position, refusant de la regarder.

Peu importe les mots qu'il pourrait employer, jamais il ne pourrait exprimer correctement toute l'indignation, toute la haine, tout le mépris qu'il ressentait en ce moment même. Son autre main se serra dans un poing compact qui appuyait, appuyait, appuyait sur l'accoudoir de son siège comme s'il cherchait à en imprimer le métal. Rosalija qui trempait dans des affaires de contrebande. Rosalija passée à deux doigts de mal, très mal finir, sur le Lady à cause d'Ethan. Rosalija qui exprimait de la reconnaissance envers ce fils de pute qui avait pour une fois eu la putain de décence de prendre ses responsabilités et de lui épargner ça. Alors que tout était de sa faute. Ses doigts étaient blancs alors que la rage s'accentuait, alors qu'elle lui reprochait de ne pas avoir accueilli ce petit branleur avec le sourire.

La vérité était qu'il l'avait retrouvé, tabassé, puis oublié. La dette était, pour sa part, payée. Qu'il continue de surveiller chaque ombre comme si elle dissimulait un assassin potentiel lui convenait parfaitement, il ne s'inquiétait même plus de savoir ce qu'il faisait, quand il le faisait, où il le faisait. Il l'avait simplement rayé de ses pensées comme on raye un objectif atteint avec succès. Il avait même été prêt à oublier qu'il le haïssait, s'il venait à le revoir. Cependant, qu'elle lui en reparle, qu'elle remette en question ses actions, même en sachant ce que Hagenauer lui avait fait, ça il ne pouvait le supporter. Elle n'avait pas de reproche à lui faire. Elle n'avait pas à se mêler de leur histoire. Elle n'avait pas à essayer de le raisonner. Sa respiration devint tremblante à force de l'obliger à ne pas s'accélérer tandis qu'il refusait toujours de la regarder.

Sa voix se déplaça, s'approchant avant de s'arrêter non loin de lui avec un bruit feutré de fauteuil déplacé. La suite ne lui plu pas beaucoup plus. Ce marché stupide, cette ultime ligne de défense qu'elle s'efforçait d'ériger entre lui et Ethan qui n'avait aucune raison d'exister sinon pour Ethan qui risquait de le dénoncer à tout moment. Ces conditions creuses qu'elle lui imposait, qu'elle proposait comme s'il avait le choix de refuser ou non. Ce terme de « vengeance à la con » qui, décidément, ne passait pas. L'avait-elle seulement écouté ? L'avait-elle seulement compris ? Non. Non, elle était simplement aveuglée par l'inquiétude qu'il s'en prenne à Hagenauer. Au point de lui faire du chantage affectif pour arriver à ses fins. De mettre en scène toute cette comédie. Ses yeux lâchèrent le plafond, mais ce fut uniquement pour se braquer sur la console en face de lui, se mordant la lèvre inférieure en laissant retomber la main qui la couvrait, essayant toujours de contenir sa rage alors que sa tête faisait de lents mouvements de gauche vers la droite. Il avait l'impression que sa cage thoracique allait exploser. Il avait besoin de hurler, de la pourrir, de tabasser passionnément le premier malheureux qui croiserait sa route, fut-il un visage ami. Il avait besoin de remonter dans le temps pour tordre le cou à Ethan Hagenauer le jour même où la compagnie avait été décimée.

Bien entendu, rien de tout ceci n'était réalisable.

-Non.

Il prit une grande inspiration, puis se leva et s'éloigna, toujours sans la regarder, toujours tremblant de colère et de dépit, comme pouvait en témoigner cette infime vibration qui avait percé à travers ce simple mot.

-Non, parce que j'ai déjà pris ma décision en ce qui concerne cette raclure. Je n'ai pas de marché à passer. Je n'ai pas de conditions à accepter. Tu crois qu'il serait encore vivant si j'avais vraiment voulu sa mort après l'avoir démoli ? Ses yeux se posèrent enfin sur elle alors que sa haine dirigée contre le monde entier transparaissait clairement dans ses prunelles. J'étais à deux doigts de le faire là-bas, tu sais ? Il leva sa main droite et rapprocha son pouce et son index dangereusement près l'un de l'autre. À ça, vraiment. Il laissa retomber sa main alors que son menton se relevait, par défi, par provocation. Ça aurait été si facile ! Plus encore que tu ne le penses. Je tenais littéralement sa vie entre mes mains. Enfin, je tenais son pied, mais crois moi, ça revient au même quand on est suspendu dans le conduit d'un broyeur à ordures. Il laissa échapper un reniflement amusé et serra ses deux mains dans le vide devant lui, comme s'il y était vraiment encore, regardant ce qu'il faisait, revoyant clairement la scène. Il suffisait que je le lâche et pouf ! Il écarta brusquement les bras, ouvrant les doigts, plus d'Ethan !

Il fit une pause dans son discours. La rage dans sa voix se craquelait pour laisser entrevoir la folie qui était dissimulée en dessous. Il aurait dû le lâcher, ce salaud. Ethan l'aurait fait à sa place. Non. Ethan l'avait fait, à sa place. Mais non, c'était lui qu'on défendait.

-C'est chez toi qu'il est venu pleurer après ça, tu disais ? Pauvre amour. Je parie qu'il t'as dit qu'il avait peur. Je parie qu'il t'as dit que j'étais un monstre. Ses yeux lançait des éclairs, mais c'était à nouveau vers Rosa qu'ils étaient dirigés. Tu l'as cru ? Désolé Rosa, il t'a eu. Il pleurait uniquement parce que cette situation était l'exact miroir d'une autre, vieille de quinze ans ouais. Il pleurait parce qu'il se rappelait parfaitement qu'à m'a place, il avait lâché ce putain de pied, que si j'avais été juste, je l'aurais envoyé se faire déchiqueter par un putain de broyeur et que j'aurais craché dedans pour qu'il emporte un souvenir de moi jusqu'en enfer !

Il avait presque crié cette dernière phrase, son ton étant  monté crescendo jusqu'à la conclusion logique de cette affaire. Il devait avoir l'air d'un fou. Il devait avoir l'air du psychopathe qu'il n'avait pas manqué de lui décrire. Pourtant, il ne voyait que justice et miséricorde dans la situation qu'ils avaient vécu tous les deux, devant le vide ordures. Il se passa une main tremblante dans les cheveux et s'humecta les lèvres, cherchant un calme qui ne reviendrait pas.

-Mais moi je l'ai pas fait. Je l'ai laissé en vie en sachant que j'aurais jamais d'autre occasion aussi belle de lui faire la peau pour de bon. Il écarta les bras de son corps et eut le sourire de l'homme fier qui venait juste de trouver la solution pour mettre un terme à la faim dans le monde. Tu vois ? Ma décision est déjà prise. Ses bras descendirent en même temps que les coins de sa bouche. Je me fiche de ce qu'il peut bien faire de sa vie. J'ai pas de marché à accepter. Il la désigna du doigt. Je vais juste te dire une chose, Rosalija. Et la mention de son nom complet était déjà plus significatif de son état que tous les indices physiques qu'il avait pu dévoiler jusque là. Il m'a déjà tué une fois. Je ne le laisserais pas recommencer. Et on sentait dans son ton toute la menace réelle dont il imprégnait ces mots. Alors voilà plutôt ma condition. Je n'ai aucune intention de m'en prendre à lui. Mais s'il cherche à se débarrasser de moi d'une façon ou d'une autre, je ne serais pas le seul à y passer. Aucune force sur cette flotte ou dans l'espace ne pourra m'empêcher de l’entraîner avec moi dans la mort.

Il resta un instant ainsi, sans bouger, un doigt menaçant tendu vers elle malgré la distance importante qui les séparait, puis il finit par se redresser lentement en reprenant une pause plus normale.

-Maintenant, pars. Cette conversation n'aurait jamais dû avoir lieu. Il lui désigna la porte d'un geste. Et ne dit pas que « cette histoire » nous a éloigné. Hagenauer nous a éloigné. Il aurait dû garder sa gueule fermée. Une preuve de plus que j'ai fait une erreur en le laissant en vie.

Une fois cette dernière phrase prononcée, il estima cette conversation parfaitement close et se détourna une dernière fois d'elle. Il n'avait pas envie de la voir partir. Il n'avait pas envie de la regarder. Il lui avait donné l'assurance qu'il n'attenterait pas à la vie de son précieux Ethan tant que celui-ci gardait sa langue dans sa poche, elle en ferait ce qu'elle voulait. Si elle décidait de s'aveugler en continuer de s'imaginer que tout était de sa faute à lui, c'est qu'elle ne méritait même pas qu'il prenne la peine de jalouser ce lui qui unissait visiblement la femme qu'il avait le plus aimé et l'homme qu'il haïssait le plus. Et pourtant c'était le cas, et il avait l'impression qu'il allait se déchirer un peu plus à chaque pas qu'il l'entendrait faire vers la porte, jusqu'à finalement ne plus être qu'un tas de haillons habillé par la peau du brillant capitaine du Colossus 5 lorsque celle-ci se refermerait définitivement sur elle.
MessageSujet: (#) Re: nobody else will be there / ae     Ven 15 Juin - 22:10
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J’ai changé, qu’il disait, insistait; j’ai changé qu’il martelait, mais Rosa n’entendait plus Khan. Elle entendait Aldor avec la voix familière du capitaine lorsqu’il lui disait que s’il avait vraiment voulu voir Ethan mort, il n’aurait guère eu de restreinte lors de leur dernière interaction. Était-il seulement au courant que ça lui faisait perdre toute sa crédibilité, que la confiance de la brune s’étiolait avec chaque insistance – j’ai changé, mais je l’aurais quand même tué. Le Khan qu’elle connaissait n’aurait jamais osé prononcer ce genre d’affirmation, encore moins la répéter jusqu’à lui en donner la nausée. Ce n’était pas la seule chose qui donnait à Rosalija des haut-le-cœur dissimulés par un plissement de nez dégoûté et un regard rivé sur autre chose, n’importe quoi qui n’était pas les gesticulations exagérées du capitaine, qui rendaient l’image de la scène bien trop vive pour l’imagination de la douanière. Elle n’a même pas la force de lui dire d’arrêter, consciente que, de toute manière, ça ne ferait que l’énerver plus qu’elle prenne encore la défense d’Ethan – ou du moins, il le percevrait ainsi, comme depuis le tout début de leur conversation. Jusqu’à la fin de son monologue, elle n’entend que le timbre de voix de l’homme qui se brise, révélant toujours un peu plus d’une personnalité qu’elle ignorait jusqu’à maintenant. Qu’est-ce qu’elle tombait de haut, comme une corneille aptère qui ne voit rien d’autre qu’une résolution sombre et glauque sous la forme d’un plancher qui approche à toute vitesse. Il se vantait d’une certaine noblesse en ayant laissé la vie sauve à Ethan, se targue d’avoir été miséricordieux en laissant filer la seule occasion qu’il aurait de lui refaire payer son affront au centuple; néanmoins, le simple fait qu’il ait pensé nécessaire d’exercer une vengeance biblique, d’invoquer la Loi du Talion donnait à la douanière une sensation de malaise qui ne se résorberait sûrement pas de sitôt.

« OK. »

Elle ne se penche pas pour ramasser les morceaux de son cœur brisé qui jonchent le plancher du pont de commandement. Autant les laisser là, après tout. Khan la chasse et elle ne compte pas protester. Il faisait preuve d’une mauvaise foi qui la dévastait. Elle ne trouvait même plus l’énergie de se débattre, préférant la noyade à quelque sauvetage temporaire qui la renverrait aussitôt dans les abîmes. À l’opprimant discours de Khan elle n’a donc rien d’autre à opposer, se contentant de se lever quelques instants après son acquiescement. Elle fait son chemin jusqu’à la porte, le pas lent, mais digne, autant qu’elle le pouvait encore. Avant de frapper le bouton d’ouverture de la porte, elle s’arrête, reposant sa main sur le panneau de contrôle sans pour autant l’activer. « Tu sais, cette conversation n’a jamais été à propos d’Ethan. » Elle pince les lèvres, osant un regard en coin, par-dessus son épaule, en direction du capitaine qui lui tourne le dos. « Elle n’a jamais été à propos de toi non plus. » L’égocentrisme de Khan n’était plus à prouver. Autant qu’elle lui souligne en jaune le passage qu’il aurait dû comprendre de lui-même. « Mais plutôt à propos de moi. » Il pourrait faire ce qu’il voulait de cette information. Les deux feux entre lesquels elle regrettait d’être inexorablement coincée, quelques minutes auparavant, la consumaient désormais entièrement et une seule solution s’imposait : disparaître et espérer qu’elle ne revienne pas avec pour seule célébration des funérailles inutiles.

- FIN -


mama called me
destructive
said it'd ruin me one day
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