Vieille branche - Crius
MessageSujet: (#) Vieille branche - Crius     Mar 24 Avr - 17:23
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 Des fleurs avaient envahi le Colossus, à c'qui paraît. Des centaines de pétales blanchâtres rampaient sur le métal, poussent sur les cadavres, embaumaient les ruines d'acier. Elle comprenait parfaitement d'où venait cette gracieuse attention, sincèrement - la gamine n'était pas totalement obtuse face aux codes sociaux - mais n'en voyait pas l'intérêt. Là où ils flottaient à présent, ces huit personnes se fichaient certainement de savoir que l'on avait planté des œillets en leur honneur. De magnifiques œillets, certes. Sa mère n'avait prétendu à rien de tel, mais aurait certainement aimée être honorée de blanc, elle aussi. Au moins, leurs noms, auparavant inconnus, étaient à présent gravés à vif sur les lèvres tremblantes des Stellariens. Pas de chance pour eux, ils ne pourront pas profiter de cette soudaine célébrité post-mortem. Tout cela la rendait un peu triste ; comme tout le monde, elle avait été furieuse et désemparée face à l'erreur d'un homme qui a littéralement carbonisé huit vies sur son chemin. Combien de souffles coupés, de corps écartelés et de familles déchirées pour une simple rebuffade ?  

  Quelques semaines avaient passé depuis ; le choc avait laissé place à une agitation électrique, à une angoisse latente, de celles qui précèdent les grands départs sans retour. Dans le fond, Sid Lazar a obtenu ce qu'elle voulait ; enfin, ils se cassent de cette parcelle de matière noire dans laquelle ils stagnaient depuis vingt-cinq ans. La déception qui l'avait poursuivie durant cette période d'élections avait fini par se disparaître, acculée par les doutes et les peurs qui faisaient à présent leur apparition. Et, Dieu, que le temps pouvait passer vite lorsqu'on était occupé. La brune n'avait fait que courir ses derniers jours, remplir de la paperasse, récolter des infos et opinions, sans toutefois fixer la sienne. Bien que méfiante de Priya, elle devait avouer que celle-ci, malgré tout, était en train d'attirer ses faveurs. Dommage que ce revirement soit arrivé après l'élection, même si son vote futile n'avait été que formalité, au final.  

  Il y avait quelque chose de sombre dans les yeux de son père lorsqu'elle lui apporta le premier morceau de fruit exotique qu'elle avait pu acheter en toute légalité. Son paternel, figure d'apôtre, aussi droit qu'un guerrier de marbre, n'aurait jamais, au grand jamais, accepté quelque chose qui provenait de la contrebande, quand bien même ceci lui aurait sauvé la vie. Parfois, Sid le détestait juste pour ses prises de position aussi bornées ; pour quelqu'un qui avait dansé avec la guerre et le chaos d'aussi près, on aurait pu penser qu'il serait en mesure de relativiser. Deux lacs d'encre noire la transpercèrent alors qu'elle tendait, un sourire aux lèvres, la chair orangée et pulpeuse ; petit soleil au creux de sa main. Sid l'aurait dévorée, si elle ne voulait pas autant faire plaisir à son père. Petit chiot déçu, elle laissa paraître une grimace interloquée ; quel était le putain de problème ? Son père était un vieux con, certes. Mais depuis tout ce changement, c'était encore pire. Cela faisait quelques années à présent que sa mère était décédée, mais son père semblait encore avoir les pieds ancrés dans son deuil, comme s'il s'agissait d'un petit nuage confortable qu'il se refusait à quitter. Sid prit congés lorsqu'elle accepta définitivement le fait que son père ne voulait toujours pas de sa compagnie.  

  Cette évidence, qu'elle tentait d'ignorer mais qui lui revenait à chaque fois comme une grande claque brulante dans la figure, lui fit d'autant plus mal qu'elle se sentait extrêmement seule, ces temps-ci. Elle n'avait jamais été très populaire, ni sociable, mais son travail et le jeu lui permettaient plus ou moins de combler les gouffres dans sa poitrine. Et l'opportunité d'une nouvelle planète à coloniser serait peut-être sa porte de sortie, après tout. Disparaître sans rien dire, ce que les lâches savent faire de mieux. Ou aller se noyer dans un grand verre de liqueur chez de spécimen de Crius Serrano, au choix, et pas des moindres. Sid revint sur ses pas, comme un animal alléché par une carcasse toute fraîche. Et c'est vendu, se dit-elle amèrement. "Salut." Sid réussit tant bien que de mal à chopper une place près du comptoir. " Ce que tu as de plus fort, s'il te plait. " Elle se gratta discrètement sous sa perruque. Quelle connerie. " Dis-moi, toi qui as toujours le conseil adéquat..." Sid prit tranquillement une gorgée de... peu importe ce que Crius lui avait amené. Oh, bordel. " Qu'est-ce qu'on fait, avec les vieux cons qu'ont plus goût à la vie ? Tu sais, les hommes mi ombre mi chair, totalement inertes, avec un pied dans le passé et l'autre déjà dans le cercueil ?" Une autre gorgée. " Ça me rend malade."
MessageSujet: (#) Re: Vieille branche - Crius     Mar 29 Mai - 17:33
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Vieille branche

Crius & Sid | avril 2227
La nuit et le jour ne se différencient que par l’éclat rosé de la lumière nocturne, les jours s’enfilent et les navettes continuent de déposer leurs cargos humains de vaisseaux en vaisseaux, et les âmes désolées osent à peine regarder les fleurs qui poussent dans les reliefs de métal tordu et brûlé, allant de cabine à des bars, des bars à leurs lieux de travail, sans pouvoir s’arrêter sur l’ignoble tragédie. Une flotte subit sa propre gravité, sa propre révolution en continu si le métal se transformait en astre. C’est le paragraphe qu’à noté Charlie dicté par ta voix grave, qui se serait voulue monosyllabique et monocorde, mais qui ne parvient à être ni l’un ni l’autre. C’est le paragraphe qui s’éclaire sur ton terminal lorsqu’on l’allume, c’est le paragraphe qui n’a pas de fin ni finalité, qui ne sera jamais terminé. La page blanche et les textes interrompus ça n’a jamais ton truc. Tu sais pourquoi tu dictes chaque mot, tu connais la finalité de chaque texte, bien que tu te perdes dans les péripéties et les trémolos.
Tu sais que tu ne finiras pas ce texte sans personnage. Les œillets blancs piqués dans les éclats de tôles tordues semblables à des cadavres éviscérés, ça enflamme ton âme de poète, mais ça te coupe la chique aussi. Ou les jambes, ah ah ah.  Tu n’y as pas été, là-bas, à la fabrique des corps amochés, cette fois-ci. Tu as les numéros d’Ordo, de Keikwan, des hommes magiciens qui t’ont remis sur pieds lorsque tu n’étais qu’un infirme abîmé, morcelé dans l’espace. Charlie a enregistré tes brouillons, les amours cybernétiques, et les histoires de robots et d’amants, mais tu as dû mal à y toucher. Cela cogne peut-être à ta propre solitude conjugale. Tu as leurs numéros et tu as le nom des morts, le nom du coupable. Mais cette fois tu leur a fait la sourde oreille, malgré la raideur de tes jambes et les mécanismes de tes prothèses qui se grippent par moments. Tu t’es pris une explosion dans le cul, les négligences c’est pas un roman d’amour.

La douleur te transperce et tu as du mal à marcher, mais tandis que les fleurs demeurent un sacré rappel qu'ils sont bien dans l'espace et en fuite, l y a trop à faire pour se plaindre, et cela n’a jamais été ton fort ; certains ont remarqué que tu as ressorti ta canne des mauvais jours, d’autres ont remarqué que tu as eu la chance, que ta Ruche n’est pas dans l’aile touchée, d’autres ont demandé si tu comptais t’établir sur Qiang après. C’est le changement, et ça te secoue de ta lassitude. Cela t’empêche de vieillir, cela t’anime, et tu savoures derrière ton comptoir la frénésie des dernières semaines. C’est bien pour cela que, malgré la nouvelle légalité des alcools forts, on se presse toujours à la Ruche. Bourrée jusqu’à la lie ce soir comme souvent, et tu t’actives, un bon mot, une douceur ou une tape pour tous quand tu reconnais la jeune femme sous les lumières chatoyantes du bar, lumières qui illuminent brièvement sa peau de lueurs turquoises et violines avant de laisser retomber dans les ténèbres le temps que tu t’approches. «  Yes ma’am. » Tu souris en coin et tu récupères sous le comptoir une bouteille, un verre que tu fais sauter dans ta main avant de le poser devant elle et verser sans chichi la liqueur ambrée. Corsée. Pas de la pisse comme t’en gardait en réserve pour certains connards sur Keller. Ce genre de ventes et de comportements n’ont pas la place dans la réserve semi-naturelle du Colossus.

Tu es tout ouïe, et s’appuie, un sourcil arqué et interrogatif sur ton comptoir. Presque allongé lorsque tes avant-bras posés à plat sur le rebord, jusqu’à ce que tes doigts puisse toucher le bord du comptoir. Tu n’étais pas intégralement prêt à la question, en fait. C’était dur dans un sens de ne pas voir son enfant dans Sid, de refuser son aide et son conseil. De la voir cheminer toute seule dans la Flotte, pétillante de vitalité et d’écouter sa voix certains jours à la radio que diffuse Charlie dans son bar. Cela te fait sourire en coin, parfois triste, parfois joyeux. Il était un temps où tu n’aurais pas pensé ça. Tu fais semblant de réfléchir, fais la moue lentement, avant de lâcher d’un ton pensif comme tu mesurais tes paroles et la sagesse ancienne qu’on t’avais transmis. Pas vraiment non ; « - On les mets derrière un comptoir pour les faire écouter les malheurs des jeunes femmes, qu’ils servent quelque chose avec leurs conseils, téter de la bibine et éconduire les connards ivrognes qu’ils ont été, fut un temps. » Malgré ta gueule maussade, ton regard est amusé tu le rives sur elle et te redresse un peu. Dur de pas te sentir blessé intérieurement lorsqu’elle parle de vieux cons. Tu es loin de l’âge sénile encore, mais tu avais été un con, et pour la gamine a peine plus âgée que ce que devrait être t fille (est-ce que tu avais un jour demandé son âge, l’air de rien à Sid ? Oui. T’étais un vieux con en formation après tout.) tu devais être vieux. Et certains soirs, tu avais l’impression d’avoir deux pieds manquants dans la tombe, à ressasser le passé, amour et tripes tout pareil, et à avoir l’impression d’être trop vieux, trop las, trop cynique ou trop romantique pour avoir encore une place dans un nouveau monde. Ça passe au matin parce que tu as des trucs à faire, des choses à écrire, des tortues à nourrir, des verres à servir et surtout des histoires à entendre et à raconter. Tu n’es pas encore bon pour la casse.  « - Et si tu disais plutôt ce qui te tracasse ? Raconte tout à l’abeille. » Il y a de la tendresse dans ton regard désabusé, dans le doigt dont tu la désigne quand tu ajoutes, un ton plus bas, comme si quelqu’un d’autre pouvait vous entendre dans le tumulte du bar.  « - Sois pas trop dure avec les vieux cons. Tu le seras un jour ou l’autre si tu ne clamses pas avant, jeune fille. Ton père ? » Tu interroges, le regard complice et tu frottes ta barbe de tes doigts bagués, attentif.

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Oberon n’attendait plus rien de la vie, le cœur brisé par son premier et seul amour ; s’installer sur la Flotte c’était prendre sa retraite et couler des jours tranquilles. Mais il va bientôt apprendre que l’amour a plus d’une façon de s’exprimer dans la Fédération.
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MessageSujet: (#) Re: Vieille branche - Crius     Mar 5 Juin - 20:27
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Y'avait des fois où fallait prendre les devants, certes. Mais là, Sid mettait un peu la charrue avant les bœufs ; une personne normale se serait d'abord posée sous un rayon de soleil paresseux et factice sur l'Hélios, aurait fait le point sur sa situation actuelle et enfin, lorsqu'elle aurait admis le désespoir engendré par l'inéluctable et inacceptable, soit le froid mépris d'un père secret et fantomatique, serait partie dans le bar le plus proche d'histoire de réduire au silence les murmures qui apportaient avec eux les spectres des erreurs passées et enterrées. Les langues fourchues diraient, mais pourquoi allaient s'amasser dans un petit bar obscur, à la frontière entre douce hallucination collective d'un autre part inaccessible et royaume d'un cinquantenaire branlant ? Ouais, Sid se posait la question, parfois. Quel genre d'influence inexplicable l'avait donc poussée à franchir la porte de ce bar qui, comparé aux établissements dorés qui poussaient comme de jeunes fleurs si vite fanées autour du petit appartement qu'elle partageait avec son père, n'avait rien de reluisant ? Le hasard ? La chance ? Tout ce dont elle se rappelait, c'est d’avoir eu la tête si vide, si légère, comme un gouffre sans fond, qu'elle avait marché sans s'arrêter, sans s'en rendre compte. Elle aurait aimé pouvoir se perdre, mais c'était chose impossible pour une enfant éduquée à l'intérieur même des entrailles de fer.

Les arcs en ciel effleuraient sa peau comme si une enfant avait bombardé une terre d'ocre de pastels un jour de pluie et d'ennui. Malgré le bruit et l'agglutinement de la foule, toujours centrée autour du maître de la maison, l'ambiance restait feutrée. Était-ce dû aux douces attentions de Crius envers chacun, habitués comme anonymes, se montrant en cet endroit ? Toujours était-il qu'elle se sentait comme invisible ; rien de plus normal : personne n'aurait fait attention à une jeune fille au teint grisâtre, aux cheveux ras, à la silhouette froissée et étrangement rabougrie pour son âge. De plus, Sid n'avait absolument pas envie qu'on la remarque. Elle était un soleil discret, à demi éteint, qui brillerait que pour une seule personne en cette fin d'après-midi. Elle ne regrettait aucunement d'être ici. Les idiotes et les poivrots ne regrettent jamais rien, du moins pas dans le feu de l'action.

Crius s'extirpa de ses bouteilles et de ses verres comme un contorsionniste aux guibolles d'acier ; une drôle d'araignée imposante, qui en a vu d'autres, qui en a vu plus que toi. Sid prenait un plaisir inexplicable à le regarder travailler : sans doute était-ce lié à l'effet maître dans son royaume. Une sorte de fascination un peu malsaine et obsessive, m'voyez. Dans la transparence de ses apparences brutes demeurait une sorte d'élégance indéniable, comme celle d'une danseuse étoile au corps d'haltérophile. Ouais. Comme une danseuse étoile dans un corps d'haltérophile, exactement. On ne pouvait dire la même chose de sa propre personne, malheureusement ; sa posture d'adolescente blasée mais rebelle ne l'avait jamais quittée, comme une seconde peau encore assez souple pour qu'elle puisse la supporter. Regard vivace, presque épileptique et les épaules en avant, comme pour parer le premier coup qui voudrait l'atteindre. Un drôle d'air un peu méfiant ; animal traqué sans jamais avoir vécu la violence. Masque arraché sur le visage de sa mère, plus par mimétisme qu'autre chose. Un héritage comme un autre, somme toute.

Le maître des lieux attrapa habilement un petit verre, si petit que même un lilliputien ne pourrait nourrir l'espoir de s'y noyer et jongla comme un artiste de rue avec une bouteille qui semblait remplie de miel. Sid savait bien que Crius aimait servir ses trésors liquides et en faire un petit spectacle. Si elle s'était prêtée au jeu, elle aurait sûrement tout cassé : la pauvre n'avait jamais été réellement coordonnée ou réactive ; seule la couture était assez calme pour qu'elle puisse s'y consacrer sans faire pleurer les veines de ses doigts toutes les cinq minutes. Tandis que Crius prenait tranquillement une posture d 'écoute, bien que son air apaisé et confiant trahissait une certaine agitation, sa gorge prenait feu. « Waw, céleste catin... On en a pour son argent, avec ça. C'est bon, mais ça décape. » Sid avait du mal à comprendre que certains puissent en boire jusqu'au malaise. Elle toussa sous le regard amusé de quelques vieux pirates à la bouche lacérée ; elle avait l'impression d'avoir dix-sept ans à nouveau, alors qu'elle buvait des bières en cachette avec Saga. C'était il y a un bon moment déjà, mais elle s'en rappelait avec une sorte de mélancolie qui est commune aux souvenirs visqueux de l'adolescence. La sagesse de vieil ours ne l'avait pas préparé à la question qui, elle l'admettait bien volontiers, était à la fois déplacée et inattendue. Un peu du genre, toi aussi, t'es un vieux con, tu comprendras facilement. Elle regardait parfois Crius comme elle regardait son père et c'était une très mauvaise habitude, elle le savait parfaitement. Un peu comme mettre trop de sucre dans le café pour en dissimuler l'amertume. Une habitude de lâche.

Alors qu'elle écoutait son ami dispenser ses leçons de vie, elle avala une dernière gorgée, comme un enfant tête le sein de sa mère. Quelques secondes avaient finalement suffit pour qu'elle s'habitue au goût. Elle ne put s'empêcher de rire, un peu bêtement : Crius rentrait bel et bien dans sa propre définition du vieux con, mais auquel on s'attache. « Mon vieux con est la source même de mon malheur et fait comme s'il était sourd et muet ; visiblement, y'en a plusieurs espèces. » ironisa t-elle, pas sûre de savoir si tout cela faisait de son paternel un égoïste désespéré et déprimé, en fin de compte. Heureusement qu'il y a Crius à qui les égarés peuvent ressasser leurs anecdotes : parfois, Sid est curieuse de tout ce qu'on peut lui confier, à cette oreille attentive. Pour sûr, il devait en entendre des vertes et des pas mûres. « Une fine abeille bien psychologue. Tu pourras peut-être te reconvertir, si un jour tu te lasses d'entendre balbutier des ivrognes en recherche de consolation et d'affection. » C'était un peu dur, certes. Elle aussi, était en recherche de consolation. Mais pas d'affection. Les Lazar pouvaient vivre sans cela : ils étaient immortels dans leur indifférence. Évidemment qu'elle parlait de son père ; oui, un vieil amant aurait pu lui briser le cœur, mais c'était pas le genre de la maison. Elle ne les enlaçait pas assez longtemps pour qu'ils en aient le temps. « Je pense que l'on porte toujours un jugement cruel sur ce que l'on a peur de devenir, » déclara t-elle d'un ton étrangement saccadé, comme si elle réalisait une acerbe vérité à ce même moment. «  Sinon, on s'tairait et on laisserait faire. » conclut elle distraitement. Elle avait à présent envie d'éluder la conversation, comme une gamine boudeuse, mais elle n'était pas venue ici pour jouer à cache-cache. « Ouais, mon père. Enfin, pas sûr qu'il ait jamais eu envie d'être. » Sid marqua une pause, d'une manière qui laissait penser que la situation, malgré sa pérennité, restait incompréhensible à ses yeux. «  Je pense que Papa a toujours été ainsi... j'en sais rien. J'peux à peine t'en parler, c'est un mystère total. Je ne sais rien de lui, alors comment j'pourrais expliquer ou comprendre pourquoi il ne veut pas de moi ? Il m'a donné un nom, mais c'est probablement tout ce qu'il me léguera. Il est comme ma mère, il partira en silence et avec tout ses mystères. Et moi, j'ai pas le cran de l'affronter, de lui demander pourquoi est-ce qu'il se tait constamment, pourquoi est-ce qu'il semble perpétuellement en colère contre tout et n'importe quoi, comme si le Triumvirat continuait de le persécuter des années après. Il a essayé de construire quelque chose ici, je le sais, car sinon, je ne serais pas là. Mais y'a quelque chose qui le retient dans le passé et impossible de savoir quoi. » Une mélodie dithyrambique qui l'avait laissée assoiffée ; l'engourdissement qui la pénétrait à présent était sans doute ce que l'on ressentait quand on lâchait toutes ses vérités aux quatre vents.
MessageSujet: (#) Re: Vieille branche - Crius     Dim 19 Aoû - 10:25
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Vieille branche

Crius & Sid | avril 2227
Tous les chemins mènent à la ruche. Celui du poivrot et du romantique, celui du pirate et de l’extracteur, les âmes éclopées et les corps gelés. Tu aurais pu toi-même tourner le dos à la piraterie. Car la Ruche, malgré son nom et ses règles, ses coloris chauds et son atmosphère réconfortante comme les bras d’une putain, cela reste ton antre. Ton vaisseau personnel toi qui n’a jamais pris l’espace en solitaire. C’est un secret d’initié, la porte qui donne sur la coursive semblable à tous les taudis du Colossus, le même métal foutu et tordu, les mêmes tâches à l’origine inconnue, et le même comptoir délabré, les mêmes bouteilles que la Flotte vous refile au compte goutte, vous tous les barmen, nouveaux dionysos des âmes désespérées de déchirer l’invisibilité qu’ils ont aux yeux de la flotte. De se démarquer comme humain et non pas soldat de plomb, petite étoile décharnée de son éclat. Cela fait partie de ton charme dit-on, que de voir la magie en presque tout être, du kellarien bagnard et contrebandier, dealer d’enfants et de putes, aux offrandes d’amour ou aux enfants de la flotte qui viennent se brûler la langue à tes goulots.

D’ailleurs, tu plisses les yeux, faussement méfiant à la céleste catin. Ton pouce passe sur ta gorge, réprimande face à sa surprise. Il y a deux choses derrière ton comptoir. Du bon qui décape et de la pisse pour ceux qui t’emmerdent. Tu n’apprécies guère la surprise des habitués comme Sid. Tu n’es pas un psychologue, tu n’as pas de divan ni de café docile ici. La ruche reste l’antre d’un pirate - autrefois, l’ongle qui ripe sur ta trachée était un geste qui faisait s’oublier sur soi les plus peureux de tes clients. C’était une autre planète, paraît-il.
Une planète où les parents étaient des véritables connards sans implants, aux taudis plus misérables qu’une cabine restreinte. Où les gifles sifflaient et tu te souviens du sang qui gouttait à une lèvre encore dépourvue de la rigole de ta cicatrice. Tu te souviens de la mort de ton père et de ne rien ressentir à part la honte et les moqueries. Tu te rappelles tes idées préconçues sur la paternité et l’exploitation des piots.

Ils en ont des problèmes les stellariens. Pourquoi il y a tellement de putain d’orphelins qui ont encore leurs parents ? Pourquoi Sid qui n’a rien pris au visage a des ombres sous les yeux ? Pourquoi elle se tient comme si elle s’attendait à ce que Crius lui en mette une, lui qui n’a jamais eu d’autre geste envers elle que d’effleurer son menton ou son épaule, les cales de tes doigts assouplie par la plonge ? Tu secoues la tête, et tu claques ta langue contre ton palais. ” - Je n’ai nulle part où aller. Encore moins le temps de faire des études, love. “ Ton sourire goguenard se fait bravache, clin d’oeil en prime. Toi, psychologue ? A croire que tu n’as pas le niveau, pas la patience. Il y a ceux que tu aimes et ceux dont le verre claque sur le comptoir, merci bonsoir. Tu as déjà rêvé d’une autre vie, d’un autre amour, mais ta place elle est là. Tu y trouves ton compte, il n’y a pas qu’un ivrogne en quête d’affection et de réconfort dans ton bar. Tu as la bouche sèche de ton abstinence, tu as tes regrets pour tes nuits blanches. Personne ne devine jamais à quel point entendre leurs confidences te donne du grain à moudre. Illusion d’enfant, inspiration par procuration.

Tu pouffes sans bruit, sans cri, sans rire. On porte toujours un jugement cruel sur ce que l’on a peur de devenir. Tu lèves un verre vide, parfaitement propre, au dicton énoncé. Tu salues sa sagesse, mais tu n’en ris pas; tu n’en profites pas vraiment, parce que ça fait mal, tu sais ce que tu deviens, tu sais qui tu étais, la marche arrière du cycle du temps qui s’annonce. Tu as peur de ce que tu étais. Tu te rends comptes que tu trembles du bout des doigts à rebours et repose ton verre. C’est un sujet délicat les pères et les filles. Cela t’échappe, le pourquoi de cette intensité, même si tu la ressens dans tes tripes. Crise de la quarantaine, révélation du fruit de tes chairs dix ans après l’éjaculation.

“- Demande lui.” Tu la coupes presque, tu enchaines dès qu’elle se tait. Ta voix est sans concession. C’est dur à dire, dur à entendre, mais larmoyer n’a jamais sauver aucune relation. “- Descend ton verre et prends tes ovaires, jeune fille.” Tu la re-serres, avec ta grâce habituelle, presque efféminé si on oublie les sillons au coin des yeux et ton corps couturé de guerres. ”- Ton vieux, il a eu une vie avant toi, et il ne doit pas savoir s’en dépatouiller.” Tu porte à la main à son menton, à sa silhouette portée en avant, vers ton comptoir et vers l’abîme entre elle et son père. Il y a de la connivence dans le geste léger et la chaleur de la pulpe de tes doigts, de la jalousie dans la froideur de tes bagues. Tu te déportes un peu par-dessus ton comptoir, les mécanismes de tes prothèses agissant comme de légers ressorts pour tes talons. Tu baisses la voix, regardant juste au-dessus de l’épaule de Sid, l’oeil vide. ” - Je n’ai pas eu le cran d’avoir mon enfant, moi, et je le regrette. C’est ton seul père Sid. Il n’y a que du silence après le sas, si tu ne supportes plus, agis. ” Tu vas te faire du mal à les aimer, tes enfants de passage. C’est une habitude de lâche qui ne ressemble pas à l’ancien toi que de la prendre pour ta fille. D’arrêter de chercher la tienne, d’arrêter de te demander si tu ferais un bon père, tu te fais la main à temps partiel. T’es que le vieux con de passage, auquel on s’attache, mais d’où on se lasse. Tu n’as besoin de veiller au grain que par intermittences, le poids de la paternité ne te retombe pas dessus. Le plaisir d’être père sans les conséquences. ”- Changer est difficile pour les vieux cons, crois-moi, mais sans toi, prendre conscience de ses défauts est impossible.“


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