it's ok. (bee)
MessageSujet: (#) it's ok. (bee)     Lun 22 Jan - 13:45
it's ok.

(Bee + Reza)






Depuis combien de jours n’avait-il pas posé les pieds sur la flotte ? Il ne s’en souvient même plus. Et ça lui allait. Bizarrement être trop sur la flotte ne lui convient pas, c’est peut-être pour ça au final qu’il a demandé à être réaffecté chez les extracteurs, non pas que le métier lui plaît en lui-même, loin de là, mais ça lui permet d’être loin. Parce qu’être loin lui fait du bien. Le reconstruit. Comme pour ne pas affronter ses erreurs et son passé. Pour ne pas l’affronter elle aussi. Et c’est bien ça qui lui fait le plus peur. Ne t'approches plus de notre famille tu m'entends ? Et c’est ce qu’il avait fait. Et c’était la raison qui l’avait fait accepter cette mission de plusieurs jours au lieu d’aller la voir. De lui expliquer. De s’excuser. De la revoir. Parce qu’il avait encore son regard de surprise imprégné quand il l’avait croisé ce jour-là. Et parce qu’après huit années loin d’elle, elle était encore plus belle que dans ses souvenirs. Mais il avait fui loin de tout pour ne pas faire ce qu’il avait envie de faire depuis qu’il était rentré du Lady Grace. Pour ne pas la faire souffrir encore.

Habillé de sa combinaison jaune salie par tant d’heures de travail, Reza marche doucement, presque difficilement vers la plateforme du Colossus le menant vers son vaisseau. Il a gagné quelques jours de repos bien mérité. C’est pas comme s’il avait beaucoup d’amis. Il va sûrement passer le plus clair de son temps avec Betty mais ça lui convient après tout. Après tout ça. Et puis il a du travail. Il doit encore suivre la piste qu’une source lui a donnée. Il est pas sûr mais ça pourrait être son homme. Et puis il ira sans doute boire un verre ou deux avec Jy, paraît qu’il a des trucs à lui dire. Jy, le seul qui est resté, le seul sur qui il peut encore se raccrocher. S’il savait.

Il traine son sac sur le dos, pas grand chose dedans, deux trois affaires. Le strict minimum. Il a hâte de prendre une vraie douche. On lui a vanté les mérites des bons bains qu’on prenait sur la Terre, l’idée était plutôt pas mal il devait bien l’avouer. Et il se demande encore s’il verrait cette foutue planète bleue. Il avait bien envie de voter pour Rosenstein, mais il irait probablement pas, c’est pas comme s’il avait le droit de donner son avis après huit ans loin de la flotte. Tout le monde s’en foutait de l’avis d’un ex-détenu. Un paria. Paria, ce mot était bien trop faible comparé au sentiment qu’il avait à propos de ses propres actes. Et le pardon était un mot qu’il ne pourrait jamais atteindre. Il se le refusait.

Ses yeux s’agrandissent, sa bouche s’ouvre, ses jambes défaillissent. Elle est là devant lui.

Et il pourrait tout faire pour l’éviter –oh il le veut, il lui doit bien-, mais ses yeux se posent sur lui et il ne peut se dérober. Il sait qu’il n’a pas le droit de l’ignorer. Il n’en a pas envie.

Ses doigts fourmillent, des décharges électriques envahissent son corps parce qu’il sait que la douceur de sa peau lui manque. Encore plus quand elle est à ses côtés. Il aimerait la toucher, faire un geste dans sa direction, il pourrait toucher sa peau et tout reprendrait sens. Mais il n’a pas le droit, pas après toutes ces années. Pas après toutes ces erreurs. Alors il se contente de la regarder, d’imprégner chaque parcelle de son visage dans sa mémoire, comme pour faire une mise à jour, comme s’il la voyait pour la première fois. La première fois après tant d’années. It’s ok. Elle a l’air d’aller bien, mais derrière son sourire il voit bien qu’elle est mal à l’aise. Et il s’en veut encore plus. Parce que tout est sa faute. Elle ne méritait pas ça.

Il ne sait pas combien de temps il pourrait rester là sans rien dire. Peut-être une éternité. Juste pour ne pas effriter ce moment, ce moment où un simple mot peut faire basculer son monde. Peu importe, il n’a déjà plus de monde. C’est de son monde à elle qu’il pense. Speak to me. Il a l’impression qu’il n’est là que pour la faire souffrir, pour rouvrir les blessures du passé. Et il ne le veut pas. Il aurait tout donné pour ne pas la recroiser. Tout donné pour ne pas avoir à la blesser à nouveau. Tell me true. Elle vient de s’arrêter devant lui et il n’a d’autre choix que lui faire face, doucement il passe le sac posé sur son dos devant lui, et le laisse s’échouer à ses pieds. Il baisse le regard, il a déjà trop mémorisé chaque parcelle de son visage. De son sourire. Comme s’il avait épuisé sa ration quotidienne. Il est plus habitué Reza. Ce sentiment il le connaît plus.

« T’as l’air bien. » Stupide. « Enfin j’veux dire… tu es belle. » Reprend-t-il maladroitement, se raclant la gorge de honte. Encore pire. Il ferme un instant les yeux comme pour en faire un reset mais c’est déjà trop tard. « Tu as le droit de me gifler. » Lâche-t-il à bout de force, à bout de souffle. « Et pas qu'une fois. »
MessageSujet: (#) Re: it's ok. (bee)     Mar 30 Jan - 16:42

Dysfonctionnements.
C’est toujours pour ça qu’on l’appelle, Charlie qui fait des siennes, et ça l’emmène loin de l’Hélios, où elle passe le plus clair de son temps.
Hélios qui lui rappelle, un peu, parfois, rarement mais quand même, les histoires que son père racontait si souvent sur la planète Terre. Regarde, il y a de l’herbe ici, papa, c’était comme ça, c’était comme ça, dis ? Il grogne, à chaque fois, il grogne à chaque fois qu’elle lui demande, et elle répète jusqu’à ce qu’il se fatigue et qu’il réponde c’est qu’une simulation c’est pas vraiment ça en appuyant sur vraiment avec la fatigue et le dégoût, parce qu’il ne se défait jamais totalement du mépris, William, c’est comme une seconde peau. Elle a essayé d’imiter (le menton pointé un peu vers le ciel) mais sur elle ça colle pas (si elle lève la tête trop haut elle se perd dans les détails des murs des fissures et elle en oublie d’avoir l’air mieux que les autres).
Elle aime sortir, changer d’environnement, elle arrive même à se balader tranquillement sur le Tiantang, alors elle a aussi pris l’habitude du Colossus 5 qu’elle est à présent prête à quitter. Charlie réparée, elle a le pas rapide, Bee, pressée de retourner à d’autres travaux d’autres projets et d’autres dysfonctionnements.
S’attendait pas à en croiser un, là, comme ça, regards qui se croisent et elle a fait du mieux qu’elle a pu, vraiment, elle a fait du mieux qu’elle a pu pour oublier que c’était pas la première fois qu’ils se voyaient depuis – elle a refusé d’intégrer l’idée qu’il était allé jusqu’à chez elle (mais c’est plus chez elle, c’est chez William maintenant, plus que William, William tout seul) pour… Pour quoi ?
Pourquoi t’es venu ?
Son père n’a pas voulu lui raconter leur altercation et c’était tant mieux, elle n’aurait pas voulu écouter, curiosité tuée dans l’œuf et vague nausée.
Son père n’a pas voulu lui dire et elle n’a pas voulu chercher, et sans doute que lui non plus n’a pas essayé de la trouver mais maintenant ils sont là tous les deux et elle sourit avant même d’avoir eu le temps d’y songer.

Pourquoi tu souris ?

Peut-être qu’à l’intérieur elle hurle mais sa bouche ne s’ouvre que pour s’étirer davantage (arrête de sourire). Peut-être qu’elle devrait détourner les talons et s’en aller en courant mais c’est vers lui qu’elle avance (pourquoi tu t’en vas pas ?). La dernière fois, elle l’a vu sans vraiment le regarder, étincelle dans les yeux clairs et elle a choisi de ne pas s’attarder. Cette fois-ci elle ne choisit pas, pas vraiment, l’œil détaille et cherche les réponses sur un corps qu’elle avait presque cru, fut un temps, être une extension du sien. Elle y décèle les années qui ont passé et de la saleté, combinaison solaire devenue sombre ; elle y décèle la fatigue et le pied traînant mais elle ne voit rien rien rien concernant Oz, sans doute qu’elle s’attendait à le voir dans ses traits à lui mais c’est raté. Pourquoi toi t’es là et lui pas ? Ils étaient toujours fourrés ensemble et c’était pratique pour elle, deux hommes qu’elle aimait plus qu’elle-même, à peine besoin de partager son temps, rencontres programmées temps précieux conservé l’un avec l’autre et souvent les deux avec elle. Y’a un trou à côté du survivant, à présent, y’a une tête blonde qui devrait – elle a mal aux joues maintenant.
Il laisse tomber un sac devant lui, devant elle aussi, ça fait barrière, peut-être que ça l’empêche d’enjamber le dernier mètre qui les sépare pour l’empoigner et. Ventre retourné et cœur qui bat contre sa tempe, elle a le regard fixe mais c’est lui qui évite. Elle hésite un instant, prête à tendre les doigts pour – saisir emparer déchirer blesser secouer (y’a pas le bon mot, pour ça). Elle hésite un instant, qu’elle pense, elle hésite parce qu’il faut se décider, il faut bien choisir les premiers mots qu’elle va lui adresser (c’est important) mais peut-être que son instant à elle est une éternité pour lui parce qu’il lui vole le moment. C’est pas ton tour de parler, Bee. Est-ce qu’il lui disait ça aussi quand elle s’égarait à couper la parole, enthousiasmée par une idée, ou est-ce que c’était juste Oz ? C’est pas ton tour de parler, sur le bout de sa langue à elle aujourd’hui parce qu’elle est plutôt sûre que puisque c’est elle qui a marché qui a soutenu le regard qui a décidé (a-t-elle décidé ?) elle aurait dû être celle à parler en première.
Puisque c’est lui le coupable et elle la victime elle devrait accuser pour qu’il se défende.
C’est comme ça que ça marche.
Sa main gauche vient s’emparer de la manche de vêtement de son bras droit, elle tire dessus nerveusement et ses sourcils se froncent légèrement quand elle comprend qu’il lui a dit t’as l’air bien (il a parlé ça y est, et ça fait si longtemps qu’elle n’a pas entendu le son de sa voix) mais le sourire lui est toujours bien présent, bien que tremblant aux extrémités comme s’il menaçait de se briser (mais c’est elle probablement). « Enfin j’veux dire… tu es belle. » Ses doigts se resserrent autour du tissu, ongles prêts à déchirer et abimer ce qu’elle peut se permettre de devoir réparer – parce que lui et elle, on répare pas. Il a les yeux fermés puis les yeux ouverts, elle n’a pas bougé, image figée, rien que sa main qui montre qu’elle est plus qu’une statue (inspirer et expirer, elle a tendance à oublier). Elle aimerait sentir quelque chose, une émotion précise, quelque chose qu’elle puisse disséquer, analyser et expliquer, mais tout ce qu’elle a c’est un tourbillon qui lui retourne l’estomac, qui lui coupe le souffle et qui vibre sous la surface, derrière le sourire qui devient coupant. Elle aimerait sentir quelque chose ou rien du tout ; c’est tout qui lui tombe dessus, et, comme à chaque fois, elle est absolument incapable de démêler l’utile de l’insignifiant, incapable de vérifier qu’elle ressent correctement, bon ordre de priorité, émotions bien rangées et étiquetées.

Il le sait, bien sûr, tout ça, il le savait en tout cas.
Il savait les mots perdus oubliés changés en cours de route, il savait les tornades soudaines et les bugs dans le système. Et c’est sans doute pour ça, elle pense, qu’il continue qu’il embraie sans lui laisser le temps de réaliser (réaliser quoi ?), « tu as le droit de me gifler. » Beatrix cligne des yeux, interdite. Le sourire se relâche enfin et la main abandonne la manche malmenée, se resserrant en un poing. Et pendant un instant, une fraction de secondes tout au plus, elle pense qu’elle va le faire, qu’elle va changer de cible et que la violence qu’elle ne supporte pas ailleurs sera bientôt sienne. Mais il parle (encore encore encore) et sa voix la déstabilise une dernière fois. Elle recule d’un pas, mettre de la distance, et pourquoi elle est là ? Elle a avancé elle a voulu parler et maintenant elle ne sait plus quoi dire, quoi demander (pourquoi il est mort ?), que choisir, comment prioriser. Alors c’est la première pensée, la première idée qui ressort quand elle lui dit « c’était pas ton tour de parler, Reza, » le ton presque grondeur comme avant, son prénom butant un peu contre ses dents, le son qui a du mal à sortir, qui la prend par surprise – des années à enterrer piétiner oublier. « Reza. » Involontairement, elle répète, prénom marmonné, appuyé sur les deux syllabes, elle répète comme pour se persuader qu’il est bien là (mais Oz pas).
« Je ne vais pas te gifler. » Sa main se détend, les doigts bien ouverts, et elle les observe au lieu de le regarder lui parce qu’elle n’est pas sûre qu’elle n’est pas en train de mentir, pas sûre de comprendre pourquoi ce n’est pas déjà fait, pas sûre de savoir quand le masque va céder. « Mais je te remercie de m’en offrir le droit, bien que je ne pense pas en avoir besoin. » Les doigts papillonnent, s’agitent, retirent sur le vêtement qu’ils ont trituré, arrêtent, se glissent dans les mèches blondes, elles aussi bientôt tirées enroulées entortillées.

« Pourquoi t’es là ? »

Il y a plein de pourquoi et si elle avait dû réfléchir elle n’aurait pas pu choisir mais, encore une fois, ça va trop vite pour qu’elle puisse s’attarder et peser le pour et le contre – tant de pourquoi, pourquoi celui-là ? Pourquoi t’es pas sur le Lady Grace, à moisir là, à cesser d’exister. Pourquoi tu fais pas le mort, comme t’aurais dû rester, pour pouvoir être oublié.
La question est vague, et avec n’importe qui d’autre ou presque, Bee aurait précisé, expliqué, pour être sûre d’être comprise. Pas avec Reza. Elle a cessé de regarder ses mains pour planter son regard dans le sien, et c’est le prénom de son frère qui flotte à la surface de son esprit, pourquoi t’es là et pas lui ?
MessageSujet: (#) Re: it's ok. (bee)     Mar 6 Fév - 17:30
Des milliers de personnes. Des milliers de personnes fourmillent sur la flotte et pourtant une seule importe. Et c’est celle qui lui fait face aujourd’hui. C’est celle qu’il croise. Il aurait pu en croiser des milliers d’autres. Des années auraient pu passer avant qu’il ne la croise un jour, à la cafétéria, assise à côté de celui qui lui tiendrait la main, à parler et sourire comme si rien n’était jamais arrivé entre eux. Une gifle. Il aurait préféré qu’elle lui en donne une. Voire plusieurs. Il aurait préféré. Plutôt que de devoir affronter son regard remplit d’incompréhension, de tristesse, de dégoût ou tout autre sentiment qu’il avait à présent du mal à déchiffrer. Il l’avait si connu autrefois, comme si ces huit années passées sur le Lady Grace avait eut raison de lui. Il avait l’impression d’avoir oublié tout ce qu’il savait. N’arriverait-il plus à déchiffrer ses incompréhensions derrière son sourire figé ? N’arriverait-il plus à traduire pour elle ce qui était évident pour lui ? Pour eux ? C’était peut-être mieux ainsi après tout. Et puis peut-être quelqu’un avait reprit son rôle depuis. Peut-être.

Sa main rugueuse passe sur sa bouche, sa joue mal rasée, comme pour effacer les mots qui voulaient, qui allaient, sortir de sa bouche. Il ne peut pas, il transgresserait les ordres de Will, mais il lui devait bien ça, elle avait le droit de savoir, il avait besoin qu’elle le haïsse un peu plus, encore plus. Il avait besoin qu’il n’y ait plus aucun espoir. Car l’espoir n’était là que pour le faire mourir d’avantage. Un peu plus. Quand elle recule il pense qu’elle va tourner les talons loin de lui et il s’en veut encore plus. Il sait qu’il aurait dû la laisser parler, il n’avait pas le droit de lui imposer ce qu’il avait à dire, il n’avait pas le droit. C’était à elle de parler. C’était son tour. Et cette phrase reprise dans un contexte différent aurait pu le ramener des années auparavant, sortie de sa propre bouche. Combien de fois l’avait-il prononcé ? Remontrance à moitié amusée. Aujourd’hui elle venait de sa propre bouche. Elle qui avait tant à dire autrefois, tant à découvrir. Il lui enlevait tout. Tout.

Il avait soudain chaud dans cette blouse bien trop sale pour se montrer devant elle. Qu’allait-elle penser de lui maintenant ? L’idée n’est même pas passée dans son esprit pourtant à présent qu’elle se tient devant lui, il peut se demander. Elle répète son prénom et son cœur manque un battement. Tellement d’années qu’il ne l’avait pas entendu venant d’elle. I was the hero of your heart. But I turned out to be The breaker. Tellement d’années qu’il avait passé à s’interdire de se remémorer chaque parcelle de son visage, chaque mot qu’elle avait l’habitude de dire, chaque geste qu’elle avait l’habitude de faire. Il se l’était interdit. Pourtant parfois, quand il baissait sa garde, elle se frayait doucement un chemin jusqu’à lui. Là allongé dans sa cellule, il n’était plus seul. Et c’est sans doute ces moments dont il ne se souvenait que très peu qui l’avait probablement aidé à tenir aussi longtemps. Il n’aurait peut-être tenu pas plus, le souvenir se fendillant.

Il suivit son regard jusqu’à sa main qui se détendait et il en fut presque déçu. Il aurait préféré qu’elle le gifle, qu’elle lui montre toute la haine et la rancœur qu’elle avait à son égard. Il aurait aimé qu’elle laisse aller tous les sentiments qu’elle avait emmagasiné durant toutes ces années depuis la mort de son frère. Car il le savait, elle avait gardé ça pour elle, sans rien dire, elle avait bloqué chaque pensée, chaque sentiment comme si la réalité était trop dure pour l’affronter. Elle savait pas comment gérer ça Bee, c’est pour ça qu’il avait était là. C’est pour ça qu’il était fait. Et savoir que c’est lui qui lui infligeait ça sans pouvoir l’aider à comprendre et à déchiffrer chaque sentiment était la pire sensation qu’il pouvait ressentir. Si tu savais comme je suis désolé Bee. Mais ces paroles venaient huit années trop tard. Huit années qui l’avaient rendu froid, distant, impassible. Huit années qui l’avaient enterré avec Oz. Il aurait mieux fait d’y rester, dans ce trou.

« Mais je te remercie de m’en offrir le droit, bien que je ne pense pas en avoir besoin. » Oh non elle n’avait pas besoin de sa permission. Ce n’était pas dans ce sens là qu’il avait voulu lui… oh et puis. Un soupir. Pas contre elle. Contre lui-même. Un soupir d’exaspération, de lassitude, de lâcher prise. Il avait abandonné bien avant d’avoir essayé Reza. Il savait que sa cause était perdue il ne cherchait pas à remonter dans son estime, au contraire il espérait bien y rester, bien bien profond. Ne jamais remonter pour ne pas la faire souffrir à nouveau. Rester au point où elle le déteste et ne veut plus jamais avoir à le côtoyer. Ça lui convenait assez. Tant qu’elle n’avait pas à supporter sa présence, c’est tout ce qui importait.

« Pourquoi t’es là ? »

Et puis la question est posée. Une question qui en cache un millier. Tout comme le nombres de personnes qu’il aurait pu croiser sur la flotte. Il sait que par sa question elle veut en poser une tonne d’autres. Et il aimerait lui donner toutes les réponses, mais il n’a même pas celle-là. Pourquoi il est pas mort sur le Lady Grace ? Ou même pourquoi il est pas mort à la place d’Oz ? Il s’est posé tellement de fois la question, a supplié tellement de fois pour prendre sa place à une entité en laquelle lui-même ne croyait pas. Il donnerait tout, tout, pour prendre sa place, si elle savait, si elle savait à quel point il était désolé. Il demanderait même à ne jamais l’avoir connu, elle, pour ne jamais avoir à la faire souffrir ainsi. Jamais. Mais c’était trop demander. Personne ne pouvait répondre à ses prières, il le savait. Il avait à vivre avec. Et il devait lui donner les réponses qu’elle cherchait.

Ses yeux, il les supporte à peine. Il aurait bien essayé de détourner le regard pour ne pas avoir à l’affronter mais il sait qu’il ne peut pas. Il a pas le droit de lui faire ça. « Je… j’habite ici. » Il sait que ce n’est pas la réponse qu’elle attend. Mais qu’est-il censé lui dire ? Il n’a pas encore la force de parler d’Oz. D’un geste lent, comme s’il lui avait prit toutes ses forces pour ça, il lève le bras et lui désigne du doigt un vaisseau amarré non loin de là. Betty. Ça lui donne du sursis. Il a tellement de choses à lui dire qu’il ne sait pas par où commencer. Il ne lui demande pas à son tour ce qu’elle fait là, il n’a pas le droit de savoir. Et puis il sait qu’ils ne sont pas là pour parler de leurs vies. Mais bien de son erreur. Son bras retombe lourdement contre son corps et il reste un moment à la regarder sans rien dire. A-t-il le droit ? « Bee…  » Rien que son prénom lui arrache un battement. « Je… Je suis déso…. » Un bip strident retentit de sa poche et la voix étouffée de Charlie le coupe dans ses excuses.  « Reza, je ressens un comportement inhabituel de votre pouls, votre fréquence cardiaque est bien trop élevée. » Il tapote légèrement sur son terminal pour la faire taire mais elle continue à lui indiquer ses pulsations par minutes grandissantes et sa tension anormalement changeante. Bon dieu mais elle va se taire. « J’arrive jamais à la faire taire cette… » Marmonne-t-il dans sa barbe. Merci Charlie tu viens de ruiner ce moment. Surtout qu’il n’a jamais été très fort avec l’IA au contraire d’elle. Surtout depuis qu’il est revenu du Lady Grace, il a plus l’habitude Reza. Il donne un coup sur le terminal qui s’éteint dans un bruit sourd qui devrait étonner Reza mais il est plutôt soulagé qu’elle se soit tût. Son regard se lève jusqu’à Bee en face de lui et il se sent soudainement bien stupide. Un minable voilà le mot exact.

But what kills me the most, I'd still do anything for you
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