" You get the change and I give the truth" ~ Kara
MessageSujet: (#) " You get the change and I give the truth" ~ Kara     Dim 21 Jan - 16:43
La course, à défaut d’être une véritable passion, a le mérite de le garder éveillé la nuit, de remplir les heures d’ennui, de lui donner un prétexte pour fuir sa cabine. Surtout, il n’y a quasiment personne le soir, quand l’éclairage public devient minimaliste. Personne pour lui poser des questions, pour lui demander son avis sur les candidats à la gouvernance de la flotte, personne pour lui demander quels sont les ordres du commandant, personne pour plisser les yeux face à ses cernes, personne pour se retenir de lui faire un commentaire sur sa mauvaise humeur. Il n’y a personne sauf Kara et cette dernière est trop occupée à garder son souffle et leur rythme pour lui parler. Il écoute leur respiration, satisfait du peu de bruit les entourant. Leurs pas cadencés, leur souffle régulier, lui rappellent vaguement la mer et le roulis des vagues sur la plage.
Il balaie la pensée, agacé. Ce n’est pas le moment d’y penser. Ce n’est jamais le moment, c’est trop … Il ne trouve pas le terme juste, il n’y a pas de mot pour décrire cette sensation. Ce n’est pas de la douleur. La pensée de son abuela est douloureuse. C’est de la nostalgie, oui, mais c’est plus que ça. C’est un manque, véritablement et le poids qui lui tombe sur sa poitrine quand il repense à l’étendue bleuté qui a bercé son enfance, c’est presque encore trop lourd, malgré toutes les années passées. Il pensait que le temps atténuerait la chose. Ce ne fut pas le cas. Les souvenirs ne se sont jamais fanés, les photos lui rappellent toujours à quoi ressemble l’océan Pacifique au bord duquel il a grandi. Il se rappelle toujours de la sensation des vaguelettes trop froides contre ses chevilles, du sable qui engloutissait doucement ses pieds quand il restait trop longtemps sans bouger au bord de l’eau. Il se rappelle des mouettes qui volaient tout ce qu’il trainait.
Petit, la mer et son immensité l’impressionnait bien plus que le ciel. Ce n’est plus le cas. L’espace est infini, ce n’est pas le cas de la mer. Il a perdu son esprit d’enfant qui arrivait à s’émerveiller de pas grand-chose. Les murs froids de la flotte se sont reflétés en sa personne. Sa mère ne lui a jamais dit, mais il lui suffit d’intercepter un de ses regards, avant qu’elle ne détourne vivement les yeux. Un de ceux qui se demandent quand elle a perdu son fils. Il le sait lui. Il sait qu’à ses seize ans, une page a été tournée, que le mot casa est sortie de sa bouche en parlant de la flotte. Et voilà, c’était tout. Une petite réalisation de la part d’Uriel que sa mère ne semble toujours pas accepter. Elle voulait voir son fils étudier les océans, voir ses yeux briller en parlant de la faune maritime, parler avec emphase de ses recherches scientifiques. Elle n’a eu qu’un militaire, un homme qui parle peu, qui est capable de tuer et auquel on doit arracher chacun de ses sourires. Uriel ne sait pas si elle est déçue de l’homme qu’il est devenu. Il ne veut pas savoir. Il pense avec amertume qu’elle sera sans doute plus fière des bambins qu’elle élève avec les nouveaux parents. Les heureux élus. Ceux qui peuvent fonder une famille.
Une nouvelle fois, il chasse ses pensées. Elles vont trop vite, elles s'enchainent sans qu'il ne puisse les contrôler. Ça l'angoisse parfois. Il jette un regard à Kara, à ses côtés. Ils sont partis une quarantaine de minutes plus tôt. Ils sont arrivés à l'heure, se sont salués, ont échangé quelques phrases anodines qu'il a déjà oubliées et se sont élancés au rythme choisit par la jeune femme. Ça ne le dérange pas de réduire son allure. Il est allé nager avant, alors ça l'arrange même. Il le sait, quand Kara ne court pas, son esprit prend la relève pour débiter ce qui lui passe par la tête. Des fois, ça le fait sourire intérieurement. Souvent, il la regarde avec une lueur curieuse dans les yeux. Peut-être que son bagou aurait pu à lui seul la faire sortir de la mauvaise passe dans laquelle elle était entrée quand il l'a rencontrée. Peut-être que sa langue bien pendue aurait pu faire fuir les agresseurs. Peut-être.
Il est intervenu, sans trop se poser de questions. Depuis ils courent ensemble. Elle a d’abord refusé. Il s’est arrangé pour la rejoindre la fois d’après, ne lui demandant pas vraiment son avis. Et puis c’est devenu une routine. Ils ne parlent pas beaucoup d’eux et ça lui va. Il sait qu’il ne sera pas toujours là. Il sait que quand il sera absent, il ne se passera probablement rien. Il sait aussi que si l'inverse se produit, il s’en voudra, de ne pas avoir fait plus pour l’aider à se protéger. C’est la clef de la réussite chez les légionnaires, autant que le travail d’équipe. L’indépendance. Savoir prendre des décisions seul quand il le faut, savoir quoi faire quand on est séparé du groupe. Il essaie de préparer ses équipes à ça.
Il sait qu’à leur rythme, Kara ne répondra sans doute pas s'il lui fait part maintenant de son idée. C’est un moment stratégique pour ne pas la laisser le couper.
- J’ai bientôt des missions nocturnes prévues en extérieur, je ne serai pas là pour courir.
Il ne dit pas « t’accompagner ». Il n’aime pas ça. Il ne sait plus trop qui accompagne qui. Elle brise un peu sa solitude, sa présence suffit.
Il se dit que l’entrée en matière est un peu brusque. Tant pis. Elle doit assez le connaitre pour savoir qu’il ne s’embarrasse pas de paroles inutiles.
- Je peux t’apprendre quelques mouvements de self-défense. Et avant que tu demandes, non ce n’est pas compliqué, oui c’est utile.
Il ne ralentit pas, surtout pas. Il leur reste quelques minutes avant la fin de leur parcours, autant en profiter pour qu’elle pense à sa proposition.
- On a presque fini.
Pas le genre de phrase qu'il est habitué à sortir. C'est une évidence, Kara connait le parcours aussi bien que lui. Mais le sous-entendu est là. Attends avant de dire non. Ça va être marrant. Peut-être que le mot est un peu fort. Intéressant serait plus adapté. Mais Uriel s'amuse indéniablement plus quand il s'agit de se battre que quand il faut choisir ses mots.
MessageSujet: (#) Re: " You get the change and I give the truth" ~ Kara     Dim 21 Jan - 21:12
You get the change and I give the truth.


Uriel Ramirez Un, deux. Inspire. Un, deux. Expire. Ses pas qui frappent le sol en cadence, l'écho léger qui se répercute contre les murs dans les couloirs vides, amplifié. Elle n'entend même plus les sons produits par Uriel, leurs foulées désormais similaires. Kara se retrouvait à apprécier ces courses nocturnes. Qui l'aurait crût ? Il fallait croire que les insultes n'étaient pas la meilleure des motivations. Elle devrait penser à le dire à Anastasia. Le silence faisait l'affaire, la solitude aussi. Aller à son rythme, sans pression extérieure.
Même si Uriel partageait désormais ces moments-là, Kara appréciait son silence – il fallait dire qu'à la moindre critique, elle aurait pu lui bondir dessus. Aussi se disait-elle tolérer sa présence … même si, au fil du temps, elle avait réussi à apprécier sa présence. Comme une ombre rassurante, qui lui permettait de sortir à nouveau une fois les nuits tombées. Provoquer, et récolter ce qu'elle semait, ça, elle savait gérer. Les agressions physiques sans raison, pas vraiment. Parfois, ce souvenir revenait la hanter – quand elle repassait devant le lieu, quand elle croisait des silhouettes qu'elle s'imaginait familières. Néanmoins, ces moments d'appréhensions disparaissaient avec le temps, elle faisait de son mieux pour oublier. Ne pas y penser. Alors elle laissait ses pensées vagabonder ailleurs – courir occupait son corps, son rythme respiratoire ses pensées. Pourtant, au bout de quelques minutes, son subconscient prenait le dessus. Parfois emporté dans le tourbillon de la galaxie, parfois englouti par ses recherches en cours. D'autres fois encore, son estomac préoccupait ses pensées, et elle passait près d'une heure à imaginer son futur repas. Le plus souvent, pourtant, elle se prenait  à répéter ses chansons, s'autorisant parfois à fredonner entre deux respirations. La majorité du temps, le silence les enveloppait, le travail de ses muscles pour seule distraction. Elle préférait ; puisque si elle commençait à parler, elle perdait automatiquement son souffle et elle faisait mieux de s'arrêter plutôt que d'essayer d'allier les deux.

Les échanges se devaient donc d'être brefs, concis et nécessaires. De toute façon, Uriel ne lui semblait pas être un grand bavard, et le superflu rare. Elle en savait d'ailleurs assez peu, sur sa vie, et lui ne posait pas beaucoup plus de questions. Cette situation leur allait bien, au fond – aussi ne répondit-elle rien quand il lui annonça ses changements d'horaires, et les conséquences de celles-ci. Soit ils s'adapteraient, soit elle reprendrait ses jogging en solitaire – lui semblait avoir fait son choix. Une pointe d'appréhension la fit cependant mordre l'intérieur de sa joue, pensive. Elle attend. Elle court. Ils verraient bien, ils pourraient en discuter plus tard, après avoir fini leur tour. S'il y avait quelque chose à discuter.
La suite l'étonne un peu. Elle ne réalise pas tout de suite, Kara, occupée à aligner ses pas avec les nouvelles information qu'il lui transmettait. Un rictus se dessine sur ses lèvres quand il se met à anticiper ses réactions, et elle lui coule un regard de travers. Il savait très bien qu'elle ne lâchait pas un mot pendant son effort, et qu'ils étaient bientôt arrivés. Ce qu'il ne manqua pas de lui préciser.
Elle ne se bat pas. Elle ne sait pas. Elle ne peut pas. Elle ne veut pas. C'est simple, pourtant, à comprendre. Il l'avait bien vu. Prise au piège, elle ne court pas, elle ne réplique pas – elle s'arrête. Elle s'arrête et elle insulte, c'est son seul mécanisme de défense. Alors, la question ne se trouvait pas vraiment dans l'utilité de l'exercice. Pour lui dire, cependant, il faudrait déjà terminer celui-ci. Il ne leur restait que quelques centaines de mètres, à peine. Après un dernier regard vers son compagnon d'un soir, la tentation de répliquer sur le bout de la langue, elle le lâche finalement du regard pour piquer un sprint. Elle pouvait le faire. Même après la longue course, qui s'accumulait dans ses jambes. Même avec la fatigue qui tiraillait ses muscles. Elle pouvait finir plus vite, plus fort. Pour libérer sa parole. Pour défier le légionnaire, aussi, et lui montrer qu'elle avait encore des forces en elle.
Si ses jambes acceptèrent l'effort sur la distance restante, Kara manqua presque de s'écrouler une fois arrivée. Elle se força à marcher, s'étirer, et souffler convenablement pour récupérer … ce qui lui faisait perdre autant de temps que si elle avait terminé normalement leur parcours. Lorsqu'elle retrouva une respiration suffisante, qui ne la forcerait pas à s'étrangler sous les mots, elle leva les yeux vers Uriel. Putain ! Bon, ok, elle pouvait faire mieux. Si je dis non, tu fais quoi ? Ce n'était pas ça, pas exactement ça. Elle haussa les épaules, cherchant une meilleure formulation pour exprimer ses pensées. Comment faire pour qu'il se mette à sa place, là, dans ses chaussures ? Elle ne chercha pas longtemps – son instinct lui dicterait les mots. Kara ne savait de toute façon pas faire autrement. J'suis pas … J'peux pas ! Merde ! J'suis pas un putain d'officier, tu vois ? J'peux pas me balader et fracasser les tronches qui m'plaisent pas, j'ai pas envie d'pourrir avec la vieille Grace ! Elle n'était pas protégée par un quelconque statut dû à son métier – et quand bien même, ça ne lui traversait pas l'esprit. Cracher sur les enflures, oui, les insulter, c'était son péché mignon, mais frapper ? C'était totalement différent. Une barrière physique qu'elle ne franchissait pas. Même si on ne lui demandait pas de frapper quelqu'un, mais de se défendre, pour elle, c'était du pareil au même. Puisque de toute manière, personne ne la prendrait au sérieux dans un cas de self-défense ; tout le monde assumerait qu'elle l'avait provoqué. Et elle avait peur que ça, il ne le comprendrait pas.
MessageSujet: (#) Re: " You get the change and I give the truth" ~ Kara     Lun 22 Jan - 22:35
Il la voit accélérer, subitement, et ça le fait sourire. Il la laisse tourner au coin du couloir, la perd de vue. Il entend toujours ses pas qui martèlent le sol froid et son souffle qui s’emballe. Il sait qu’il n’a pas besoin de la suivre de plus près. Il sait dans quel état elle sera quand il arrivera à son niveau. Il ne pensait pas qu’elle terminerait la course aussi vite. Elle arrive toujours à l’étonner Kara et c’est peut-être aussi ça qui fait qu’il accepte de courir avec elle de bon cœur, de rompre la routine des légionnaires. Il comptait sur les dernières minutes à faire pour qu’elle pense à sa proposition. Mais il aurait dû s’en douter, que ce ne serait pas aussi simple.
Quand il la rejoint, il a un sourire mi amusé mi moqueur sur les lèvres, un de ce qu’il ne se permet qu’à la faveur d’un éclairage trop faible. Un vrai sourire cependant, un qui plisse le coin de ses yeux. Pas grand-chose finalement, le genre de sourire qu’il voit tous les jours sur le visage des autres. Elle, elle ne sourit pas. Bien sûr que non. Elle reprend son souffle alors qu’il attend et fait de même. Il n’ajoute rien, ne fait pas de commentaire, ce n’est pas utile. Il attend juste qu’elle vide son sac. Elle va forcément le faire, elle n’aurait pas couru aussi vite pour rien. Il ne l’a jamais vu aussi motivée.
- Putain !
Rien de surprenant jusque-là.
- Si je dis non, tu fais quoi ?
Il la dévisage, surpris. Ses sourcils se froncent alors qu’il laisse les mots flotter dans l’air, un peu perdu. Il n’a pas le temps de dire « rien » (parce que pourrait-il faire ? A part s’inquiéter au détour d’un creux dans une mission ? Avoir une rapide pensée pour elle avant de se replonger dans le boulot ? Il se demande si le chantage affectif marcherait pour la convaincre. Sans doute pas vu sa réaction).
Elle enchaine et il comprend vite que la conversation est mal partie. Tout s’emmêle alors que les réponses affluent à l’esprit d’Uriel. Il tique sur sa référence aux officiers. Elle ne semble pas comprendre que ce ne sont pas des gros durs sans cerveau. Elle ne semble pas savoir qu’ils ne sont pas censés tabasser les gens. Mais les rumeurs ont toujours une part de vérité, parait-il, alors il s’inquiète un peu de ce que ça implique. Surtout, elle n’a pas compris ce qu’il a voulu dire. Peut-être que c’est de sa faute, il n’a jamais trop su communiquer, sauf avec ses équipes, quand il s’agit d’actions, de procédures, de formations à respecter, d’ordres à transmettre. Ou plutôt si, il savait communiquer avec les autres, mais c’était sur Terre, quand il pouvait parler espagnol aussi couramment que l’anglais. La flotte semble avoir drainé de son esprit la langue qu’il chérit tant et il lui en veut.
- Les officiers ne cassent pas des gueules quand ça leur plait.
La réponse est peut-être un peu sèche. Sans doute même. Sans doute qu’il le prend trop au sérieux, parce que Kara, ce n’est probablement pas ça le message qu’elle voulait faire passer, ce n’était pas une question d’officiers qui se battent, ce n’était pas une pique à son corps de métier. Mais Uriel, les légionnaires, l’armée, c’est sa vie, sa raison de vivre alors il répond.
Il se calme un peu. Pendant une seconde il ne répond rien avant que sa voix ne s’adoucisse :
-  Je ne veux pas t’apprendre à te battre pour aller frapper les gens que tu n’aimes pas. Je ne veux même pas t’apprendre à te battre, juste quelques trucs de défense, pour quand je ne serai pas là.
Parce que Kara qui sait se battre aussi bien qu’un officier ? Hell, no. Elle a déjà la parole, si c’est pour y rajouter des gestes, il souhaite bien du courage à ceux qu’elle n’apprécie pas.
- Je peux comprendre que ça ne te plaise pas, c’est comme tu veux. Mais ça ne dépend pas de ce que tu es.
C’est un mensonge. Il ne comprend pas. Il ne comprend pas comment on ne peut pas aimer l’action, comment on ne peut pas aimer le travailler d’équipe avec ses collègues, quand ils sont sur le terrain, comme une machine bien huilée, avec ce sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand et de plus beau. Les légionnaires lui font ressentir ça, bien plus que la contemplation de la flotte à la nuit tombée, des couloirs du nœud. Bien sûr, avec la Fédération aussi, il appartient à un grand mécanisme et est aussi petit qu’un grain de sable. Mais les légionnaires le font vivre, véritablement. Il peut comprendre l’attrait des bureaux, de la science, de l’éducation, des machines et de tous les métiers de la flotte. Mais il ne comprend pas qu’on puisse refuser catégoriquement de savoir se défendre soi-même, de devoir dépendre des autres.
MessageSujet: (#) Re: " You get the change and I give the truth" ~ Kara     Sam 27 Jan - 17:32
You get the change and I give the truth.


Plus vite. Plus vite. Plus vite. Ses pas martèlent le sol au rythme du sang qui frappe ses tempes. Elle perdait la course contre elle-même, négligeait ses besoins et son souffle, le regretterait plus tard. Pour l'instant, tout cela ne comptait pas. Pour l'instant, il n'y avait qu'elle et son fantôme, qu'elle et ses pensées envahissantes, qui prenaient trop de place, là, entre ses synapses asphyxiées. Les points d'interrogations s'entrechoquaient, et le vacarme silencieux gisait entre ses mâchoires fermées.
Elle venait de finir le tour, de franchir la ligne invisible après laquelle elle s'écroula, son dos se tordant convulsivement. Ses poumons à la recherche d'oxygène criaient famine, lui rappelant toutes les précautions ignorées des conséquences d'un tel effort. Pendant quelques brèves secondes, il n'y a que les regrets qui occupent ses pensées, que sa respiration qui importe. L'air ventilé, recyclé, saturé projeté par les trappes de l'Argus ne l'aidait pas vraiment. Son gardien d'un soir avait eu le temps de revenir, brisant l'avance qu'elle avait pensé gagné un instant. Elle ne pouvait même pas encore l'engueuler, ses voies respiratoires trop encombrées pour cela. Ravalant sa fierté avec sa salive, le métronome accumule les secondes de trop. Durant ce laps de temps, elle avait l'impression que quelqu'un aurait pu avoir le temps de découvrir trois planètes et un trou noir, une douzaine d'étoiles et d'apprendre un nouveau langage. Quand son palpitant décida qu'elle n'avait plus besoin d'haleter pour fonctionner, ses fonctions vitales reprirent le dessus et un juron s'échappa de sa bouche quand elle croisa son regard.

Il y avait tant de choses qu'elle ne comprenait pas dans ce qu'il lui proposait. Des principes abstraits, des raisons qu'elle ignorait. Kara se sentait coincée par cette proposition qui sonnait comme une obligation dans sa tête, en désaccord avec ses principes et sa façon d'être. Peut-être qu'elle se trompait. Peut-être qu'elle avait raison. Mais sa meilleure défense avait toujours été l'attaque verbale, pas l'assaut physique. C'est donc ce qu'il se produit, alors qu'elle s'applique à remplir le silence avec ses théories. S'il était légionnaire, elle, ne l'était certainement pas. Elle a l'impression de s'être un peu perdue en route, en laissant des morceaux d'elle derrière.
Elle espérait qu'il comprendrait quand même le principal – mais elle ne put s'empêcher de pencher la tête sur le côté et d'exprimer son désaccord à l'aide de ses sourcils. Les officiers ? Ne pas casser les gueules des gens quand ça leur chante ? Ils ne devaient pas connaître les mêmes types, alors. Mais ce n'était pas vraiment le sujet principal de la conversation, aussi se retint-elle à grand peine de dévoiler le fond de ses pensées.

Uriel finit donc par en dire un peu plus sur ce qu'il avait derrière la tête. Il fallait se rendre à l'évidence, elle n'entendait qu'à moitié sa réflexion. Ses capacités de concentration étaient affectées par son premier jugement, par son habitude et son aptitude quasi naturelle à rejeter un peu tout, le bon sens commun, la connerie humaine, les normes, les autres. Même s'il faisait tout son possible pour minimiser la chose, maintenant qu'elle avait dit non, ses principes entravaient un peu son choix.
Je ne sais pas, finit-elle par avouer. Cela lui coûtait de le faire. Les obstacles qu'elle s'imaginait rendait le tout compliqué. Ses peurs – celles qu'elle s'efforçait de dissimuler aux yeux du monde – et son amour du challenge se débattaient férocement.
Est-ce que les choses se seraient passées différemment si Uriel l'avait mise au challenge ? Oui, sans doute. Et cela l'effrayait. Cette capacité à tout jeter par-dessus son épaule dès que l'on piquait son estime. A sauter dans le vide, à danser avec les étoiles, pour la rançon du succès. Ce que je suis, foncièrement têtue et tête brûlée, fait que je ne peux pas me battre. J'estime que nos choix nous définissent. Du moment que l'on a le choix, en tous cas. Elle ferma les yeux, un instant.
Puisque la suite logique à ses paroles allait à l'encontre de tout cela. L'exact inverse. Le tort qui aliénait sa raison. Et comme je suis au regret de t'annoncer que si, certains connards d'officiers se baladent avec l'envie de casser tout ce qu'ils pourraient trouver sur leur chemin, je suppose que cela confirme ton point de vue. Que ça pourrait être utile.
MessageSujet: (#) Re: " You get the change and I give the truth" ~ Kara     

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