Reborn. [Willhem]
MessageSujet: (#) Reborn. [Willhem]     Dim 14 Jan - 20:33
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Âge : 35 ans même s'il en paraît plus, abîmé qu'il est par ses deux années passées sur le Lady Grace.
Occupation : Mécanicien. Fut-ce un temps où l'armée était sa vie. Piloter aussi. Fut-ce un temps.
Habitation : Aujourd'hui sur le Columbiad, il vivait auparavant sur l'Argus One et cet endroit lui manque. Cruellement. Par contre, le Lady Grace sur lequel il a passé deux ans ne lui manque absolument pas.
Arrivée : En 2200. Il avait à peine 8 ans quand il a quitté la Terre. On a suivi maman et papa. Les souvenirs de la Terre s'effritent au fil du temps. Un peu trop à son goût.
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Reborn.


Un regard en biais pour son vieux baluchon en cuir sur lequel sont posés plusieurs médicaments. Un soupir et il entreprend de ranger le tout. Les gestes sont lents, peu assurés. Un peu de bruit et il se détourne de ce qu'il est en train de faire. Son regard bleu azur se pose sur la psychiatre qui affiche un sourire qui se veut apaisant. Tout, dans son attitude se veut apaisant. Cela ne suffit pourtant pas à calmer le chaos intérieur et pourtant invisible de Jyreese. Il termine de ranger les médicaments et referme le baluchon avant de se redresser.

« Prêt ? »

La question fuse et la réponse se fait attendre. Il ne l'est pas véritablement non. Il reste ainsi muet, détourne son regard et termine par se rasseoir sur le bord du lit médicalisé, lourdement, péniblement. Il est bien sûr reconnaissant d'avoir quitté le Lady Grace mais de là à se sentir parfaitement prêt à entreprendre de se reconstruire une nouvelle existence... De là à se sentir prêt à revoir ses proches, sa mère, son frère... Une boule se forme dans sa gorge alors qu'il fronce les sourcils, persistant dans son mutisme. La psychiatre vient s'asseoir à côté de lui sur le lit. Il sent son regard peser sur lui mais s'obstine à regarder un point fixe droit devant lui.

« C'est normal d'avoir des doutes et des peurs. C'est long deux ans. Il va vous falloir du temps.
- Ce n'est pas que moi. »

La voix s'élève enfin. Doucement. Douloureusement. Il a perdu l'habitude de parler parce que finalement, là-bas, il ne parlait guère beaucoup. Sauf avec Ethan mais l'habitude s'est perdue oui. Il a l'impression que sa voix n'est plus véritablement la même, pas plus qu'il n'est lui, le même qu'auparavant. Un nouveau silence. La psychiatre ne pose pas de questions, préférant le laisser faire le cheminement seul, préférant le laisser s'exprimer comme bon lui semble et cela finit par venir. S'il garde résolument son regard détourné de la femme, il parvient à donner vie à ses pensées.

« Eux ils n'auront pas beaucoup changé. Mon frère, ma mère... Mais moi... » La boule dans sa gorge se fait plus oppressante au fil des secondes. « Moi j'ai changé. Pas que dans mon apparence j'ai changé et ma mère ça va... » Il repense à la mort de son père, à la façon dont ça l'a abîmée. A sa condamnation à lui et à la façon dont ça l'a abîmée également. « J'ai peur que finalement me voir lui fasse plus de mal que de bien... »

Et voilà qu'il baisse le visage en fermant les yeux. Elle est sincère cette peur. Véritablement sincère. Il craint de faire souffrir sa mère.

« Vous n'avez sans doute pas autant changé que vous le pensez.
- Vous ne me connaissiez pas avant. »

Le ton est un peu plus sec parce qu'il n'apprécie pas son affirmation alors qu'elle ne le connaît que depuis une dizaine de jours.

« C'est vrai, je n'ai jamais lu que votre dossier mais je vous observe depuis dix jours et je vous vois, maintenant. »

Et ça attise un peu la curiosité de Jyreese alors, il daigne enfin relever son regard vers la psychiatre qui l'observe avec une sincère douceur dans le regard mais également de la résolution, de la détermination : sans aucun doute parce qu'elle est certaine de tout ce qu'elle est en train ou sur le point d'avancer.

« Vous êtes libéré. Vous allez vous retrouver au milieu de la foule, au milieu de personnes qui, pour la plupart, ne vont pas vous comprendre ni même vous accepter et vous en avez parfaitement conscience puisque nous en avons discuté. Et pourtant, vous êtes là, à vous inquiéter pour votre mère et vous ne seriez pas quelqu'un de bien ? » Il serre la mâchoire. « Un homme qui est sur le point de vivre des épreuves supplémentaires et qui continue de s'inquiéter pour sa famille est un homme bien. Vous êtes un homme bien Jyreese. » Elle pose une main rassurante sur son épaule. Il ferme les yeux. « Tout va bien se passer. »

Il voudrait pouvoir la croire mais il ne peut s'empêcher de s'inquiéter, de craindre pour la suite. Oui, on lui a trouvé un emploi. Oui, il a un endroit pour vivre. Mais le reste... C'est bien le reste qui va être compliqué. S'adapter à la vie civile doit être déjà difficile à la base mais quand on sort de détention... Quand on a son passé... Une autre personne entre, on lui fait signe qu'il est temps, qu'on l'attend. Le cœur s'emballe et il se redresse avant de se saisir de son baluchon. La psychiatre a encore un geste rassurant avant que Jyreese ne visse son bonnet noir sur sa tête (un bonnet dont il n'arrive pour le moment pas à se défaire) puis ne suive l'infirmier. Et plus les pas le rapprochent de la sortie, plus il se sent mal. La tête lui tourne. Tout ça s'accélère, tout ça va soudain beaucoup trop vite. Il lui faut d'ailleurs s'arrêter un instant, s'appuyer contre un mur blanc, glacial, reprendre sa respiration, se calmer.

« Tout va bien ? »

Il ne répond rien tant la question est stupide. Si stupide...

« Vous avez besoin d...
- C'est bon. On peut y aller. »

Il coupe court. Il ne veut pas épiloguer. Il ne veut plus de questions. C'est compliqué parce qu'il veut sortir et en même temps il serait bien resté planqué sur le Regina Mercy encore quelques temps. L'infirmier le laisse aux abords de la passerelle où il présente son Terminal aux douaniers. On lui a laissé le choix et il a voulu passer par là. Il a voulu prendre le temps, observer l'espace et son infinité, sa beauté. Sa Terre a beau lui manquer, là, aujourd'hui, il ne pouvait pas ne pas prendre une passerelle : il ne pouvait pas s'enfermer dans une navette. Parce qu'il a besoin de cette impression de liberté. De grandeur. Et il s'y lance enfin. Les minutes sont longues mais là, il parvient à se sentir quelque peu apaisé. Il s'arrête plusieurs fois pour observer les étoiles, pour observer les vaisseaux. S'il voit le nœud, il aperçoit les ailes également, il aperçoit au très lointain le Lady Grace et reste un moment à fixer le vaisseau. Son purgatoire comme il l'appelle. Il n'oubliera jamais. Jamais. Il se remet en route et plus ses pas le rapprochent du bout de la passerelle, plus le semblant d'apaisement qu'il a réussi à ressentir s'évapore. Parce qu'il a conscience qu'ils l'attendent au bout. Le cœur s'emballe encore, et encore. Il a besoin plusieurs fois de reprendre sa respiration. Et, quand il arrive enfin au bout, ses jambes lui semblent si lourdes qu'il a du mal à avancer. Un peu dépassé encore une fois par la rapidité avec laquelle tout se passe, il présente son Terminal aux douaniers qui le laissent passer et c'est là qu'il les voit. Sa mère. Son frère. Ils sont un peu plus loin. Premiers regards échangés depuis un peu plus de deux ans. Et il se fige un instant Jyreese. Il se fige. Pétrifié. Parce qu'il voit la fatigue sur le visage de sa mère, c'est d'ailleurs la première chose qu'il remarque. Parce qu'il voit ses yeux s'écarquiller en voyant son fils qui n'est plus totalement son fils, qui a bien changé : cheveux plus longs (bien qu'ils soient pour le moment cachés sous son bonnet), barbe, et son visage... Il a conscience que ses traits à lui aussi sont fatigués, marqués, qu'il n'a pas pris deux ans mais bien plus... Tellement plus... Les larmes de sa mère... Il ne voit soudain plus que ça alors qu'elle fonce jusqu'à lui. Il en laisse tomber son baluchon au sol et la réceptionne dans ses bras. Il la serre. Il la serre si fort.

« Maman... » qu'il dit la voix tremblante, les sanglots se faisant soudain menaçants. Ses doigts se crispent autour du corps fin de sa mère, plus fin que dans ses souvenirs : elle a maigri. « Maman... » qu'il répète une seconde fois en cachant son visage à la barbe broussailleuse dans le cou de sa mère. Se passent quelques instants ainsi, simplement ponctués par les sanglots presque silencieux de la mère et du fils et elle se recule finalement un peu, vient poser ses mains fragiles sur les joues de son garçon qu'elle couve du regard.

« Tu vas bien ? Hein ? Tu vas bien ?
- Oui maman. Oui. Je vais bien. »

Pas vraiment mais ça pourrait être bien pire. Il reste un instant à regarder sa mère, ses larges mains abîmées venant se poser sur les mains de sa mère qui sont toujours posées sur ses joues et puis son regard se détourne d'elle pour se poser sur lui. Sur lui. Et à l'instant où il le voit, il n'a plus d'yeux que pour lui et pour lui seul. Pendant un instant, oubliée la rancune, oubliée la colère. Ne subsiste que l'amour profond qu'il ressent pour son jumeau qu'il retrouve enfin. Enfin, alors, il lâche sa mère. Il la lâche et fonce jusqu'à Willhem.

Il fonce dans les bras de sa moitié.




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MessageSujet: (#) Re: Reborn. [Willhem]     Mar 23 Jan - 0:15
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Âge : Trente cinq années de manigances.
Occupation : Ingénieur en cybernétique & officieusement à la tête d'un réseau de recel et revente de pièces détachées au marché noir.
Habitation : Regina Mercy, dans une cabine cossue.
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L’attente, interminable, devant la large porte du Lady Grace. La sortie, enfin, de celui, plus jeune de seulement quelques minutes. Le second jumeau, la moitié d’âme de l’ingénieur qui se tient là, debout, campé dans une position ferme, les bras croisés contre son torse. Wilhem tapote nerveusement de ses doigts contre sa peau. Les minutes lui semblent des heures alors que pourtant, il reste silencieux aux côtés de sa mère. L’unique parente encore en vie, qui semble aussi figée qu’une statue. Aucun signe de nervosité, de sentiment. Rien. Seulement une mine stoïque qui laisse l’ingénieur perplexe. Aussi, il en vient à fixer l’imposante porte métallique. Ses yeux clairs se perdent dans la contemplation du mastodonte. Il repense à ces deux longues années. Rétrospective silencieuse de toutes les péripéties le concernant, les concernant, Jyreese et lui. La connexion, forte, entre les jumeaux. Malgré le fait qu’ils n’ont pas la ressemblance physique, tout le reste va de pair avec ceux qu’ils auraient dû être. Leur lien est intense, si bien que même éloigné l’un de l’autre, même loin du joug de la moitié, les émotions ont pu être ressenties. Wilhem, paniqué, lorsqu’il a pu sentir la vive douleur de Jyresse. Percevoir ses cris, son mal-être, comme s’il avait assisté à la scène sans pouvoir réagir, les mains liées dans le dos. Incapable de rester concentré, incapable de chasser l’appréhension, il a déboulé totalement fou, dans le cabinet d’Ithan, prêt à tout retourner. Il était là, derrière la porte. L’homme a pu entendre les cris de son frère, puis l’apaisement. L’opération, sans pouvoir s’approcher, sans pouvoir le voir, le toucher, le rassurer. Quelque chose. Barricadé par le personnel du Lady Grace. Pas de visites, même en cas d’urgence. Criminel, tueur, qu’il était, qu’il est encore, dans le fond, Jyreese. Wilhem se souvient encore de la douleur dans sa poitrine. Du poids immense. Des larmes impossible à ravaler, déversées sans honte sur la blouse d’Ithan, auquel il s’accroche avec force et rage. Il n’aurait pas supporté le perdre, son jumeau. Il ne peut supporter le perdre. L’impuissance à son paroxysme, durant ces deux longues années. Semblant sans fin.

L’ingénieur dégluti, reprend un moment conscience. Il détourne le regard, se frotte le visage et fait quelques pas. L’attente, trop longue, les minutes qui s’écoulent et sa mère qui ne flanche pas. Qui ne lui accorde qu’un bref regard en coin. « Calme toi, il va arriver » Lâche t-elle soudainement, brisant le silence mécanique régnant dans les lieux. L’homme tourne la tête vers elle. « Mais comment peux tu être si calme putain ?! » Il jure, il sort de ses gonds et sa mère soupire. « Wilhem » Dit-elle, plus sèchement. Il sait. Il sait qu’il ne doit pas jurer. Il sait que sa mère prône les bonnes manières et la bienséance, depuis toujours. Et que face à elle, il demeure encore le jeune garçon turbulent, débrouillard et bricoleur, qu’il est encore, dans le fond. Qu’il sera toujours. Simplement quelques années de plus sur le corps et le visage. « Je sais, je sais, ne pas jurer » Soupir agacé alors qu’il s’immobilise de nouveau sur ses pieds, droit et pourtant incapable de tenir en place. Jouant avec ses doigts, ses mains, ce petit bracelet de cuir brun, trouvé au marché noir, dont un petit morceau de jade sert de seule décoration. Simple, mais l’esthétique désuète du bijou lui a plus. Comme un relent d’un passé qui s’étiole, avec le temps, avec les années. Il le fixe, un moment, comme pour essayer de canaliser le flot tonitruant de ses pensées. Mais rien n’y fait. Un seul gros bruit métallique le fait sursauter, lever les yeux vers l’imposante porte, espérant y voir se dessiner le visage bien connu de son frère. Un millier de questions, le sang qui bouillonne et le cœur qui palpite, jusqu’à ce qu’enfin, la porte s’ouvre pour de bon. Laissant ses bras pendre le long de son corps, sa mère se saisit de sa main, au plus proche d’elle, comme pour encaisser tout éventuel choc, dû à la vision altérée de son fils plus jeune de seulement quelques minutes.

Il est là, il se dessine enfin, la démarche hésitante, clopinant par moment, le dos voûté et la mine fatiguée. Le cœur de Wilhem se serre alors qu’enfin, il arrive à leur niveau. Plus que jamais, sa culpabilité le heurte en plein visage alors qu’il détaille du regard les traits épuisés, abîmés et changés de son jumeau. Il peut ressentir une vive douleur dans ses entrailles, si bien qu’il se fait violence pour ne pas tomber à genoux. La première étreinte est entre Jyreese et sa mère. Wilhem ravale ses larmes, ravale sa peine, jusqu’à ce que son frère se tourne enfin vers lui pour se jeter dans ses bras. Les larmes lui échappent comme un peu de sable fin entre les doigts. Elles glissent, elles roulent sur ses joues tandis qu’il encaisse le choc. Mélange d’un bonheur immense et d’une tristesse abyssale. Responsable, de toute cette peine, du mauvais réflexe de Jyreese en ayant voulu le défendre. Peut être que s’il était mort, ce jour là, Jyreese n’aurait jamais souffert comme il l’a fait pendant deux ans. Ou si seulement, il avait réussi à éviter le violent choc à la tête pour se défendre correctement, lui même. Passé sur lequel il ne peut pas revenir, passé fait d’hypothèses et de suppositions, pour tenter de retirer un peu du poids posé sur son cœur, et sur son âme. « Jy… » Le murmure est presque une supplique, alors qu’il n’arrive pas à le lâcher. Qu’il le serre encore et encore contre lui, incapable de réaliser vraiment. Incapable de se soustraire à cette étreinte. « Les garçons, venez avec moi, dans ma cabine, nous devons fêter ça, nous devons… Nous retrouver un peu en famille » Pragmatisme maternel. Et lorsque Wilhem lâche enfin son frère, pour redresser un regard ému vers sa mère, il comprend toute la détresse de cette dernière. Toute la peine, aussi, de voir son fils revenir dans cet état. Elle ne sait pas, le pourquoi du comment. Jamais Wilhem n’a eu la force de lui dire que tout ça n’est que de sa faute. Sa faute à lui et à ses petits trafics. Mais comment réagirait-elle ? La crainte de ne lui faire que plus de mal. De la faire souffrir un peu plus, elle déjà affligée depuis des années par la perte de l’être cher et l’emprisonnement d’un de ses fils. L’ingénieur n’a pu s’y résoudre. L’homme n’a pu s’y résoudre. Wilhem s’essuie alors les yeux du revers des mains, avant de lâcher un soupir sonore, un brin soulagé, une esquisse de sourire sur le visage. « Aller vient p’tit frère, on a du temps à rattraper » Dit-il en passant un bras sur ses épaules. Inutile de lui dire à quel point il est heureux de le voir. À quel point il lui a manqué, à quel point il veut passer du temps avec lui, plus que jamais. Jyreese le sait, Jyreese le sent, parce que les jumeaux, n’ont pas besoin de mots.




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MessageSujet: (#) Re: Reborn. [Willhem]     Sam 27 Jan - 21:06
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Occupation : Mécanicien. Fut-ce un temps où l'armée était sa vie. Piloter aussi. Fut-ce un temps.
Habitation : Aujourd'hui sur le Columbiad, il vivait auparavant sur l'Argus One et cet endroit lui manque. Cruellement. Par contre, le Lady Grace sur lequel il a passé deux ans ne lui manque absolument pas.
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Reborn.


Le contact arrive, il est là. Première étreinte avec sa moitié depuis deux ans maintenant. Deux ans. Et Jyreese, alors qu'il s'accroche à son jumeau, alors que ses mains abîmées plus que de raison s'agrippent à Willhem, il a l'impression que ça fait bien plus longtemps qu'il ne l'a pas vu, qu'il ne l'a pas serré dans ses bras, qu'il n'a pas senti son odeur. Pas deux ans. Plus. Tellement plus. Une éternité. Et quand la voix de Willhem s'élève dans un murmure, quand il prononce son surnom, Jyreesse se tend encore plus, s'accroche encore plus, plaque sa tête contre la tête de son aîné et ferme les yeux, pleurant silencieusement. La vérité c'est qu'il est incapable de prononcer le moindre lui. Incapable. Il craint trop que ce ne soit pas un mot qui sorte de sa bouche mais une plainte, la plainte douloureuse des années qui ont séparé les jumeaux. La plainte de ce qui a été subi. La plainte de tout ce qui a été perdu. Le temps s'arrête pendant ce temps, pendant cette étreinte forte, indispensable. Et c'est finalement la voix de leur mère qui met fin au silence qui entoure les jumeaux, qui met fin au moment, qui arrache les deux hommes à leur bulle tout juste recréée. C'est Willhem qui relâche en premier son étreinte, Jyreese étant en fait physiquement incapable de se défaire de son frère. Il essuie maladroitement son visage en observant son frère en silence qui lui observe leur mère. Jyreese regarde, scrute, cherche la moindre différence sur le visage de son jumeau mais il ne lui semble pas avoir changé. Seul sont regard a quelque chose de différent. Pendant une seconde, Jyreese se demande si c'est à cause de son absence prolongée ou si c'est autre chose. C'est à cela qu'il songe quand Willhem l'arrache au dit songe en passant un bras autour de épaules de Jyreese tout en lui disant qu'il est temps d'y aller, qu'ils ont du temps à rattraper. Willhem ne se rend sans doute pas compte... Il ne sait sans doute pas à quel point ces quelques petits mots sont douloureux. Pas au moment où il les prononce mais il doit bien le sentir après car si Jyreese parvient à ressentir à quel point Willhem est heureux de le retrouver, lui doit bien sentir la douleur de son frère, la difficulté qu'il a, juste à se tenir là, à songer au temps à rattraper qui est en fait irrattrapable malheureusement. Ainsi, Jyreese se contente de hocher la tête à l'affirmative, allant ainsi dans le sens et de son frère, et de sa mère. Il s'éloigne de son frère juste le temps d'aller récupérer son balluchon et revient se placer tout près de Willhem qui l'attend le bras tendu. Ils suivent ensuite leur mère qui prend la tête pour se rendre dans sa cabine comme elle l'a proposé. Collé à son frère, Jyreese tourne lentement le visage, se tord un peu le cou pour regarder derrière lui. La passerelle. Le douanier.

Les deux ans qui viennent de passer.
Et c'est bien plus dur qu'il ne l'a imaginé en réalité.

C'est avec de grandes difficultés qu'il détourne son regard de la passerelle et qu'il reporte son attention devant lui, autour de lui. C'est encore plus difficile alors. Les rues dont il croyait se souvenir mais qui en fait étaient finalement bien floues dans ses souvenirs. Les quelques personnes que les jumeaux et leur mère croisent. La société. La vie. La vraie vie. Il croyait être préparé mais il ne l'est pas. Absolument pas. Pas plus qu'il n'est préparé aux quelques regards curieux que certains ont pour lui sur leur passage. Quelques murmures car même si son visage n'est pas forcément connu de tous, vu son accoutrement, vu son visage, vu son état général, il est bien clair qu'il revient du Lady Grace et on n'aime pas les gens qui reviennent du Lady Grace non. Si Jyreese a du mal à supporter, sa mère, elle, a la tête haute quand elle avance, le menton relevé et il voit bien qu'elle fusille du regard ceux qui osent jouer les curieux. Est-ce qu'elle a fait ça pendant deux ans ? Est-ce qu'elle a assumé de cette façon ? Jyreese est partagé à cette pensée. Partagé entre l'admiration, la reconnaissance, et la tristesse qu'elle ait été obligée d'agir ainsi à cause de lui. Le silence s'impose de lui-même sur le chemin, Jyreese n'est pas désireux de parler pour le moment, et Willhem et sa mère semblent décidés à respecter ce souhait, en tout cas pour le moment. Puis, vient le moment où ils atteignent enfin la cabine de sa mère. La porte est refermée. L'intimité apportée à la famille. Et Jyreese, qui devrait sans aucun doute se sentir bien d'être entouré des siens, se sent tout à coup très mal. Il regarde autour de lui alors que sa mère s'active et que Willhem s'assoit. Il regarde autour de lui, et il a tout à coup envie de sortir de là. C'est terrible comme il a rêvé de cette proximité et à quel point elle peut lui faire peur à présent. Il n'en lâche même pas son baluchon Jyreese.

« Je me suis procurée quelque chose pour l'occasion. » dit soudain sa mère qui brise le silence.

Jyreese se tourne vers elle et s'aperçoit avec surprise qu'elle tient un plateau sur lequel se trouve ce qui ressemble à de l'alcool et... Est-ce que c'est... Une mangue ?

« Je sais que je n'aurais pas dû, » qu'elle ajoute rapidement, « mais il fallait quelque chose de spécial pour cette occasion. »

Il reste là, sans bouger, alors que sa mère s'active pour apporter le plateau et le poser sur le bord du lit sur lequel Willhem est installé. Elle a fait ça ? Elle a été se fournir au marché noir pour célébrer son retour ? Elle a pris ce risque ? C'est trop. Beaucoup trop alors que c'était déjà trop.

« J'ai besoin d'une minute. » La voix est basse. La gorge nouée. « Je reviens. »

Il se défait de son baluchon qu'il pose près du mur le plus proche et se glisse jusqu'à la seule autre pièce de la cabine : la salle de bain. La porte refermée, ses mains s'accrochent au lavabo. Il reste ainsi un instant, tête baissée, puis son visage se relève et voilà qu'il croise son reflet dans le miroir. Et ça le frappe en plein visage. Tout. Le sang qu'il a sur les mains. Les deux ans sur le Lady Grace. Sa jambe. La fin de son ancienne vie, de son ancienne existence. Être là, maintenant, c'est prendre pleinement sa nouvelle réalité en plein visage et il ne le supporte pas. Absolument pas. Il plaque sa main contre sa bouche pour taire les sanglots refusant que sa mère et Willhem n'entendent quoi que ce soit. Il termine bientôt à genoux au sol, front posé contre le lavabo, à se battre contre lui-même pour se calmer mais il n'y parvient pas. Il n'y parvient tellement pas qu'il est obligé de se saisir, la main tremblante, de son inhalateur pour calmer la crise qui s'installe rapidement. Et le voilà bientôt assis au sol dans la petite salle de bain, les mains plaquées contre son visage. Si sa respiration s'est calmée grâce à l'inhalateur, les larmes, elles, semblent pour le moment incapables de cesser. Ce qui devait être une simple minute se transforme en deux minutes.

Bientôt en trois minutes.



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MessageSujet: (#) Re: Reborn. [Willhem]     Lun 5 Fév - 23:06
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Tout se bouscule, tout va presque trop vite après deux années trop longues. Wilhem sait qu’il pourrait prolonger cette étreinte encore bien longtemps. Qu’il pourrait rester là des heures, à profiter de la chaleur retrouvée de son frère, de sa proximité et d’une complicité qu’il espère renouer rapidement. C’est probablement la chose qui l’effraye le plus, lorsqu’il relâche enfin son frère. Lorsqu’il s’essuie les yeux et l’invite à le suivre, à suivre leur mère, guidant la marche. Malgré la joie, la peine demeure encore présente, l’appréhension, surtout. Celle d’avoir brisé son propre frère, d’être le responsable de ses maux, s’il n’arrive pas à se remettre de son incarcération. Tout faire pour qu’il se sente à l’aise, pour qu’il réapprenne à vivre et se réinsère dans la société. Qu’importe ce qu’il lui en coûtera, Wil n’est pas homme à abandonner qui que ce soit et certainement pas lui. Jamais. Il est prêt à mourir pour son jumeau. Il l’aurait fait, plutôt que de le laisser gâcher sa vie bêtement, en essayant de lui sauver la peau. Le trajet se passe dans le calme. Wilhem conserve un geste envers Jyreese, bras sur ses épaules, proximité avalée, simplement pour réaliser davantage à quel point il est de retour, pour de bon. Le silence s’installe, berce le trajet parce que personne n’ose réellement le briser. À croire que tous attendent l’intimité de la cabine de leur mère ou plus largement, quelque chose à dire. Parce qu’y a t-il réellement une bonne chose à dire dans ces situations ? Une parole qui surpasse les autres ? Des excuses, une plainte, un compliment, une boutade ? Wil ne se sent pas foncièrement mal à l’aise, simplement bourré de questions. La peur lui vrille un peu les entrailles, dans un mélange de joie et d’euphorie. Un mélange étrange.

Finalement, tous pénètrent dans la pièce, assez vaste et confortable, les Ordo n’ont jamais manqué de rien, surtout avec les distinctions posthumes du paternel. Une reconnaissance pour un des premiers alliés. Wilhem prend place sur bord du lit juste face à une petite table contre le mur, plutôt sobre. Sur cette dernière, une assiette, certainement volée à la cantine, ou obtenu d’une façon ou d’une autre, puisque la matriarche Ordo a un réseau plus qu’étendu. Wil ne prend pas la peine de relever quoi que ce soit. Ses mains se joignent devant lui, tandis qu’il appui ses coudes sur ses cuisses, dans une position qui veut résonner de normalité, alors que la situation lui échappe. Leur échappe à tous. Comment réagir dans ces cas là ? Surtout alors que la culpabilité le prend à la gorge lorsqu’il pose le regard sur les mutilations de son frère jumeau. Sur son air abattu et fatigué. Pourtant, il ne dit rien de plus. Ses yeux s’écarquillent lorsqu’il détaille du regard la mangue, fruit rare et seulement disponible au marché noir, autre que pour quelques élites l’obtenant légalement. La bouche entre ouverte, l’air coi. Il n’en revient pas que sa mère, figure de vertu, ait franchi ce cap là. « Maman tu… » Mais sa déclaration est stoppée nette par son frère qui exprime avoir besoin d’une minute et rapidement, s’évade vers la salle de bain. Wilhem ferme la bouche, suit du regard son jumeau avant de poser ses prunelles sur le visage désolé de sa mère. « Tu crois que c’est trop ? Je lui ai fait peur ? » Secouant la tête à la négative, Wil sait qu’en cet instant, il lui vaut mieux mentir. « Non ça va aller, j’pense qu’il est juste encore un peu sous le choc. Mais tu n’avais pas à prendre autant de risques, tu aurais dû me demander » Parce que lui, peut prendre des risques. Il le fait, dans le dos de beaucoup. Dans le dos des autorités, du moins de celles qu’il n’a pas pu soudoyer, corrompre. Tout homme à sa faiblesse et les hautes sphères de la flotte n’échappe en rien aux vices.

« Je vais aller le voir, ça va aller, assis toi » Il tapote la place à côté de lui tandis qu’il se lève pour gagner la salle de bain un peu éloignée, mais pas suffisamment pour avoir une réelle intimité. « Jy ? » Ose t-il demander, avant de cogner contre la porte pour manifester sa présence. Mais il n’attend pas davantage. Wilhem peut sentir la détresse de son frère, palpable et violente. Même lorsque les deux hommes étaient éloignés, durant l’incarcération de Jyreese, il ressentait certaines de ses émotions, alors aujourd’hui, plus que jamais, le lien s’exacerbe. Pénétrant dans la pièce, refermant la porte derrière lui, il constate la détresse inondant le visage de son jumeau. S’agenouillant devant lui, il vient l’entourer de ses bras, laissant toute sa peine s’échapper. Il ne dit rien, pas de suite. Il sait que son frère a d’abord besoin de laisser évacuer une pression trop longtemps retenue. Aussi, une fois les spasmes calmés, il recule légèrement, se saisissant d’une main de Jyreese. « Je ne peux pas te demander si ça va, parce que c’est une question de merde, à laquelle j’ai déjà la réponse » Il esquisse un sourire un peu amer. « Je n’ai pas vraiment les mots, parce que sincèrement, je ne sais pas ce que je suis censé dire. Rien ne peut guérir ton corps ou effacer ces deux dernières années mais je veux juste que tu saches que… » Il marque une pause, le regard un peu fuyant, avant de l’ancrer de nouveau dans celui de Jy. « Que je suis désolé… Tellement désolé… Ça aurait dû être moi » Lui, payant pour ses crimes. Pour ses conneries. Pour ses erreurs.




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MessageSujet: (#) Re: Reborn. [Willhem]     Jeu 15 Fév - 17:19
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Âge : 35 ans même s'il en paraît plus, abîmé qu'il est par ses deux années passées sur le Lady Grace.
Occupation : Mécanicien. Fut-ce un temps où l'armée était sa vie. Piloter aussi. Fut-ce un temps.
Habitation : Aujourd'hui sur le Columbiad, il vivait auparavant sur l'Argus One et cet endroit lui manque. Cruellement. Par contre, le Lady Grace sur lequel il a passé deux ans ne lui manque absolument pas.
Arrivée : En 2200. Il avait à peine 8 ans quand il a quitté la Terre. On a suivi maman et papa. Les souvenirs de la Terre s'effritent au fil du temps. Un peu trop à son goût.
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Reborn.


Les mains terminent par quitter le visage de Jyreese, elles retombent mollement le long de son corps par terre sur le sol froid. Et lui, il reste là, assis, le regard fixé sur le mur en face de lui, les larmes inondant son visage sans qu’il ne puisse les contrôler. Trop mal qu’il a Jyreese. Beaucoup trop mal. Tout est trop… Vif. Bien trop vif pour lui, qu’il s’agisse de la gentillesse de sa mère, de ce qu’elle a fait pour lui, pour célébrer son retour, et son retour justement, il est trop brutal. Il aurait mieux valu qu’il soit seul pour cette première soirée, qu’il découvre seul sa nouvelle cabine dont on lui a indiqué l’emplacement. Parce que seul ça aurait été difficile mais moins. Bien moins que face à sa mère, à son jumeau, à ces deux personnes qui comptent plus que tout pour lui et auxquelles il est pourtant incapable de faire face en cet instant. Parce qu’il n’est plus celui qu’il était et il le savait mais il vient tout juste de le réaliser pleinement, de réaliser ce qu’il a traversé. C’est idiot. Tellement idiot… Cette mangue. Le geste est adorable mais pour lui cela paraît tellement… Trop. Trop parce qu’il a été habitué à presque rien pendant deux ans, parce que pour lui manger un pareil fruit était jusqu’à ce matin encore une chose totalement improbable. Et cela ne fait que le renvoyer à ce qu’a été son existence ces deux dernières années. Alors oui, c’est difficile, c’est insupportable, ça fait un mal de chien. Et il en pleure encore, et encore, et encore. Il voudrait tellement pouvoir arrêter de penser, arrêter de souffrir. Il voudrait tellement oublier. Il finit par fermer les yeux Jyreese. Peut-être que de cette façon il pourra oublier un petit peu. Juste un peu et se calmer. C’est la voix de Will à travers la porte de la salle de bain qui lui fait rouvrir les yeux à peine après les avoir fermés. Le corps se crispe quand Will cogne contre la porte. C’est qu’il a beau avoir conscience que son jumeau ressent sa détresse, la lui montrer est une toute autre chose. Il aimerait pouvoir ouvrir la bouche, pouvoir lui dire à travers la porte que ça va, qu’il n’en a que pour une minute encore seulement le fait est qu’il en est physiquement totalement incapable. Il voudrait vraiment, vraiment élever la voix mais sa gorge est trop nouée par les sanglots qu’il parvient à rendre silencieux. Alors rien, pas de réponse de la part de Jyreese qui se contente de fixer droit devant lui, espérant que son jumeau va choisir l’option la plus facile pour Jyreese : celle de ne pas entrer et de retourner l’attendre auprès de leur mère. Mais Will ne choisit pas cette option-là. Le lien est trop fort pour qu’il prenne cette décision. Pour qu’il choisisse de se détourner consciemment de la détresse de  Jyreese alors il pénètre à l’intérieur de la salle de bain.

Et sa solitude douloureuse mais finalement plus simple est ainsi brisée.

Le regard azur se relève doucement vers son jumeau qui se tient debout et c’est encore pire à cet instant pour Jyreese dont les larmes redoublent. Impossible de s’arrêter. Impossible. Bien pire encore quand Willhem vient s’agenouiller face à lui pour le prendre dans ses bras. Il ne sait pas… Il ne sait pas que lui offrir ainsi ce réconfort c’est laisser la porte ouverte à toute la douleur qui étreint le cœur de Jyreese. Ainsi, il s’accroche. Comme un dément, il s’accroche à Will. Les sanglots restent silencieux bien qu’ils s’intensifient au fil des secondes. Il a mal, terriblement mal. Il voudrait pouvoir tout retenir mais c’est l’inverse qui se produit, par la seule étreinte de Will. L’inverse. Tout s’échappe, tout, à tel point que son corps finit par en trembler. Il ne sait au fond pas combien de temps il reste ainsi accroché à son jumeau. Quelques secondes ? Quelques minutes ? En tout cas les sanglots finissent par se calmer, les larmes finissent par se faire plus calmes malgré le chaos intérieur qui ravage toujours Jyreese. C'est un miracle qu'il ne refasse pas de crise. Un miracle. Et il aime autant Jyreese parce qu'il ne veut pas que Will soit au courant. Il ne veut pas que sa mère soit au courant non plus. Un mouvement de la part de Will pour se reculer légèrement, et Jyreese réalise alors que la solitude qu'il préférait quelques instants plus tôt il n'en veut plus pour le moment. Il voudrait pouvoir rester dans les bras de son jumeau, s'y bercer, s'y endormir, en sécurité, au chaud. Comme un enfant. Alors, quand Will se saisit d'une de ses mains, il s'y accroche avec force Jyreese en osant relever son regard voilé de larmes, et terriblement assombri il le sait, vers son jumeau. Et la voix s'élève doucement pour annoncer une vérité simple : lui demander comment il va est stupide puisqu'il ne va clairement pas bien non et Jyreese éprouve un sincère soulagement en réalisant que Will a parfaitement conscience de ça. Ceci dit, ses doigt se resserrent quand même un peu autour des doigts de Will, plus particulièrement quand il poursuit et que les larmes ne font que couler un peu plus alors qu'il annonce d'autres vérités. Il n'y a rien à dire de toute façon. Rien. Tout ça c'est fait. Sa jambe ne pourra jamais lui être rendue. Même si cette prothèse bionique est une merveille, ce n'est pas sa jambe. Ses deux ans sur Lady Grace ne pourront jamais être effacés non, jamais. Et la perte de son métier, de ce qui donnait tout son sens à son existence ne pourra jamais être compensée non plus. Non. Et Jyreese ne sait sur le coup pas trop quoi faire de la gentillesse et de la sollicitude de son jumeau. Jusqu'à ce qu'il dise que ça aurait dû être lui. Pendant un instant Jyreese y songe, que ça aurait dû être lui. Juste pendant un instant parce que oui, il est en parti responsable parce qu'il traîne dans des affaires louches mais... Mais non, cette rancune, il ne parvient pas à l'accepter en cet instant, à s'y accrocher bien qu'elle ait été fort présente depuis ces deux dernières années.

« Non. » qu'il tranche à voix basse d'un ton sec, sa main libre venant se poser et presser avec force la joue de son jumeau. « Will. Non. » qu'il insiste une seconde fois après que son jumeau ait définitivement planté son regard dans le sien. Jyreese secoue la tête de droite à gauche. « Oui, tu t'es mis dans la merde mais... Mais j'étais un soldat Will. » L'emploi du passé le fait grimacer tant ça lui fait mal. « Je savais ce que j'avais à faire. J'aurais dû appeler la milice ce jour-là mais je n'ai pas réfléchi. J'ai agi avant de réfléchir. J'ai foncé tête baissée alors que je savais ce que je devais faire... » Et il en a parfaitement conscience. Il est temps que Will en prenne conscience également, surtout si cela fait deux ans qu'il vit avec ça sur la conscience. Il a une part de responsabilité et une partie de Jyreese lui en veut mais... Mais il lui fera pas ce mal-là non. Parce que c'est surtout lui le responsable. « Et quand j'ai... Quand j'ai tué ce type... » Sa voix tremble. « Là aussi je savais ce que je devais faire. J'étais entraîné, j'aurais pu le maîtriser autrement mais j'ai... » Il n'ajoute rien. Il s'est défendu pour sa vie mais encore aujourd'hui ça ne change rien. Il prend une profonde inspiration et pose son front contre celui de son jumeau. « Alors non, ça n'aurait pas dû être toi. Ce que j'ai fait, je dois le payer, c'est normal. Je veux plus jamais t'entendre dire ça, tu m'entends ? Jamais. »

Et il vient déposer un baiser sur le front de Will avant de se redresser doucement. Il recroise son reflet dans le miroir et soupire avant d'attraper de quoi s'essuyer le visage. Il en profite pour remettre son bonnet correctement. Impossible de s'en séparer pour le moment. Il s'accroche au lavabo et fronce les sourcils.

« Faut pas le dire à maman que ça va pas, que c'est à ce point-là... » qu'il dit soudain en tournant son visage vers Will. « Je veux pas qu'elle sache que je suis dans cet état. Je veux pas. »

Et il va faire un effort dès à présent. Un hochement de tête et voilà que les jumeaux quittent cette salle de bain. Cela peut sembler peu et pourtant, cela demande un effort considérable à Jyreese. C'est encore pire quand sa mère pose son regard sur eux et plus particulièrement sur lui.

« Tout va bien ? »

Non maman, non. Des mots qu'il ne peut cependant pas prononcer parce qu'il souhaite l'épargner. Alors... Alors il va chercher, puiser dans son courage pour esquisser un sourire.

« Oui ça va. J'ai juste... J'ai juste besoin d'un petit peu de temps parce que ça fait bizarre mais ça va, t'en fais pas. »

Mensonge éhonté.

« Merci pour la mangue. »

Et c'est tout. Il bloque. Il n'arrive même pas à faire un pas supplémentaire pour aller justement en récupérer un morceau.

Il est si fatigué en réalité.
Si fatigué...




(c) sweet.lips


Stitch by stitch I tear apart. If brokenness is a form of art, I must be a poster child prodigy. Thread by thread I come apart. If brokenness is a work of art, surely this must be my masterpiece.
by wiise


"Are you okay brother ?" "No, I'm not...":
 
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