Six years later / Emmerich
MessageSujet: (#) Six years later / Emmerich     Sam 3 Nov - 22:42
David Krüger
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Cela faisait trois jours que David n’arrivait pas à trouver le sommeil. Chaque fois qu’il s’allongeait dans son lit dans l’espoir que le temps passe plus vite, il regardait la date tant attendu et redouté affichée sur son terminal. Il allait revoir son père. Dès lors qu’il y pensait, le temps se figeait. C’était une torture que de jongler entre impatience insoutenable et doute constant. Et plus la fatigue s’accumulait, moins les émotions de David n’avaient de sens. Heureusement pour lui, sa récente cohabitation avec Damian lui avait permis de se changer les idées. Le byblien avait plus d’un tour dans son sac pour se faire et de l’énergie à revendre pour deux. Il espérait réellement pouvoir lui rendre la pareil un jour. A défaut, le remercie comme il se doit d’avoir été le soutien nécessaire.

Damian ne pouvait néanmoins pas être partout. Et lorsque vint le jour J, David fut victime de terrible maux de ventre. Même les examens finaux de l’Académie ne lui avaient pas causé autant de stresse. On lui avait refusé sa journée (ce qui l’avait mis dans une rare colère), aussi il se devait d’affronter une dernière journée de travail insupportable. Son manque de concentration et de sommeil perdu depuis quelques jours eut raison de son efficacité sur le terrain. La moitié de son service passé, il avait succombé à la tentation et regardait désormais son terminal toutes les cinq minutes dans l’attente d’un message d’Evelyn. Une bonne heure avant la fin de sa journée, il eut raison des nerfs du Sergent Donovan, et c’est en soupirant qu’elle le laissa filer plus tôt que les autres après des explications.

De retour à la brigade, dans les vestiaires, la terrible question se posa à lui : le retourner avec ou sans uniforme. Il se repassait mentalement la réaction violente de Lanzo lorsque ce dernier avait appris son changement de parcours. David n’imaginait pas son père avoir les mêmes mots mais sûrement qu’il aurait la même déception. Là était sa plus grosse crainte lors de ces retrouvailles à venir. Assis sur le banc vide, incapable de prendre une décision, son terminal tinte joyeusement. Le message tant attendu est arrivé.

***


David s’était approché deux fois de la porte avant de se rabattre. La troisième fois fut la bonne lorsqu’il sentit le regard interrogateur d’un scientifique de passage. Il avait fait son choix et s’était présenté à la porte de son père dans sa tenue de civil. Celle-ci glissa dans une feinte et il apparut enfin devant lui. « J'espérais te ressembler un peu plus maintenant mais c’est toujours loupé. » Il eut un sourire maladroit alors qu’il faisait référence à toutes les fois où, petit, il se plaignait de ne pas lui ressembler physiquement. Terrible introduction, pensait-il aussitôt. Il se mordait les lèvres, honteux. Il aurait simplement dû foncer dans ses bras. « Salut papa. » Finit-il par se rattraper.



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MessageSujet: (#) Re: Six years later / Emmerich     Dim 4 Nov - 23:24
Emmerich Krüger
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Evelyn avait laissé beaucoup à penser à Emmerich, en le laissant seul. Sa nouvelle cabine lui apparaissait bien vide et extrêmement silencieuse, mais pour tout un tas de raisons, il pouvait apprécier ça à sa juste valeur. Sans attendre plus longtemps, il fit le tour des placards, voyant ce qu’on lui avait donné, trouvant un uniforme auquel il ne toucha pas, ainsi que quelques sous-vêtements de rechange. Pas d’autres vêtements de civils que ce qu’il avait sur le dos, mais ils devaient considérer qu’il n’avait pas besoin de plus. Un pyjama était également présent. La mentalité du gouvernement n’avait donc pas évolué tant que ça, finalement. Toujours cette austérité omniprésente et la platitude du vaisseau.

Cependant, ça n’était pas aujourd’hui qu’il s’en plaindrait. Aujourd’hui, cette austérité, cette platitude et même le faible nombre de chaussettes et caleçons qui lui avait été attribué avaient des airs de grand luxe et il s’était rarement senti aussi bien qu’en ce moment même. Sa destination suivante fut la salle de bain et il ne pu s’empêcher de pousser un grognement de plaisir en apercevant la douche avec le nécessaire à toilette qui allait avec. Le grand luxe, vraiment. Sans plus hésiter, il se débarrassa de ses vêtements, prendre sa première douche d’homme libre étant définitivement une priorité qu’il ne souhaitait pas repousser plus longtemps, comme s’il pouvait ainsi laver les six ans passés dans la sueur et l’environnement vicié du vaisseau prison.

Il resta sous l’eau aussi longtemps qu’on le lui permis, c’est à dire jusqu’à ce qu’on lui indique qu’il avait épuisé sa réserve d’eau allouée pour la journée et il sortit pour se sécher avec une serviette qui lui semblait plus douce encore que dans ses souvenirs. Puis, cela étant fait, il enfila des sous-vêtements propres, remis une partie de ses habits de civil, puis il alla s’asseoir sur son lit, complètement désœuvré. Il savait ce qu’il voulait faire, mais il savait qu’il ne pouvait pas accélérer le temps dans ce but. Il ne voulait pas sortir. Il ne voulait pas voir ses parents. Il ne voulait que son fils et il savait que c’était son fils qui viendrait à lui, que s’il essayait de sortir le trouver, il ne ferait le rater et retarder le moment où il le verrait.

Beaucoup de doutes l’assaillaient quant à leurs retrouvailles. Il ne doutait pas être plus que ravi de le revoir, mais il craignait sa réaction, malgré les paroles rassurantes qu’Evelyn avait daigné lui adresser. David avait autant envie de le revoir que lui. Mais comment verrait-il son père en sachant que celui-ci avait passé tant de temps à l’ombre ? Emmerich n’avait jamais cherché autre chose que le bonheur de David, essayé de le rendre fier et le garder en dehors du danger auquel il s’exposait en luttant à sa façon contre l’ordre en place.  Lui en voudrait-il d’avoir prit tant de risques ? D’avoir poussé ses convictions au point de les éloigner ainsi pendant tant de temps ? Lui reprocherait-il de l’avoir abandonné malgré son envie de le revoir ?

Ces questions tournaient, tournaient, tournaient dans sa tête, sans cesse, sans pause, mélangées à d’autres de même nature, le frappant aussi régulièrement que les foutues machine du Lady Grace qui semblaient encore lui scier le crâne à présent qu’il n’avait rien d’autre à faire qu’attendre et penser. Il en deviendrait fou. Il finit par chercher à s’occuper avec l’aide de Charlie, lui demandant les archives des dernières années de journalisme de la flotte, tâchant de compléter les quelques informations que lui avait déjà donné sa femme lorsqu’il lui avait posé des questions. Ce travail de lecture fut presque suffisant pour le distraire, aussi il le compléta en demandant à Charlie de prendre des notes sur ce qu’il lui dictait afin de synthétiser lui-même les informations. C’était une occupation longue et laborieuse, mais intéressante et c’est au bout d’un temps que Emmerich ne saurait déterminer que Charlie lui annonça enfin que quelqu’un l’attendait à la porte.

Retirant ses lunettes d’une main tremblante, Emmerich les posa sur la table et se précipita vers la porte, le cœur battant. Il savait qui se trouvait derrière. Il n’avait pas besoin de Charlie pour le lui confirmer, mais il le lui confirma quand même. Il ouvrit la porte et découvrit un beau jeune homme, visiblement en pleine santé, qui avait prit autant de sa mère que de son père physiquement mais qui avait décidément dans le regard une gentillesse et une humilité qui n’appartenaient qu’à lui. Il ne réussit pas à prononcer une seule parole. Il ne réussit pas à bouger un seul muscle alors qu’il se tenait devant l’homme qu’était devenu son fils. Un homme, oui. Six ans suffisaient à produire ce genre de transformation. La joie qu’il ressentit immédiatement, la fierté, fut bien trop forte, bien trop intense pour que le moindre sourire ose se manifester sur ses traits, pour que même des larmes de bonheur n’aient le courage de dévaler ses joues. Il restait donc ainsi de marbre devant son fils qui lui parlait pour la première fois en six ans, qui lui souriait pour la première fois en six ans et pour finir, qui l’appelait Papa pour la première fois en six ans.

Il n’eut pas besoin de sourire, pas besoin de pleurer pour que la seule chose qui lui tenait vraiment à cœur pour le moment ne se produise. Son bras droit se détendit pour se poser sur l’épaule de David qu’il pressa avec force, cherchant à résister un instant de plus pour l’observer, le détailler ne serait-ce que quelques secondes encore avant de finalement craquer et de l’attirer fermement à lui pour le serrer de ses deux bras contre lui, encore incapable de prononcer une seule parole. Il y avait des émotions trop intenses pour pouvoir poser des mots dessus. Celle de retrouver son fils en était définitivement une. Comme si ce contact prolongé avait alors raison de ce roc de sentiments qu’il était devenu, Emmerich sentit qu’il se mettait à pleurer, de joie, de tristesse aussi de se rendre compte plus intensément que jamais qu’il avait tant loupé de sa vie à présent qu’il l’avait contre lui.

Il finit par se détacher de David à regret, attrapant son visage à deux mains pour mieux l’observer à nouveau, souriant enfin à travers ses larmes alors qu’il scrutait une nouvelle fois son fils. Il avait changé oui, il avait grandi, mais Emmerich ne regrettait en rien que ne lui soit pas plus semblable physiquement. David était son seul enfant. Il était sa fierté. Sa plus belle œuvre. Il était parfait.

-David, articula-t-il difficilement. Mon fils. Tu ne peux pas savoir à quel point j’ai rêvé de ce moment. Viens, entre.

Il le lâcha enfin pour le laisser passer, s’écartant de lui avant de demander à Charlie de fermer la porte. Il savait qu’il ne voudrait pas rester enfermé ici trop longtemps, mais il avait également tant de choses à demander à David, tant de choses à apprendre de lui, qu’il préférait encore partager ces moments uniquement avec lui, pour l’instant. Il s’essuya les yeux d’un revers de la main et lui désigna la seule chaise disponible dans sa cabine au cas où il souhaitait s’asseoir, ayant pour sa part du mal à le quitter des yeux.

-Tu as tellement changé, j’arrive pas à le croire, murmura-t-il. T’es devenu costaud !

Il avait quitté un adolescent, il avait eu le temps de s’étoffer en devenant le jeune adulte qu’il était. Il n’était pas au fait de son métier, mais Evelyn avait parlé de quart de travail, ce qui lui laissait plus ou moins présager la suite.

-J’ai tellement de questions à te poser, je ne saurais pas par où commencer, poursuivit-il avant de s’asseoir sur son lit. Est-ce que tu es heureux ?

C’était la question qui lui semblait la plus importante pour le moment. Savoir que son fils était heureux dans sa vie, qu’il n’avait manqué de rien à part d’un père et, dans une moindre mesure, d’une mère, puisque celle-ci s’était trouvée plus présente qu’il ne l’aurait pensé.
MessageSujet: (#) Re: Six years later / Emmerich     Mar 20 Nov - 1:37
David Krüger
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Les larmes de son père sont contagieuses. Il s’était effondré une fois devant sa mère, sous le coup de la surprise mais jamais il aurait pensé craquer une nouvelle fois. Le simple contact des bras de son père laisse un flot de sentiment l’emporter. Il le serre, lui aussi, pour la première fois dans une poigne d’adulte - une poigne d’homme.

C’est à contre cœur qu’ils se séparent pour mieux se retrouver dans l’intimité de sa nouvelle cabine. Il y jette un bref coup d’œil, simple et confortable, se doutant que cela devait être du luxe pour lui après toutes ces années. Puis son regard revient aussitôt à Emmerich, qu’il observe avec plus d’attention désormais. Si bien qu’il en oublie de s’asseoir comme proposé. David était partagé. Il allait bien contrairement à d’autre prisonnier qu’il avait vu revenir. Pas de blessure apparente ou pire, de membre en moins. Il portait néanmoins des stigmates de ces années d’enfermement. La fatigue était si ancrée dans ses yeux qu’il doutait sur sa capacité de rétablissement. Quant à ses épaules, elles semblaient porter le poids de mille et une choses que David n’arrivait pas à décerner. Il se demandait même s’il n’avait pas perdu du poids.

T’es devenu costaud !

Ca arrache un demi-sourire à David qui sort de sa brève analyse. Il a tout de même un léger rire, lui qui joue au garçon timide malgré sa carrure. Fort heureusement, il n’a pas a commenté que son père reprend aussitôt la parole. Sa question le laisse sans voix. Il regarde directement dans les yeux, les lèvres entrouvertes sans qu’aucun son ne sorte. Effectivement, ils avaient un temps monstre à rattarper mais il ne s’était pas préparé à répondre à ça tant il angoissait d’aborder d’autre sujet plus épineux.
Finalement, les lèvres du jeune homme s’étirent. « J’ai pas de raison de pas l’être maintenant que t’es là. Qu’il répond dans un rire qui témoigne de sa joie. Plus sérieusement, oui je le suis. Je manque de rien. » Reprend-il un peu plus sérieux. Il avait eu des moments difficiles lors des premières années d’absence de son père. Mais depuis ses dernières années d’académie, il ne comptait qu’une tâche d’ombre.

« Je, euh… Pardon. Je dois avoir l’air super nerveux. C’est débile ! » Il a de nouveau un rire, à la fois amusé et tendu. Ils ont un peu l’air idiot, ainsi debout au milieu d’une cabine sans personnalité. Il passe sa main sur l’arrière de son crâne, le regard quelque peu fuyant. « Ca a été avec Evelyn ? J’aurais voulu être là dès ton arrivé. » Sûrement qu’il mentirait pour ne pas l’inquiéter, il en avait parfaitement conscience. Ses parents avaient toujours fait attention devant lui. Puis il se rend compte qu’il ne lui a pas retourné la question. « Et toi ? Ça va ? » Qu’il demande avec précaution, le regard sincèrement préoccupé.



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MessageSujet: (#) Re: Six years later / Emmerich     Mar 20 Nov - 22:38
Emmerich Krüger
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Emmerich subit l’inspection de son fils sans broncher, s’asseyant sur son lit en le laissant libre de l’imiter en prenant place sur la chaise qu’il lui avait désigné précédemment, mais qui ne semblait pas trouver grâce à ses yeux. Il comprenait son besoin de vérifier qu’il était encore l’homme qu’il était en partant et si ce besoin ne se trouverait pas entièrement satisfait, le principal au moins n’avait pas changé. Il était toujours son père et rien en ce monde ne revêtait plus d’importance que ce face à face avec son fils, qu’il avait tant attendu. Comprendrait-il un jour que son seul moyen de ne pas devenir fou avait été de l’invoquer, lui, dans ses pensées ?

Si l’un d’entre eux devait avoir changé en revanche, il ne faisait aucun doute que ce devait être David. Un adulte désormais, bien charpenté, plus mature que l’adolescent auquel il avait été arraché, sans doute. Plus construit. Avait-il trouvé sa voie dans le monde ? Ou plutôt, sur la flotte ? Ça n’était pas une chose aisée, même pour les mieux renseignés d’entre eux. Il se demanda s’il avait connu du succès dans les études qu’il faisait lorsqu’ils avaient été contraint de se séparer. Il se demanda s’il continuait de voir ses grands-parents, s’il avait suffisamment d’amis, une copine, s’il était appliqué dans son travail, mais plus important, il se demandait s’il était heureux. c’est donc cette question qu’il posa en premier.

La réponse demanda évidemment de la réflexion à David. Elle était large et englobait certainement un nombre importants de facteurs dans la vie de son fils. Emmerich fut cependant content qu’il prenne le temps d’y réfléchir vraiment plutôt que de répondre spontanément, quitte à lui mentir pour le satisfaire. La réponse arracha un sourire rempli de bonheur à l’ingénieur, qui partageait complètement cette pensée. Il avait l’impression de ne pas pouvoir aller mal à présent qu’il était réuni avec son fils. Il avait hâte de réapprendre à le connaître. Il hocha la tête d’un air satisfait lorsque David déclara ne manquer de rien, ce qui était le principal si on s’arrêtait aux besoins primaires.

Emmerich se releva lorsque David se mit à balbutier, exprimant sa nervosité à voix haute. Se voulant apaisant il posa une nouvelle fois sa main sur son épaule pour le rassurer, la trouvant de nouveau bien musclée pour un jeune homme de son âge. Il devait sans doute pratiquer un sport quelconque. La natation peut-être ?

-Il n’y a rien de débile, David. Je n’ai pas arrêté d’espérer et de craindre le moment où je te reverrais, déclara-t-il pour lui faire comprendre qu’à une échelle différente, il avait aussi son lot de troubles quant à cette conversation.

Le trouble de David, en tout cas, était visible dans la façon dont il esquivait son regard, dont il se passait la main sur la nuque pour en chasser la tension. Il le lâcha et tâcha de lui sourire, bien que cette expression se transforma en légère grimace lorsqu’il lui demanda si tout c’était bien passé avec Evelyn. Comment lui résumer la situation ? Il avait toujours fait attention à garder son conflit avec elle au maximum dissimulé à ses jeunes yeux, ne souhaitant pas donner un mauvais exemple de relation à l’enfant qu’il était alors. Les jeunes avaient tendance à imiter ce qu’on leur montrait, plutôt qu’à écouter ce qu’on leur disait. David aimait beaucoup son père à l’époque, il se devait de lui donner le meilleur exemple possible. Avait-il réussi ? Il n’en était même pas sûr. Il n’avait pas été assez présent pour lui, comme pourraient en témoigner Ann et Lanzo.

-Avec ta mère... commença-t-il, corrigeant doucement David au passage, eh bien. Disons que certaines choses sont faîtes pour changer. D’autres non. Mais ne t’en fais pas, elle m’a dit que tu avais du travail.

Une réponse qui pouvait vouloir dire beaucoup de choses, mais qui exprimait l’essentiel du ressenti d’Emmerich par rapport à son entrevue avec sa femme. Il ne comptait pas s’éterniser sur ce sujet avec David cependant, ou en tout cas, pas aujourd’hui. L’idée du divorce n’avait en tout cas pas changé dans son esprit, c’était la seule chose à faire, dans leur cas. La question suivante fut beaucoup plus simple, pour lui.

-Oui, je ne peux sincèrement pas aller mieux que depuis que j’ai quitté cet enfer... Attend encore une semaine ou deux et tu verras, on pourra retourner se faire des passes sur le Tiantang.

Pour le moment, la simple idée de faire autre chose que se reposer, dormir, ou rester dans le silence absolu sans être contraint à rien le rebutait. À part bien entendu être avec son fils pour essayer de rattraper le plus de temps perdu possible. D’ailleurs il avait encore énormément de questions à lui poser, dont certaines qu’il ne pu retenir plus longtemps

-Mais je n’ai pas grand chose à raconter. Tous les jours se ressemblent là-bas. Toi, qu’est-ce que tu as fait pendant ce six dernières années ? Ta vie te plaît ? Tu es satisfait de ton travail. Il fronça les sourcils, essayant de se rappeler ce que comptait faire son fils lorsqu’il était parti. Tu faisais des études pour être astronome, il me semble ?

Il se demandait si son fils avait réussi à le devenir et si ce métier lui convenait. Il lui avait dit ne manquer de rien, mais ça ne voulait pas exactement dire « être heureux », n’est-ce pas ? Il espérait que l'empressement qu'il mettait à vouloir en savoir le plus possible n'allait pas rebuter David. Il avait toujours cette peur au fond de lui que son fils ne finisse par lui dire qu'il ne méritait pas une réponse à tout ça, puisque c'était de sa faute s'il n'avait pas pu le constater directement.

MessageSujet: (#) Re: Six years later / Emmerich     Ven 7 Déc - 18:29
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David se résout à sa s’asseoir sur la chaise que son père lui avait désigné quelques instants plus tôt. Ça lui permettra peut-être de paraître moins nerveux. Si ça fonctionne le temps que lui parle de son interaction avec sa mère, son ventre se tord à nouveau quand les questions se retournent vers lui. Il est vrai que s’ils voulaient des retrouvailles avec des bonnes nouvelles, il était peut-être préférable de parler de son évolution et leur futur plutôt que de leurs peines. Un sujet qui attendrait plus tard, quand David trouvera le courage d’entendre les récits de son père - ou quand celui-ci voudra en parler. Un moment qui viendrait peut-être jamais. En attendant, il y avait un tout autre dilemme à affronter.

Il sourit timide à toutes ses questions alors que sa jambe attrape un tic nerveux. Il sait à quel point Emmerich est attentionné, il l’a toujours été. Plus jeune, il prenait cette affection pour acquise. Jusqu’à ce qu’il soit confronté à sa mère et leurs échanges plus forcés, moins naturelles. C’était une chance que d’avoir un père aussi aimant, et cela rendait sa peine encore plus grande que de s’en voir séparé.

Là résidait toute sa peur de lui avouer. Lui qui venait tout juste de retrouver son père, il avait peur de le perdre à nouveau en le décevant par ses choix. Il n’y avait néanmoins aucun retour en arrière. Il ne pouvait pas rendre son badge à Leona et s’inventer scientifique pour lui. Non, c’était à son père qu’il devait son badge. David ouvre sa veste et en extrait son badge de milicien, l’objet qui l’avait rendu si fier toutes ces années. C’était plus parlant que des milliers d’explications. Il tend à Emmerich le morceau de métal soigneusement décoré par le logo de la Fédération en relief et couronné par des lauriers et autres motif militaires. C’est dans ses honorables symboles qu’était gravé le nom Krüger.

« J’ai échoué à ma première année d’Académie. Lanzo a essayé de m’aider mais… J’ai jamais été comme vous. Les chiffres, les théories, les équations… Ça n’a jamais été mon truc. » Ce qu’il pensait être une malédiction plus jeune, le faisait aujourd’hui sourire. Ce n’était pas grave de ne pas être un génie. Hein papa ? « Alors je me suis engagé. J’ai eu mon diplôme cet année. Et… Et c’est ce qui m’a sauvé. Permis de devenir quelqu’un. » Et non pas l’ombre du génie de ses parents.


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MessageSujet: (#) Re: Six years later / Emmerich     Lun 10 Déc - 0:22
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David accepta enfin de prendre place sur la chaise que son père lui désignait, permettant à ce dernier de ne plus avoir besoin de se dévisser le cou pour le regarder. Il préféra ne pas s’étaler sur ce qu’il avait vécu, pour cette fois. David n’avait pas besoin d’entendre ça et surtout, Emmerich ne souhaitait pas en parler. Pas alors qu’il était tout à la joie de revoir enfin son fils après tant d’années d’isolement. Alors, il relança le sujet sur son lui, qui avait sans doute vécu des choses bien plus intéressantes que son père en six ans, ou au moins, des choses bien moins déprimantes.

Cependant, à la question sur son activité professionnelle actuelle, David sembla devenir nerveux, sa jambe s’agitant comme s’il souhaitait se lever pour faire le tour de la pièce, un sourire réservé sur le visage. Emmerich avait beau avoir passé six ans loin de lui, il n’avait pas besoin d’explication pour comprendre que quelque chose dans sa situation risquait de le décevoir, ou au moins que David le pensait. Peut-être n’avait-il pas réussi à passer ses classes d’astronomie? Peut-être était-il devenu autre chose ? Avait-il peur que Emmerich le rejette parce qu’il n’était pas devenu un savant ? Si tel était le cas, il allait faire en sorte de lui montrer qu’il n’avait pas à s’inquiéter de sa réaction. Comme il l’avait déjà dit à Evelyn, quelques heures plus tôt, il ne souhaitait que le bonheur de son fils et celui-ci lui avait affirmé qu’il ne manquait de rien.

Rien pourtant n’aurait pu le préparer à l’enclume qui sembla tomber sur sa poitrine lorsque David extirpa un badge qu’il ne connaissait que trop bien de sa poche. David tendit l’objet à son père, qui avança une main tremblante pour prendre l’insigne entre ses doigts. Ses yeux ne quittèrent pas le nom, leur nom, inscrit sur le badge alors que David lui expliquait qu’il avait échoué ses premières classes à l’académie, malgré l’aide de son grand-père, que là où le reste de sa famille brillait par sa maîtrise des sciences dures, lui-même n’y avait pas trouvé ni son compte, ni son intérêt, préférant s’engager à la place.

Il voulu relever les yeux vers David, mais ne réussit pas, de peur que celui-ci lise toute la déception et l’incompréhension sur son visage. Ses mains tremblaient toujours sur le badge et il lui fallu en passer une sur son visage pour essayer de masquer cet état alors qu’une seule pensée lui traversait l’esprit. Comment as-tu pu ? C’était de sa faute, évidemment. Il n’avait pas été là pour lui, il aurait su trouver les mots mieux que Lanzo pour son fils, pour lui expliquer que la milice n’était pas une option. Pensait-il vraiment être devenu quelqu’un, en s’engageant là-dedans ? Qu’est-ce que ça pouvait bien vouloir dire de toute façon ? Un uniforme de plus, parmi les autres, un pion de plus, aux ordres d’un gouvernement qui avait déjà bien trop de pouvoir sur les stellariens, une main de plus pour serrer leur gorge, les empêcher de respirer, alors que Lanzo et lui-même avaient travaillé d’arrache-pied pour essayer d’améliorer la situation des habitants de la flotte, de leur offrir des alternatives à l’austérité imposée par cette dictature militaire en constante loi martiale. Bon sang, il avait même fait de la prison pour ça ! Est-ce que vraiment David, avec tous les choix de carrière que la flotte pouvait proposer, n’avait rien trouvé de mieux que ça pour « devenir quelqu’un » ?

Emmerich en voulu à David, l’espace de quelques instants, de lui avoir fait ça. Puis, malgré tout ses griefs contre la milice, contre le gouvernement, contre tout, Emmerich se sentit honteux d’avoir pensé toutes ces choses. Il ne pourrait jamais approuver le choix de carrière de David, c’était un fait, mais quel genre d’hypocrite serait-il s’il lui reprochait quoi que ce soit après s’être lui-même compromis au point de l’abandonner pendant six longues années ? Alors qu’il lui avait dit que tout ce qu’il lui importait était qu’il soit heureux ? Il lui rendit son badge et pu enfin relever les yeux vers lui. Le plus compliqué allait être de trouver les mots.

-Pardonne moi, j’ai été... surpris, débuta-t-il, lentement.

Et il n’y avait aucun mensonge là-dedans. Surpris. Il l’était. Déçu aussi et ça il ne pourrait l’enlever, mais il n’avait pas non plus besoin de le lui dire.

-C’est donc pour ça que tu es si large d’épaule, essaya-t-il de plaisanter, réussissant à invoquer un maigre sourire sur ses lèvres.

Il imaginait sans peine que Lanzo avait dû se montrer suffisamment expressif sur ce que les Krüger pensaient des miliciens, sans avoir besoin que Emmerich en rajoute une couche aujourd’hui. Surtout aujourd’hui, en fait. En revanche, il se doutait que le jeune homme allait avoir besoin d’être rassuré, quant à ce qu’il pensait de tout ça. Le père se pencha alors en avant pour poser sa main sur le bras de son fils, le pressant légèrement comme pour lui transmettre de l’apaisement par le contact.

-Je n’ai pas envie d’être autre chose qu’honnête avec toi, fils. Je ne m’imaginais pas ça, pour toi et j’ai aussi quelques... raisons de ne pas trop apprécier les miliciens. Je pense que tu le sais et que ça ne sert à rien de te mentir. Mais je pense aussi que les enfants ne sont pas là pour devenir leurs parents. Tu as choisi ta voie et tu t’y es tenu, c’est une belle preuve de ténacité. Et de courage, car je suis sûr qu’il t’en a fallu pour affronter ton grand-père sur cette décision. Il lui offrit un sourire réservé, mais un peu plus authentique que le précédent. Tu m’as dit que tu étais heureux et je pense toujours que c’est tout ce qui importe.

Il n’approuvait toujours pas, n’approuverait sans doute jamais, mais il ne renierait pas son fils pour ce choix. Il espérait simplement qu’il ne soit pas celui qui procéderait à sa prochaine arrestation. Il lâcha alors son bras, puis s’accouda sur ses propres cuisses, son regard tombant sur le sol alors qu’il continuait d’assimiler l’information. Il était soudainement fatigué et reconnaissant à David d’avoir eu la présence d’esprit de ne pas se présenter directement en uniforme à sa porte.

-On m’a dit que tu étais en colocation avec un byblien ? Beaucoup de choses ont changé depuis que je suis parti. Comment se passe la cohabitation ? Il arrive à se faire à la flotte ?

Résider dans l’espace, avec les limites qu’imposait un vaisseau et le rythme de vie entièrement dicté par des machines et des systèmes électriques était bien différent de vivre sur une planète, vivante, avec un ciel au dessus de la tête et un horizon presque illimité. Il avait eu le temps de se renseigner auprès de Charlie en attendant David. Assez pour avoir matière à changer de sujet.
MessageSujet: (#) Re: Six years later / Emmerich     Lun 17 Déc - 19:45
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David est persuadé qu’il peut lire chaque sentiment qui s’exprime sur le visage tiraillé de son père. Il le fixe longuement alors que lui a les yeux rivés sur son badge. Malgré l’angoisse, malgré les longues années qui les avaient séparés, il était certain de voir de la colère passer dans ses yeux. La même rage convaincue qu’on pouvait voir dans le regard de Lanzo. Mais le plus douloureux fut d’interpréter ce long silence comme son immense déception. Aucune des paroles qui suivies furent capable d'apaiser ses troubles, pas même cette main qui se voulait réconfortante. Ce contact le brûle mais il reste immobile. Le brun n’eut aucune réponse et aucune réaction particulièrement marquante, sinon un regard plongé vers le plancher.

Comme une proposition pour enterrer la hache de guerre, Emmerich tente d’en savoir plus sur ce fameux coloc, Damian. Et David mord à l’hameçon aussitôt, esquissant un léger sourire en signe de pardon. Il était débile de murer dans une telle frustration. Il se devait de comprendre la réaction de son père, lui qui s’était longtemps préparé à l’affronter. Par on il devine que Evelyn et lui ont quelque peu discuté de leur fils et que cette dernière lui a fait un bref résumé. David hoche la tête en signe de oui, comme le gentil garçon qu’il voulait être. « C’est super. Bien mieux qu’avec mes anciens colocs. Damian est… c’est un gars génial. Il pourrait se trouver sur Merry Field qu’il verrait toujours le bon des choses. » Il a un bref sourire à l’idée de voir son ami s’extasier même dans les déserts acides de l’affreuse Merry. Parfois, David l’enviait un peu.

La mine de David se ferme aussi vite qu’elle s’est ouverte. Il n’y arrivait pas. Faire semblant. Et penser à quel point Damian était un « type génial » ne faisait que le remettre devant la perspective que son père était déçu de son choix de carrière. Or cette fois, c’est verbalement qu’il s’exprime. « Si c’est mon bonheur qui importe, pourquoi est-ce que soudainement mon coloc devient un sujet de conversation plus intéressant ? » Le front plissé par la contrariété, il relève ses yeux vers les siennes. Rien que ce regard prouve qu’ils ont, finalement, très peu de chose en commun. David avait les yeux de sa mère. Sombre et plein de conviction quand le moment ne se prêtait pas à sourire. Loin des regards clairs et hypnotisant d’Emmerich ou Lanzo. « J’ai affronté Lanzo plus d’une fois, tu sais. Je peux encaisser ce que tu as vraiment à dire. » La boule d’angoisse qui pesait si lourdement dans son ventre venait sûrement de là. Il craignait le moment où il allait devoir réellement l’affronter.

« Je savais bien que tu n’allais pas sauter de joie. Je suis pas idiot. Mais je sais pas… Ça m’empêche pas d’être... Frustré, déçu, lui aussi. Pourtant les mots ne viennent pas. Il se pince les lèvres. Je sais pas. Ça m’énerve. »



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MessageSujet: (#) Re: Six years later / Emmerich     Mar 18 Déc - 0:39
Emmerich Krüger
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Le silence de David fut sans doute plus éloquent qu’un long discours. Emmerich était déçu, ne comprenait pas le choix de profession de son fils et son fils quant à lui était blessé de la réaction tardive, presque téléphonée d’Emmerich. Il se dit qu’il aurait dû pouvoir s’attendre à une telle réaction de sa part, mais également qu’il n’y avait rien d’étonnant dans la façon dont son fils prenait sa réaction. La première conversation qu’ils avaient depuis six ans s’éloignait de plus en plus de ce que Emmerich avait espéré et pour tout dire, il regrettait.

Voilà pourquoi une fois le silence installé, il se décida à changer de sujet, puisqu’il avait dit ce qu’il avait à dire, que David ne souhaitait pas rebondir dessus, mais qu’il refusait de rester sur une note négative. Le colocataire semblait être une bonne piste, évoqué avec Evelyn, ouvrant sur le sujet plus large des Bybliens ou de la colocation de manière générale, de quoi reprendre un semblant de discussion sans que les choses ne se gâtent un peu plus. Il cru, il eu l’espoir pendant quelques instants que la diversion avait fonctionné, que la déception allait être raccrochée pour le moment, mais après avoir simplement décrit le fait que les choses se passaient bien mieux avec lui qu’avec ses anciens colocataires, ils en revinrent brutalement au sujet qui fâchait.

L’agitation pouvait se lire sur le visage de David, mais aussi dans sa voix alors qu’il lui reprochait soudainement d’avoir changé de sujet si son bonheur était si important que ça. Loin de se défiler, Emmerich regarda son fils droit dans les yeux, sans ciller, mais sans sourire. Il n’avait rien à cacher à David et il pouvait difficilement faire preuve de plus d’honnêteté que ce qu’il avait déjà fait avant de changer de sujet. Quant à la comparaison à Lanzo, elle n’était ni pertinente, ni justifiée.

-Je ne suis pas Lanzo, déclara-t-il posément. Pour commencer. Ensuite il n’est pas question d’encaisser quoi que ce soit. Je t’ai dit ce que je pensais, honnêtement et je ne saurais pas quoi rajouter, mais je peux développer.

Il n’avait pas élevé la voix, ne cherchait pas le conflit, n’avait pas essayé de se montrer sec ou cassant avec lui. Il comprenait sa frustration et la partageait, puisqu’il était lui-même dans une situation où il savait que l’autre ne comprendrait pas ses raisons et ses explications, puisqu’il avait déjà fait le choix de rejoindre la milice. Il avoua même s’être douté que son père ne le prendrait pas bien, mais l’avait fait en connaissance de cause. Tout comme Emmerich n’avait pas essayer de feindre que ça ne lui faisait rien. Cependant, David demandait des explications, Emmerich voulait bien lui en apporter un peu plus, s’il le désirait.

-Tu le sais déjà et tu le savais avant mon incarcération : les Krüger n’ont jamais apprécié le mode de gouvernement très militarisé imposé par la fédération. On peut lui donner un joli nom si on le veut, mais une dictature militaire reste une dictature, pour faire court. Mon père et moi eh bien... disons que ce système ne nous satisfait pas, pas plus que l’austérité qui a été mise en place pendant plus de vingt ans ici et qui n’était pas justifiée pour une aussi longue période, comme on peut le voir aujourd’hui. Il ne quittait toujours pas son fils du regard, il n’avait pas envie de parler politique avec lui, aussi il lui résumait ce que son grand-père lui avait sans doute déjà dépeint avec plus d’énergie. Quant à lui, il gardait un ton posé, mais sérieux. La légion, la milice, la douane... ces corps de métiers sont essentiels pour toute société qui souhaite être protégée, que ça soit de l’intérieur ou de l’extérieur, David, je ne dénigre en rien leur importance. En revanche, je n’apprécie pas le pouvoir trop important qu’ils possèdent, ni ce qu’ils représentent pour notre société ici, sur la flotte. Un régime d’uniforme. Une surabondance de militaires. Une forme d’oppression douce, mais présente.

Les militaires, qu’ils soient de la légion, de la milice ou de la douane avaient des pouvoirs dépassant de loin les prérogatives que de simples agents de forces de l’ordre devrait détenir. Les Stellariens ne pouvaient même pas se représenter efficacement au moment de défendre leur cause. L’absence de possibilité d’être soutenu au moment du plaidoyer par quelqu’un connaissant les subtilités du système judiciaire rendait la défense des cas presque impossible au moment d’être définitivement jugé. Jugé par des militaires, encore. À moins de passer par le tribunal, mais ça ne concernait que les crimes les plus graves et menaient invariablement par des peines lourdes, que l’accusé soit effectivement coupable ou non.

-Je n’approuve pas ton choix de métier, David, parce que je n’approuve pas la place des miliciens sur la flotte. Ce que j’approuve en revanche, c’est que tu fasses quelque chose qui te plaise. Je te l’ai dit et je ne t’ai pas menti. Ton bonheur compte par dessus tout à mes yeux et si c’est dans cette branche que tu t’épanouis, je n’ai pas mon mot à dire sur le sujet et nous ne sommes pas obligés de nous disputer là-dessus. Je détesterais ça, en vérité.

Il lui adressa un bref sourire, croisant ses mains sur son giron alors qu’il essayait de désamorcer une situation qui risquait de dégénérer s’ils ne faisaient pas attention. Il était déçu que David n’ai pas fini par avoir la même vision des choses que lui, en grandissant, mais il n’y pouvait rien et préférait le voir ainsi et heureux, avec, il l’espérait, une vision noble de sa profession, plutôt que malheureux dans le simple but de rendre son père fier de lui.

-D’ailleurs, au lieu de ça, peut-être que tu pourrais m’expliquer ce qui t’a plu dans l’idée de devenir milicien ? Est-ce que le métier répond à tes attentes ? J’aimerais connaître ton avis, vraiment.

Il aimerait comprendre, être rassuré, aussi. David avait choisi, à présent, son père lui laissait l’occasion non pas de se défendre, mais de partager avec lui, tout comme ils avaient pu partager le reste des événements de leurs vies, pendant si longtemps, avant d’être si brusquement coupés l’un de l’autre.
MessageSujet: (#) Re: Six years later / Emmerich     Jeu 17 Jan - 21:18
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Bien sûr qu’il était comme Lanzo. C’est tout ce qui lui vient à l’esprit après qu’il est finit sa longue tirade. Même mot, même argument. La seule différence c’est que Lanzo hurlait et que Emmerich ne haussait jamais le ton. Pas une fois. Il gardait toujours le contrôle, une image impeccable, jamais débordante… Comme Evelyn. N’aurait-il jamais l’occasion de voir ses parents en position de faiblesse ? C’était une pensée égoïste mais il aurait sûrement préféré voir son père dévasté pour mieux se reconstruire avec lui. Mais même après six ans d’enfermement, son esprit restait le même. Un exploit admirable diront certain mais David de l’obstination mal placé. Car lui, était toujours en colère et les mots de son père ne faisaient rien pour l'apaiser.

« A quoi ça sert que je t’explique ? » A sa façon de réagir, on peut bien voir que David n’a quasiment rien écouté de ce qu’il a dit. Parce que ces paroles, il les connaissait par coeur. Elles étaient peut-être vrai, mais plus suffisante pour le garçon. Malgré son air contrarié, il se pli à sa demande :

« J’savais rien faire. J’étais nul. J’allais pas révolutionner l’espace et encore moins soigner des gens. Et parce qu’on arrêtait pas de me répéter que le petit Krüger était un raté, j’ai tout fait pour qu’on me respecte. Personne n’insulte un soldat, même s’il s’appelle Krüger. » Les bras ouverts, David gonfle torse de fierté devant son père. La réalité était bien plus nuancée. David avait bien subit les moqueries, les critiques et les regards jugeurs comme il le sous-entendait. Quand Emmerich passait au tribunal, c’est la tête baissée que David allait à l’académie, de peur qu’on le remarque. Mais la vengeance n’était qu’une infime partie de ses motivations. Le jeune Krüger voulait se rendre utile, aider, réussir et obtenir de la reconnaissance. Lui qui se traitait d’idiot avait finalement eu une idée de génie en s’engageant. L’armée était fait pour lui en tout point, il s’y reconnaissait contrairement aux laboratoires et autre salle d’étude qu’il avait connu toute son enfance.

David inspire longuement avant d’expulser sa colère dans un souffle exaspéré. Il déteste soutenir le regard de son père, aussi il détourne le regard. Il n’avait pas ses iris d’un bleu perçant, il partait perdant. Sa colère se transforme en quelque chose de plus triste. Il baisse ses épaules pourtant tenue si droites jusque-là. « Je sais pas si c’était une bonne idée de se revoir si vite… J’voulais te revoir, je t’assure. Mais… je t’en veux, papa. » C’était ça, qu’il avait réellement sur le coeur. Le sentiment qu’il avait le plus enfoui pendant toutes ces années : la rancune qu’il portait contre son père. « J’avais que toi et t’as quand même pris tous ces risques pour des idées qui… » Complètement dépassées. Inutiles. Extrémistes. Il a tous ces mots au bout des lèvres mais il préfère les pincer avant de franchir le point de non-retour. Il avait besoin de confronter son père mais pas de le perdre à jamais.



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MessageSujet: (#) Re: Six years later / Emmerich     

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